par Thibaut Emme

Attention à vos photos de bagnoles...

Depuis plusieurs semaines, les réseaux dits sociaux se sont mis à une chasse aux sorcières envers les voitures garées "là où il ne faut pas". Même les constructeurs y passent.

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Evidemment, se garer sur un trottoir sans marquage adéquat au sol, ou rouler dans une rue piétonne est strictement interdit. Mais, il y a un phénomène qui, s'il n'est pas nouveau, prend une ampleur depuis quelque temps. A la moindre publication de photo de voiture, une palanquée de "procureurs" sortent du bois pour traquer la moindre entorse à un quelconque règlement.

Déjà, depuis des années, lorsque l'on publie une vidéo d'une voiture qui "attaque" un peu, il faut préciser (rien de légal...) "tourné sur route fermée", ou "réalisé sur autoroute allemande" ou autres niaiseries.

Le Parc des Calanques contre le Kia XCeed

Fin 2019, le constructeur Kia s'attirait déjà les foudres du Parc Nationale des Calanques de Marseille en publiant des photos officielles du XCeed en balade dans la nature. La voiture avait parfaitement le droit d'être là et les journalistes qui ont fait l'essai de la Kia XCeed n'ont pas été inquiétés pour cela.

Non, ici, ce qui pêchait est que le Parc National a décidé de contrôler totalement son image. Désormais, il est interdit de faire des photos à but commercial, mais aussi toute une liste à la Prévert : "reportage d’actualité, journal télévisé ou magazine, documentaire, didactique, pédagogique, illustration presse" ou même “acquisition de données, protocole scientifique, action de gestion". Ouf !

Et le parc a demandé alors le retrait à tout le monde, Kia comme les médias qui auraient eu l'outrecuidance de prendre la voiture avec les calanques en arrière-plan. Pour pouvoir publier quelque chose, il faut un accord (payant) du Parc. L'excuse du parc derrière tout cela ? Cela donne une image dégradé de la nature et une "mise en scène surannée de l’homme tout-puissant dans sa machine qui domine la nature" selon François Bland, Directeur du parc.

Un néo-Maccarthysme contre la voiture

Il y a quelques jours, Vincent Salimon, Président du Directoire de BMW France, a provoqué l'ire de zélés internautes. En effet, il a eu l'outrecuidance de relayer une photo du concessionnaire BMW de Nice où une BMW Série 4 pose (sans doute durant à peine 5 minutes) devant l'oeuvre géante de la Promenade des Anglais "#ILoveNice". La photo en soit est sympathique, on voit la mer, on fait un peu de pub pour Nice et pour la voiture.

Le tort de cette photo ? L'endroit où est arrêtée - même pour 1 minute - la voiture est un trottoir. Certes, il est large comme un parking, mais c'est un trottoir. Et c'est, de fait, interdit. Il n'en fallait pas plus pour déclencher une petite tempère dont Twitter et consorts ont le secret. Pour désamorcer le truc, Vincent Salimon a publié la même photo ou presque avec un vélo et une trottinette BMW. Ils n'ont pas plus le droit d'être stationnés à cet endroit. Mais, ici, cela n'a pas déclenché quoi que ce soit.

Même une publicité à priori autorisée est pointée du doigt

Un peu plus tôt ce mois, Peugeot est mis à l'index pour une publicité très officielle réalisée à Marseille. Peugeot France a publié une photos sur le web et les réseaux sociaux où l'on peut voir un nouveau Peugeot 3008 en train de rouler dans une rue pavée.

Jusque là, hein, pas de quoi fouetter un chat, si ? Eh bien si ! Car, ceux qui connaissent ont reconnu une partie piétonnisée de la Canebière. Et de dénoncer aux élus de la ville. La Maire du 1er secteur de la ville, Sophie Camard, a même repris à son compte cette interpellation "sociale" et a demandé avec ironie à quelle adresse envoyer l'amende. Et de parler de "gros SUV" (pour un 3008 ?). Visiblement un tort de plus.

Sauf que...selon France Bleu, Peugeot affirme avoir toutes les autorisations de tournage, dûment signées par...la mairie. On imagine mal un constructeur réaliser un tournage et des prises de vues sans autorisation. Pour autant, la Maire déclare ne pas se souvenir avoir autorisé une telle chose.

Quoi qu'il en soit le mal est fait avec une image de "bagnolards jemenfoutistes" qui se répend. De plus en plus, des intolérants fleurissent (ou s'expriment) des deux côtés. Au lieu de partager la route, céder la place quand c'est nécessaire, etc. les gens finissent par s'insulter par clavier interposé.

Le pire, l'élue relaie une photo et interpelle le constructeur sans même vérifier que ses services n'ont pas autorisé la prise de vue, ou même vérifier que ce n'est pas une photo largement retouchée. De nombreuses voitures de publicité sont prises sur fond vert en studio avant d'être incrustées, ou sont même des vues 3D sans qu'aucune voie piétonne n'aie été maltraitée.

Cachez cette voiture que je ne saurais voir

Bref, attention aux photos que vous publiez, des gens bien intentionnés seront toujours là pour vous balancer. Ceux qui voient la paille dans l'œil du voisin sans voir la poutre dans le leur.

Cette tendance se généralise avec même les politiques qui s'en mêlent. Ils sont plusieurs à vouloir interdire la publicité pour la voiture, cet objet polluant qu'ils utilisent tous au quotidien. Ou tout du moins, la réglementer plus fortement encore en l'obligeant à faire la promotion des transports alternatifs.

Certains veulent interdire la pub pour les SUV (toujours avec l'image biaisée de voiture plus polluante). Et même, interdire les essais ou la publication des nouveautés constructeurs. D'ici à ce que vous puissiez lire ici sous peu "La voiture, c'est quelques kilomètres par jour, et pas tous les jours" ou bien encore "conduire tue les petits chatons", il n'y a qu'un pas.

A quand l'interdiction de la diffusion de la F1, du Dakar ou des 24 heures du Mans ? A quand l'interdiction de parler des voitures de plus de 70 chevaux ? Vivement une loi Evin de la bagnole...ou pas.

Illustration : Peugeot modifié par leblogauto.com

Pour résumer

Depuis plusieurs semaines, les réseaux dits sociaux se sont mis à une chasse aux sorcières envers les voitures garées "là où il ne faut pas". Même les constructeurs y passent.

Thibaut Emme
Rédacteur
Thibaut Emme

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