Accueil F1 40 ans déjà : Dijon 1981, la madeleine de Prost

40 ans déjà : Dijon 1981, la madeleine de Prost

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Ce weekend a lieu le grand prix de France historique, en ouverture du grand prix moderne la semaine prochaine. 40 ans plus tôt, au grand prix de France 1981, le public français se trouvait un nouveau chouchou, un jeune pilote de 26 ans nommé Alain Prost, qui signait alors la première de ses 51 victoires en Formule 1.

 

En 1980, Alain Prost a été la révélation de l’année chez McLaren, montrant dès ses premières courses une intelligence certaine et un solide coup de volant. Les négociations avec Marlboro, le commanditaire de l’écurie anglaise, n’ont pas été faciles mais Renault a fini par recruter le jeune prodige français, pour l’associer à un autre pilote de talent dont le pilotage et le caractère lui sont diamétralement opposés, René Arnoux.

Alain Prost arrive alors dans une écurie Renault en pleine ascension. Après les débuts difficiles de 1977 et les moqueries de la « théière jaune », Renault a réussi son pari en imposant le moteur turbo en 1979, déjà à Dijon, aux mains de Jean-Pierre Jabouille. En 1980, trois victoires se sont ajoutées au palmarès de l’équipe qui, en 1981, peut commencer sérieusement à jouer le titre mondial. Mais l’entame de la saison n’a pas été à la hauteur des attentes avec la RE20B, une évolution de la monoplace de 1980 qui a dû intégrer les changements règlementaires sur les jupes mobiles, point de cristallisation de la « guerre civile » qui fait rage entre la FOCA et la FISA.

Pression à domicile

En 7 grands prix, Renault n’a marqué que 6 points, dont 4 décrochés par Alain Prost en terminant 3e du grand prix d’Argentine. Sinon, des accrochages, des sorties de piste et des problèmes de fiabilité ont totalement sabordé cette première moitié de la saison. Le moteur turbo fait encore des siennes et la Renault est handicapée par des problèmes de tenue de route et un aérodynamisme perfectible.

En Espagne, Prost dispose enfin de la nouvelle monoplace, la RE30, dotée de la fibre de carbone et d’une cavalerie de 560 chevaux. Le museau avant est désormais beaucoup plus pointu que celui de la RE 20B et surmonté d’un large aileron avant en porte à faux. Son empattement a diminué de 10 cm tout en gagnant entre 25 et 30 kg, ce qui la rend plus maniable que la RE 20B. La répartition des masses est également complètement différente. Néanmoins, de nombreuses séances de développement sont nécessaires pour peaufiner et équilibrer l’ensemble.

Alain Prost n’en est qu’à sa 2e saison, mais il impose déjà sa patte, celle qui fera de lui bientôt le « professeur » : perfectionniste, réfléchi, bourreau de travail avide d’essais, mais aussi très tatillon au point d’être surnommé « l’emmerdeur » par certains, il pousse les ingénieurs dans leurs retranchements et démontre toute l’étendue de ses capacités de metteur au point, prenant peu à peu l’ascendant sur René Arnoux, au pilotage plus intuitif mais moins porté sur la technique. La rivalité ne tardera pas à se crisper entre les deux hommes.

A Dijon aussi, la guerre fait rage dans le monde des pneus. Michelin a boueversé la donne avec ses pneumatiques à carcasse radiale et ses principaux clients, à savoir Renault, Ligier, Alfa Romeo et Ferrari, en sont les grands bénéficiaires face aux autres équipes qui doivent se contenter de montes « normales » ou, pour les équipes les moins fortunées, se rabattre sur des Avon. Il faut dire que Goodyear, agacé de devoir fournir quasiment tout le plateau alors que Michelin se concentraitt sur quelques top teams et refroidi par la batatille politique faisant rage en F1, avait claqué la porte à l’issue de la saison 1980 ! Après plusieurs mois d’absence, grâce à l’intense lobbyiing de Bernie Ecclestone, Goodyear est de retour et fournit Williams et Brabham (propriété d’Ecclestone), mais avec une technologie moins avancée que celle de Michelin et aussi un choix de gommes très conservateur, privilégiant des pneus capables de tenir une course entière.

