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Rétro F1 1980: FISA et FOCA déterrent la hache de guerre !

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balestre ecclestone
Balestre, le français coriace, contre Ecclestone, le britannique rusé

En attendant de voir à nouveau l’histoire de la F1 s’écrire sous nos yeux, jetons un œil dans le rétro. La F1, ce n’est pas que du sport sur la piste, mais aussi de nombreuses et intenses luttes politiques qui ont jalonné son histoire. Latente depuis quelques mois déjà, la lutte d’influence entre la FISA, fédération internationale du sport automobile, et la FOCA, l’association des constructeurs, éclate au grand jour en 1980.

Vous vous souvenez de l’album de Michel Vaillant « Rififi en F1 » ? Un épisode qui imaginait une scission FISA/FOCA aboutissant à l’éclatement de la F1 et à la création d’un championnat parallèle ? On a bien failli le connaître pour de vrai.

fisa foca

Ecclestone, le nouveau maître

Les années 70 ont vu la F1 passer du stade de compétition d’artisans vers un championnat de plus en plus professionnalisé, investi massivement par les sponsors, les constructeurs et les médias. Derrière ce formidable essor, un homme principalement, Bernie Ecclestone, un redoutable hommes d’affaires qui préside également aux destinées de l’écurie Brabham. Ecclestone a créé en 1974 la FOCA, une association qui fédère sous sa férule la plupart des écuries pour défendre leurs intérêts et leur assurer de meilleurs revenus. A la tête de ce puissant lobby, Ecclestone développe le business de la F1 et entend également donner aux écuries, britanniques pour la plupart, un poids conséquent sur le plan règlementaire et sportif, qui est normalement l’apanage de la fédération. C’est même la FOCA qui organise certaines courses et négocie directement avec les circuits, marquant ainsi la perte d’autorité de la CSI (ancêtre de la FISA) sur la F1. Mais fin 1978, celle-ci se trouve un nouveau leader, une forte tête au passé trouble, bien décidée à restaurer et même renforcer les prérogatives de la CSI face aux écuries : Jean-marie Balestre.

En 1978 déjà ont lieu les premières escarmouches entre la FISA (renommée ainsi par Balestre dès sa prise de fonction) et la FOCA. Au grand prix de Belgique, Lotus introduit la 79, une F1 révolutionnaire équipée de jupes aérodynamiques, lesquelles permettent d’accroître considérablement les performances, surtout dans les passages de courbes. Par exemple, à Silverstone, entre 1977 et 1979, le temps de la pole position est abaissé de 8 secondes ! Peu après, Brabham aligne en Suède une BT46 révolutionnaire développée par Gordon Murray (le futur co-concepteur de la McLaren MP4/4 et de la McLaren F1) équipée d’un système d’aspiration qui colle la voiture à la piste, couplé à un énorme ventilateur positionné à l’arrière de la monoplace. Niki Lauda l’emporte haut la main…et la FISA se dépêche d’interdire cette innovation qui fait des vagues. Alors que les performances des monoplaces évoluent rapidement, le problème est que les infrastructures des circuits ne suivent pas et posent de nouveau la question de la sécurité.

La Lotus 79, qui a fait entrer les F1 dans la modernité

Jupes vs Turbo

En 1979, rebelote. Alors que toutes les équipes se sont ruées sur le développement des « wing cars », Renault fait entrer la technologie turbo dans l’histoire. Moquée à ses débuts à cause d’une fiabilité calamiteuse (le fameux « yellow tea pot » tourné en ridicule par les anglais), elle ne fait plus rire personne en 1979 quand Renault commence à enchainer les poles positions et que Jabouille triomphe à Dijon. Tout le monde sait que le turbo est l’avenir de la F1, mais cette technologie, très coûteuse, risque à terme de pénaliser les artisans britanniques, qui achètent à Cosworth son V8 atmosphérique vieillissant, face à Ferrari, Renault et Alfa Romeo qui s’engagent avec de conséquents moyens de constructeurs et pourront développer des motorisations de plus en plus performantes.

