par Nicolas Anderbegani

Ils se sont ratés, épisode 1 : Porsche V12 F1

Nouvelle série dédiée aux plus grands "bides" de l'automobile et du sport automobile, ou quand le contraste entre les attentes suscitées, le prestige engagé et les piteux résultats firent très très mal. Pour commencer, allons voir du côté de...Porsche. Normalement, quand le constructeur se lance dans un programme en sport automobile, c’est souvent couronné de succès. Mais il y a bien une exception à toute chose…

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Roi du Turbo

En 1982, Porsche s’était associé à TAG pour fournir un moteur turbo à McLaren, qui voulait se défaire du V8 Cosworth et rivaliser avec Ferrari et Renault. TAG avait en grande partie financé l’opération, et Porsche n’ayant pas voulu trop s’exposer à l’époque, au cas où le projet aurait tourné au fiasco, le moteur avait été badgé officiellement TAG.

Les premiers succès venant rapidement, la mention « made by Porsche » s’était ajoutée peu après. Parfaitement intégré aux MP4 conçues par John Barnard, ce fut une réussite. Résultat : entre 1984 et 1987, 25 victoires, deux titres constructeurs et trois titres pilotes. Puis, progressivement, Honda était devenue la nouvelle référence des moteurs turbocompressés et McLaren délaissa le V6 TAG Porsche, dépassé en puissance, pour le V6 nippon en 1988. L’aventure s’arrêtait là, mais pas pour longtemps.

Retour par la petite porte

En 1989, la Formule 1 abandonne les turbos et repasse aux moteurs atmosphériques. Porsche se cherche un programme sportif d’envergure, puisque la fin du Groupe B a coupé les ailes à la 959 et que la 962 commence à vieillir en Groupe C. L’engagement en CART aux Etats-Unis, avec un programme 100% maison châssis et moteur, n’a pas donné de grands résultats. La firme de Stuttgart a besoin de la course, cela fait partie de son ADN et de son image, mais elle connait à la fin des eighties des difficultés financières, liées en partie à des ventes trop faibles et à l’échec de la Porsche 944. Il se dit que Porsche aurait montré les plans de son futur V12 à McLaren juste avant que les anglais ne bifurquent vers Honda, mais que à la vue des plans, ils auraient été gentiment éconduits…Pourquoi donc ?

A l’issue de la saison 1989, ils touchent au but : après une première approche avec la sulfureuse écurie Onyx, tombée à l’eau suite aux démêlés du fantasque Van Rossem, Porsche signe un accord de fourniture moteur avec l’écurie Arrows.

L’écurie anglaise, qui a obtenu des résultats corrects, vient d’être rachetée par le groupe japonais Footwork qui apporte de solides moyens financiers. L’équipe peut compter à la direction technique sur l’expérimenté Alan Jenkins, un ancien de chez McLaren, et sur un pilote comme Michele Alboreto. Les bases semblent donc saines. Ce n’est pas un top team cependant… Autre bon point, véritable garantie, le projet moteur de Porsche est supervisé par Hans Metzger, le légendaire ingénieur allemand, le père de la Porsche 917 et du V6 TAG Porsche !

Catégorie poids lourds

C’est donc aux Etats-Unis, à Phoenix, en 1991, que Porsche fait son retour. Et cette fois-ci, pas question de la jouer discrète comme en 1984, le nom apparaît bien en évidence sur les listes d’engagés. Le constructeur apporte un V12 à 80° qui n’est pas dépourvu d’originalité. La prise de force se situe au centre du bloc, comme sur la 917, mais c’est une approche inédite en F1. Les premiers essais sur banc annoncent une puissance de 680 chevaux à 13000 tours/min.

C’est un peu moins que la concurrence, mais il y a un hic : le poids ! En réalité, selon les dires de Jenkins, ce Porsche 3512 est un assemblage de deux V6 TAG délestés de leurs turbos ! Pesant la bagatelle de 190 kilos, il accuse un surpoids de 30 kilos par rapport au Honda, 50 de plus que le V12 Ferrari et même 55 kilos de plus que la Ford HB V8 ! Lourd, encombrant, il retarde l’entrée en lice de la nouvelle Footwork FA12, qui doit être redessinée en urgence pour accueillir le volumineux bloc. Cela oblige l’équipe à débuter la saison avec une monoplace de l’année précédente adaptée à la hâte.

Mets de l’huile !

Aux essais, Alboreto se qualifie péniblement 25e et avant-dernier, alors que Caffi est non-qualifié. Cette contre-performance refroidit tout le monde, mais on sort la méthode Coué : ce n’est que le début, et puis la nouvelle FA12 n’est pas encore prête. Au grand prix suivant, au Brésil, les deux monoplaces sont recalées aux essais. Le moteur est tellement lourd que la Footwork se traîne en ligne droite et souffre d’un comportement en virage erratique. A San Marin, la nouvelle voiture arrive mais pas de miracle : le moteur rame et connaît de gros soucis de lubrification d’huile. La Bérézina continue, course après course, les problèmes d’huile n’étant pas résolus. Max Welti, l’ancien team-manager de Sauber-Mercedes est appelé à la rescousse mais rien n’y fait. Au Mexique, 4 moteurs Porsche partent en fumée suite à des déjaugeages intempestifs ! Johansson, remplaçant de Caffi, n’est pas qualifié et Alboreto abandonne en début de grand prix, sur fuite d’huile ! Juste avant le grand prix de France, le contrat est rompu et Footwork repasse au V8 Ford. Porsche avait commencé à travailler sur un V10 pour 1992 mais officialise son retrait en fin d’année. Malgré son très beau bruit, le 3512 ne restera pas dans les annales…et on ne reverra plus le constructeur en F1 ! Le V10, pour sa part, poursuivra son développement…

Images : Porsche, flickr, wikimedia commons

Pour résumer

Nouvelle série dédiée aux plus grands "bides" de l'automobile et du sport automobile, ou quand le contraste entre les attentes suscitées, le prestige engagé et les piteux résultats firent très très mal. Pour commencer, allons voir du côté de...Porsche. Normalement, quand le constructeur se lance dans un programme en sport automobile, c’est souvent couronné de succès. Mais il y a bien une exception à toute chose…

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