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Citation needed : Les vainqueurs des 24 heures du Mans 1953 étaient-ils saouls ?

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Duncan Hamilton aimait bien romancer sa propre histoire. Dans sa biographie, Touchons du bois !, il a déclaré aux 24 heures du Mans 1953, Tony Rolt et lui étaient ivre-morts… Ce qui ne les a pas empêché de gagner, avec leur Jaguar Type C.

De Cork au Mans

James Duncan Hamilton est né à Cork, en 1920. Mais c’est en Angleterre qu’il grandit. Il mit un point d’honneur à respecter les stéréotypes irlandais : un physique de rugbyman, une langue bien pendue, ainsi qu’une bonne propension à boire et à draguer. Il fit ses premières armes à Brooklands, sur une Austin Seven. A l’époque, il fallait être sacrément courageux (et un peu tête brûlée) pour piloter. Ce qui correspond bien au tempérament d’Hamilton.

Lorsque la guerre éclata, il s’engagea chez les Fleet Air Arms, la branche aéronautique de la marine anglaise. Pilote d’avion, il a sans doute pas mal exagéré ses faits d’armes. D’ailleurs, il ne figure pas sur le tableau d’honneur du corps.

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Après la guerre, il se lança dans les courses de côte, avec une Maserati 6CM, en 1948. Il aligna cette voiture en Grand Prix, avant de la remplacer par une Talbot T26. Son meilleur résultat fut une deuxième place au BRDC International Trophy (hors-championnat), devant Fangio. En 1950, il débuta aux 24 heures du Mans, avec une Nash-Healey, aux côtés de Tony Rolt.

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Les 24 heures du Mans 1953

En 1952, Jaguar chargea « Lofty » England, un ancien pilote moto, de constituer une équipe. England adorait les têtes brûlées. Rolt et Hamilton étaient un casting de choix. Aux 24 heures du Mans 1952, Rolt et Hamilton abandonnèrent. Mais Jaguar les conserva pour 1953.

Lors des essais libres, Jaguar peignit par erreur le numéro 48 sur leur Type C, au lieu du 18. Or, le 48 était attribué à l’Osca de Mario Damonte et de Pierre Louis-Dreyfus (parent de Robert Louis-Dreyfus et de Julia Louis-Dreyfus.) L’ACO ne supporta pas l’infraction et la Jaguar fut exclue. Effectivement, il existe des photos de la Type C avec un « 48 » sur les flancs.

La suite est sujette à controverse. En bon Irlandais, Hamilton aurait voulu lever le coude pour oublier la désillusion. Il aurait entrainé Rolt avec lui. Pendant ce temps, England négociait avec la direction de course, plaidant l’erreur de bonne foi. L’ACO lui accorda le bénéfice du doute; la Jaguar 18/48 fut pardonnée et autorisée à prendre le départ. Il n’y avait pas de qualification à l’époque. England se mit en quête de ses pilotes. Il les retrouva en train de cuver, après une nuit de folie. Le warm-up était à 10 heures et il aurait fallu porter Hamilton jusqu’à sa voiture. Après quelques tours, l’Irlandais était malade. England lui proposa du café, mais c’est avec du brandy qu’il retrouva la forme.

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La course

A 16 heures, Sydney Allard fut le plus prompt à courir jusqu’à sa voiture, une Allard, bien sûr, et à démarrer… Mais il fut aussi le premier à abandonner. Stirling Moss (Jaguar) prit les commandes, mais il eu des problèmes d’allumage et du s’arrêter pour changer ses bougies. Les Ferrari 340MM de « Gigi » Villoresi et Tom Cole s’installèrent en tête, devant Rolt. Rolt passa le volant à Hamilton. Un oiseau s’écrasa sur le pare-brise de la Jaguar et l’Irlandais en eu le nez cassé. Ca ne l’empêcha pas de poursuivre.

