par Thibaut Emme

Le volant Yoke de Tesla est-il une blague ?

Avec la présentation des Model S Plaid et Model S Plaid+, Tesla a aussi dévoilé un volant spécial, surnommé "yoke". Peut-il être homologué ?

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Avec la présentation des Model S Plaid et Model S Plaid+, Tesla a aussi dévoilé un volant spécial, surnommé "yoke". Peut-il être homologué ?

Le volant façon KITT dans K2000 en a surpris plus d'un. Après tout, on n'est pas dans une voiture de course où ce genre de volant est légion. Si le volant n'a pas existé dès le lancement de l'automobile (voir notre article sur l'histoire du volant) il semble désormais incongru de ne pas avoir une forme plus ou moins ronde. Encore voit-on des ronds avec méplats (là aussi pour faire "sport") mais guère plus.

Ici, certaines voix se sont immédiatement élevées en mettant en doute le côté pratique de ce volant. Comment envisager de faire un tour complet avec de façon simple ? Evidemment, il est facile de penser que Tesla a concocté une direction à la démultiplication variable et fonction de la vitesse. Mais est-ce légal ?

Selon les directives Européennes, "le sens d’actionnement de la commande de direction doit correspondre au changement de direction voulu et il doit y avoir une relation continue entre l’angle de commande et l’angle de braquage". Ce terme de "relation continue" pourrait donc indiquer qu'une démultiplication variable ne pourrait pas être possible. Pourtant, certaines voitures ont déjà de tels dispositifs, mais avec une variation très limitée.

A priori, pas interdit, mais sujet à caution

En revanche, ces mêmes directives n'indiquent rien sur la forme du volant. Alors est-ce que Tesla a une botte secrète dans sa manche pour que le Yoke soit conforme aux règlements européens et soit bien proposé en Europe ? Peut-être. Toujours est-il que le volant normal sera disponible à la demande. Des visuels de la Model S Plaid avec un volant bien rond sont bien dans les images du configurateur Tesla (mais ils ont préféré communiquer sur le Yoke).

Voilà pour l'Europe. Et pour les USA ? Là-bas, c'est la NHTSA (National Highway Traffic Safety Administration) qui régit l'automobile (entre autres). Là encore, les textes sont relativement peu clairs et désormais il n'est plus mention comme avant d'une "roue de direction" (steering wheel) mais d'un "contrôle de direction". Cela élargit grandement la notion de direction à autre chose qu'un volant.

Ainsi, un simple "bâton de joie" (ou joystick en bon franglais) devrait être jugé conforme par la NHTSA. Pour l'instant, interrogée par plusieurs médias US, l'administration a indiqué ne pas avoir statué et qu'elle allait se rapprocher de Tesla pour l'homologation.

Le Yoke est-il un joke ?

Alors homologué ou homologable le Yoke ? Surtout la question est : les clients sont-ils prêts pour un tel changement ? Et si tout cela n'était en fait que de la com' une nouvelle fois de la part de Tesla ? En mettant un volant incongru, ils s'assurent (comme ici) des articles qui vont immanquablement en parler.

Se passer du volant, ou tout du moins le réinventer, ce n'est finalement pas nouveau. Même dans les années 50, on imaginait déjà les voitures "de l'an 2000" avec des manches d'avion plus que des volants. Nous sommes en 2021, nos voitures sont toujours clouées au sol et si nos volants ressemblent de plus en plus à des forêts de boutons, ils n'en restent pas moins ronds ou pas très loin.

Pourtant, des tentatives existent. Les constructeurs présentent régulièrement des voitures avec des joysticks. Par exemple, Daimler-Chrysler en 2006 avait lancé un grand projet de réflexion sur la sécurité des voitures. Parmi les propositions, il y avait le fait de virer le volant et le pédalier et de remplacer le tout par deux manches de direction. L'avantage ? En cas d'accident, les chevilles et les pieds ne viennent pas percuter le pédalier. Tout le devant du conducteur peut se changer en airbag, limitant grandement la rencontre entre le conducteur et le mobilier devant lui.

Va-t-on bientôt conduire comme des manches ?

Tout récemment encore, Hyundai présentait le concept Prophecy. Ce dernier lui non plus n'avait pas de volant mais un joystick. Est-ce qu'un tel dispositif pourrait être homologué ? Oui sans doute.

D'ailleurs, il y a déjà des conducteurs qui roulent avec de tels manches. En effet, depuis Philippe Streiff en 1995, le "permis mini-manche" existe en France et dans plusieurs pays. Ce permis spécifique autorise la conduite pour de nombreuses personnes porteuses de handicap. Depuis l'avènement des commandes vocales, on peut même coupler le minimanche à des clignotants, essuie-glace, etc. à la voix. Un mini-boîtier de commandes reste tout de même indispensable.

Reste un coût plutôt énorme pour de tels dispositifs. En fonction du degré de commandes déportées, l'installation peut aller de 15 000 à plus de 30 000 €. A l'époque, avec BMW comme partenaire, Streiff conduisait avec seulement le centre du volant comme vestige au bout de la colonne de direction. Cela permettait de conserver l'airbag sans devoir tout changer dans la voiture.

Mais, si ce dispositif est généralisé, il n'y aura plus d'adaptation, ce sera la norme. Sommes-nous prêts à nous passer de volant ?

Illustration : Tesla modifiée par leblogauto.com

Pour résumer

Avec la présentation des Model S Plaid et Model S Plaid+, Tesla a aussi dévoilé un volant spécial, surnommé "yoke". Peut-il être homologué ?

Thibaut Emme
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