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Jack Johnson: l’homme qui a osé être noir

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Imaginez que vous croisiez les poings de Mohammed Ali, l’amour des voitures de Xzibit et l’hygiène de vie de Snoop Dog… Et que vous le transposiez il y a un siècle, dans une Amérique très ségrégationniste. Vous obtenez alors un portrait de Jack Johnson.

Evidemment, toutes les phrases racistes qui vont suivre sont des commentaires de l’époque et non des positions personnelles.

Arthur John « Jack » Johnson nait en 1878, à Galveston, au Texas. Ses deux parents sont d’anciens esclaves. Ainé d’une fratrie de six enfants, il doit arrêter très tôt l’école pour travailler comme ouvrier, puis comme docker. C’est là qu’il découvre la « boxe des nègres ».
Au dix-neuvième siècle, la boxe est considérée comme un sport noble. Comme les blacks sont perçus comme des sous-hommes, c’est avec un certain amusement que les blancs vont voir les blacks boxer entre eux. A la fin du match, les spectateurs jettent de l’argent dans le ring, à l’intention du vainqueur.

Bon boxeur, Jack Johnson commence à se faire un nom, passant des arrières-salles du Texas à de vrais ring.

En 1905, il bat Ed « Denver » Martin (ci-dessous) et devient champion « des noirs » catégorie poids-lourd.

Evidemment, Johnson ne peut se contenter d’être champion « des noirs ». Il veut être champion poids-lourd « tout court » et donc battre un blanc, Jim Jeffries. Ce dernier refuse de salir ses gants en combattant un noir, puis il prend sa retraite.

En 1908, à Sydney, Johnson affronte le Canadien Tommy Burns, nouveau champion. Le ring est plein. 14 rounds plus tard, Burns est garé. La police Australienne intervient avant le décompte, prétextant un début d’émeute pour interrompre le match. Mais les juges sont formels, Johnson est le nouveau champion.

La victoire fasse à Burns l’a rendu riche. Johnson s’installe à New York, où il devient vite un pilier de la vie nocturne.

Johnson aime les prostituées blanches (et peut-être aussi les hommes), les voitures puissantes, l’alcool et les gros cigares.

L’establishment blanc ne s’est toujours pas remis du combat Johnson-Burns. Un black ne peut être l’homme le plus fort du monde!

Jim Jeffries, considéré comme le meilleur boxeur de tout les temps, est poussé hors de sa retraite. Jack London le surnomme: « Le formidable espoir blanc. » Le combat a lieu en 1910, à Reno, dans le Nevada. 20 000 spectateurs se sont déplacés pour voir Jeffries mettre une rouste à ce black qui ose faire le fanfaron.
Jeffries, qui n’est pas monté sur un ring depuis des années, est mis une première fois K.O. L’arbitre « oublie » de compter. Il oublie aussi de compter au 15e round, lorsque Jeffries s’effondre une seconde fois.
La police intervient pour stopper le combat. Mais Johnson est déclaré vainqueur.

Johnson n’est pas du tout politisé et quelques années plus tôt, Joe Gans, un poids-moyen, a battu un champion blanc. Mais pour de nombreux blacks, Johnson fait figure de leader. Il a gagné un combat qu’il était censé perdre. Le New York Times s’affole: en voyant le match Jeffries-Johnson, ces sauvages pourraient croire qu’ils sont les égaux des blancs et revendiquer les mêmes droits! Quelle horreur! Au Texas, la projection du film du combat est interdite, afin de ne pas « donner le mauvais exemple ».
On évoque des soulèvements dans les villes. Ce qui est peu probable car les blacks sont alors dispersés dans les zones rurales. Ils devront attendre que les blancs fassent la deuxième guerre mondiale pour que les patrons d’usines les embauchent enfin et qu’ils puissent s’installer en ville.
Par contre, on sait qu’il y eu des expéditions punitives. Des blancs surexcités qui lynchèrent des blacks parce qu’un des leurs a osé battre un blanc.

Johnson se marie avec Etta Terry Duryea, une richissime héritière. Battue et trompée, Duryea se suicide en 1912.

Johnson n’est plus le bienvenue sur un ring. Il se tourne vers son autre passion, la course automobile. On le voit ici en spectateur de la Vanderbilt Cup 1912.