Pierre Dupasquier, le maître oeuvre de Michelin en compétition

Sur ce circuit court et rapide, les Renault Turbo sont à l’aise tandis que les températures fraîches laissent espérer moins de soucis du côté de la mécanique. Arnoux réalise la pole en étant le seul à passer sous la barre des 1’06, devançant de 0″41 John Watson et Alain Prost, alors que Nelson Piquet, 4e, est relégué à plus d’une seconde.

Coup de poker

Au départ de la course, un problème technique étrange survient Le feu, passé au vert, revient au rouge puis une nouvelle fois au vert. Surpris, Arnoux a hésité et se trouve débordé. Piquet se rabat devant Watson et Prost et prend la tête de la course. Le brésilien mène les débats pendant presque 60 tours, comptant jusqu’à 10 secondes d’avance au 21e tour, et même si Prost, à la faveur des dépassements de retardataires, revient peu à peu, l’écart ne descend pas sous les 6 secondes. Piquet gère la course à sa main…quand il se met à pleuvoir au 57e tour. Des trombes d’eau s’abattent sur le circuit, forçant les pilotes à rouler au pas…et les officiels à arrêter la course au 58e tour. Or, les 75% de distance minimum requis pour valider un résultat avec la totalité des points inscrits…correspondent à 60 tours parcourus ! La direction de course annonce donc qu’un nouveau départ, avec addition des temps des deux manches, sera donné une fois l’averse passée pour boucler l’intégralité des 80 tours !

Prost compte 6″7 de retard sur Piquet, mais il n’a plus sa 4e vitesse. Par chance, l’interruption de course dure 45 minutes et les réparations sont autorisées. La boite de vitesses de la RE30 est démontée pour débloquer le quatrième rapport. C’est alors que Pierre Dupasquier, le directeur compétition de Michelin, propose une stratégie audacieuse à Renault : chausser des pneus tendres de qualification pour prendre la tête et creuser un écart suffisant sur Piquet, Michelin garantissant que les pneus tiendront les 22 tours restants, à condition bien sûr que les pilotes fassent preuve de finesse. La stratégie est également proposée à d’autres pilotes chaussés par le manufacturier clermontois, dont Watson et Pironi. Gérard Larrousse, le directeur sportif de Renault, et Prost acceptent : les pneus intérieurs seront montés en tendres typés qualifs, tandis que les pneus extérieurs auront une gomme un peu moins tendre. Piquet et Brabham font le choix des pneus durs. Mauvaise pioche, car la piste sèche plus vite que prévu.

Nelson Piquet n’avait pas trop envie de sabrer le Champagne…

Il n’y aura pas de duel ! Piquet se rate au départ et se retrouve englué dans le peloton. Watson menace Prost pour prendre la tête mais rate un freinage et laisse le français s’échapper ! Le pilote McLaren est distancé de 3-4 secondes puis le pilote Renault gère son avance, car Nelson Piquet, totalement largué, se retrouve en fin de course distancé de plus de 30 secondes ! Alain Prost n’est pas rattrapé et peut enfin savourer la victoire, en levant les deux bras sur la ligne d’arrivée !

Naissance d’un champion

A 26 ans Alain Prost remporte sa première victoire en Formule 1. Watson termine deuxième en piste et au classement officiel, Piquet se classe finalement troisième. Troisième de la deuxième partie de la course, Arnoux hérite de la quatrième place. Il précède Pironi qui a également profité des pneus Michelin tendres. Le dernier point revient à de Angelis… qui n’a jamais été parmi les six premiers durant l’après-midi mais se sort bien de l’addition des temps !

Même si Piquet est considéré comme le vainqueur moral de la course, et que Prost lui-même n’est pas pleinement satisfait de la « manière » avec laquelle il gagne, essentiellement grâce à un coup de poker stratégique, le moment est bien à marquer d’une pierre blanche. Cette première victoire, symboliquement obtenue en France, en appellera bien d’autres, alors que Dijon est décidément un lieu hautement symbolique pour l’épopée du losange en F1.

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1 Commentaire sur "40 ans déjà : Dijon 1981, la madeleine de Prost"

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Dom
Invité

Qu’est qu’il a autour du cou , une pub Cetelem ?
Il manque une casquette sinon Michelin 2 , Goodyear 1 ?

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