La FOCA monte au créneau et réclame l’interdiction des turbos. Qu’à cela ne tienne, la FISA prend la balle au bond : non seulement elle défend le turbo, mais ressort des cartons son projet d’interdiction des jupes. Balestre veut aussi mettre des bâtons dans les roues à Ecclestone, qui court-circuite la fédération pour négocier l’organisation des courses entre la FOCA et les circuits. La F1 entre donc dans un double duel : celui entre la FOCA et la FISA, pour le leadership sur la F1 mais celui aussi entre les « artisans » britanniques et les grands constructeurs, qui investissement massivement pour utiliser la F1 en tant que vitrine technologique. La F1 entre dans une nouvelle ère.

Les pilotes pris en étau

De leurs côté, sous l’impulsion de Jody Scheckter, les pilotes ressuscitent le GPDA, l’association des pilotes, qui avait été mise sous l’éteignoir par Ecclestone. La saison 1980 commence donc dans une ambiance délétère, chacun maintenant ses positions. Balestre veut bannir les jupes, la FOCA les turbos. Renault, Ferrari et Alfa Romeo se rangent du côté de la FISA, les écuries anglaises du côté d’Ecclestone. La tension monte aussi entre Ecclestone, négociateur des grands prix, et les pilotes qui réclament des investissements en faveur de leur sécurité et menacent de boycotter des courses. Une partie d’entre eux, Scheckter et Jabouille en tête, militent pour la fin des jupes à effet de sol mais la communauté des pilotes n’arrive pas à être unanime. Le temps des gladiateurs est révolu !

En février 1980, juste avant le grand prix d’Afrique du Sud, la FISA annonce lors de son congrès mondial la suppression des jupes pour 1981. La FOCA crie au scandale, tandis que les pilotes se retrouvent pris dans un dilemme cornélien, entre leurs revendications légitimes sur la sécurité et leurs obligations contractuelles envers leurs patrons, qui sont en majorité favorables au maintient des jupes ! Ecclestone, Williams ou encore Tyrrell exigent de leurs pilotes de se désolidariser de Scheckter et Jabouille, pilotes Ferrari et Renault, qui sont accusés d’être manipulés par leurs teams pour servir les intérêts de la FISA. Ambiance dans le paddock !

La FOCA contre-attaque, les équipes anti-FISA demandant à leurs pilotes de boycotter les briefings d’avant-course qui ont été rendus obligatoires par Balestre. Face à la désertion des pilotes, la FISA réplique par des amendes puis des menaces de suspension. Au grand prix d’Espagne, suite à un nouveau boycott et en l’incapacité de trouver un compromis, Renault, Ferrari et Alfa Romeo, les écuries « légalistes », claquent la porte du grand prix qui se déroule sans elles. La course a lieu malgré tout, gagnée par Alan Jones sur Williams, mais l’épreuve n’est finalement pas comptabilisée pour le championnat du monde. On évite de peu le contre-boycott des équipes FOCA pour le grand prix de France, or, la guerre larvée n’est pas terminée. La rumeur parle maintenant de la volonté par la FOCA de créer un championnat parallèle…mais ceci est une autre histoire !

Sources :

R.De Laborderie, le livre d’or de la F1 1980, Solar

Johnny Rives, Histoire de la F1, Solar

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1 Commentaire sur "Rétro F1 1980: FISA et FOCA déterrent la hache de guerre !"

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Zak
Invité
La Lotus 77 a été équipée de jupes dès 1976. Ces jupes étaient situées à l’avant des caissons latéraux. C’est ce montage destiné à l’origine à augmenter la quantité d’air qui traverse les pontons latéraux pour améliorer le refroidissement des radiateurs qui va aspirer le tapis roulant de la soufflerie de l’Imperial College à Londres. Cet « incident » rapporté à Colin Chapman va lui donner l’idée des voitures à effet de sol avec le succès que l’on sait. La Lotus 78 était déjà dotée du profil « aile d’avion inversée » et d’une série de jupes de plus en plus évoluées. La dernière… Lire la suite >>
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