Autant l’AAA (alors en charge du sport auto US) cherchera de faux prétextes pour barrer la route à Charlie Wiggins, autant elle se montre franche avec Johnson. Elle refuse de lui donner une licence de pilote parce qu’il est black.

Il doit se tourner vers les « un contre un ». Barney Oldfield, alors sur le déclin, accepte le défi. Comme Jeffries, il veut montrer que les blancs sont supérieurs.

Le match à lieu à Sheepshead Bay, un hippodrome transformé en « board track« . Oldfield a choisi une Knox, moins puissante que la Marion de Johnson. 5 000 spectateurs sont présent.
Il y a trois manches. Oldfield gagne largement la première. Dans la seconde, il ralenti pour que Johnson soit quasiment à sa hauteur. Le boxeur renonce à disputer une troisième manche.
Oldfield a gagné et Johnson remise ses rêves de pilotage. L’AAA suspend Oldfield pour avoir couru contre un noir (et accessoirement, pour avoir disputé une course sur laquelle l’AAA ne prélevait pas de dîme.)

Trois mois après le suicide de sa femme, Johnson épouse Lucille Cameron, une ancienne prostituée. La loi Mann interdit à un homme d’emmener une femme hors de son état pour la prostituer. Johnson est inculpé parce qu’il a été épouser sa femme hors de l’état de New York. Un jury entièrement blanc reconnait que l’accusation est tirée par les cheveux.

Peu après, Belle Schreiber, ex-prostituée et ex-concubine de Johnson, avoue avoir voyagé avec lui à travers les Etats-Unis en 1909. La loi Mann a été passée en 1910, mais un juge blanc condamne Johnson. Libéré sous caution, il en profite pour quitter les Etats-Unis.

Dans son malheur, Johnson peut néanmoins de nouveau boxer. A La Havane, en 1915, il se bat contre Jesse Willard. Au 26e round, Johnson s’effondre. L’Amérique blanche respire de nouveau: le black a été vaincu.

Johnson part ensuite en France, où il participe à des matchs de catch. Il s’installe ensuite dans une ferme au Mexique. Ruine? Nostalgie du pays? Il retourne aux Etats-Unis en 1920 où il se rend aux autorités.

Il reste un an dans une prison haute sécurité du Kansas.

A sa sortie, en 1921, il tente de reprendre sa vie « d’avant »: boxe (malgré une quarantaine de printemps) et vie nocturne.

Un policier l’arrête pour excès de vitesse et lui met une amende de 50$. Johnson sort un billet de 100$ (le prix d’une Ford T.) Le policier rétorque: « Je n’ai pas la monnaie. – C’est pour payer la prochaine amende, car je vais conduire aussi vite sur le chemin du retour! »

Il tente ensuite d’ouvrir des night clubs. Le premier, à Harlem, fait faillite. Il le revend à un gangster noir, Owney Madden, qui le rebaptise « Cotton club ». Il s’installe ensuite à Los Angeles où il ouvre le « Showboat » (ci-dessous.)

Mais Johnson n’est pas un businessman. L’argent lui brûle les doigts. Lucille Cameron, lassée d’un mari aussi volage, divorce en 1924. Il épouse Irene Pineau en 1925.

Johnson disparait des écrans de radar au début des années 30. Il enfile une dernière fois les gants, en 1938, à 60 ans et est mis K.O.

Un jour de 1946, un diner de Caroline du Nord refuse de le laisser entrer car il est black. Énervé, il part sur les chapeaux de roues, il perd le contrôle de sa voiture et se tue.

En 1970, un film vaguement inspiré de sa vie fut tourné, l’Insurgé.

Source:
The Selvedge Yard

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16 Commentaires sur "Jack Johnson: l’homme qui a osé être noir"

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Invité

bel article merçi

ZISSOU
Invité

Superbe article. Bravo!

Plouf
Invité

Les vetements, les bagnoles, c’était classe les U.S dans les années 20 !

moi
Invité

Magnifique, merci!!!

doubled
Membre

OH la la le bonhomme a fait les 400 coups,qu’elle vie il a eu dans un monde « ultra raciste »
Qu’elle personnage merci pour cette article sympa.

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