A la tombée de la nuit, Rolt et Hamilton continuèrent leur rythme infernal. Derrière, Villoresi et Alberto Ascari se plaignaient de la voiture. Derrière encore, la Cunningham de Paul Walters et John Fitch était poursuivie par la Type C de Moss et Peter Walker et celle de Peter Whitehead et de Ian Stewart (aucun lien de parenté avec Jackie Stewart.) Cole lui, effectua une sortie de route mortelle.

Au petit jour, il y avait du vent, ce qui était désagréable pour la Type C de tête. Mais la Ferrari ne put en profiter. Trahis par leur embrayage, Ascari et Villoresi abandonnent. Fitch, lui, ne résista pas au pressing de Moss, même s’il garda ensuite le contact.

Pour Jaguar, ce fut un triomphe total. Première victoire au Mans, trois voitures au départ et trois à l’arrivée dans les quatre premières places. Pour l’anecdote, ce fut le premier succès d’une voiture équipée de freins à disques et la première fois que la moyenne dépassa 100 MPH (160km/h.)

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Ensuite

En 1954, Jaguar fit débuter la Type D. Le dimanche matin, sous la pluie, Hamilton et Rolt revenaient à grandes enjambées sur la Ferrari 375 Plus de José Gonzales et Maurice Trintignant. Mais grâce à une accalmie, le « taureau de la Pampa » et « Pétoulet » purent refaire le break. Hamilton et Rolt durent se contenter de la seconde marche du podium.

En 1956, aux 12 heures de Reims, Hamilton refusa de laisser passer son équipier, Paul Frère. Il triompha (avec Ivor Bueb), puis il fut licencié. Il participa néanmoins aux 24 heures du Mans 1957 et 1958 avec une Type D privée. Il raccrocha le casque après la mort de son ex-équipier et ami Mike Hawthorn.

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En 1960, il publia ses mémoires, Touchons du bois ! Il mit dedans de nombreuses anecdotes invérifiables, dont celle des « joyeuses » 24 heures du Mans 1953. Par exemple, lors du Grand Prix du Portugal, disputé une semaine après les fameuses 24 heures, Hamilton termina la course dans un pylône électrique et se blessa grièvement.  Il dut être opéré dans la pénombre, vu qu’il n’y avait plus d’électricité, et sans anesthésie car l’anesthésiste regarde la course !

En 1960, les pilotes étaient mal payés. Nul doute qu’Hamilton a « épicé » le livre pour doper les ventes et gonfler ses droits d’auteur par la même occasion. England a nié le coup de la soûlerie mancelle, affirmant qu’il ne leur aurait jamais laissé prendre le volant. En même temps, s’il avait confirmé, il passerait pour un patron irresponsable. Alors, qui a raison ?

Briggs Cunningham racheta la Jaguar victorieuse de 1953. Adrian Hamilton, fils de Duncan et célèbre négociant en voitures anciennes la racheta à son tour, puis la restaura. Duncan, mort en 1994, ne l’a jamais revue. Mais à la sortie sa restauration, Hamilton Jr la confia à Top Gear. Le Stig fit des donuts avec.

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Crédit photos : Archives d’Adrian Hamilton

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2 Commentaires sur "Citation needed : Les vainqueurs des 24 heures du Mans 1953 étaient-ils saouls ?"

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Hervé Smagghe
Invité
Très bel article, merci. 1: la fille d’un des 2 pilotes, je crois d’Hamilton, s’est élevée elle aussi sur cette légende, cependant crée par son père. Je crois qu’elle a écrit un livre de mémoires. 2: à l’arrivée, l’état du saute vent cassé par l’oiseau est un bon cas de figure de maquettiste: sur toutes les photos on voit qu’un demi cercle de plexi a été fixé. Il comblait probablement bien la partie envolée, au centre, mais à l’arrivée, il est avec une belle pointe vers le haut, la fixation D ayant surement cédé. (les 2 vis sont invisibles). Effet… Lire la suite >>
gigi4lm
Invité

Excellent article. Mais ce n’est pas rare chez JJO

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