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Rétro Indy 1994 : le coup de Trafalgar de Penske

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unser jr 94

En 1989, Al Unser Jr perdait les 500 miles d’Indianapolis à deux tours de l’arrivée, suite à une touchette à haute vitesse avec Emerson Fittipaldi. Le brésilien entrait alors dans la légende de cette course. 5 ans plus tard, l’américain prend sa revanche au volant d’une Penske au moteur très controversé.

Le duel Unser Jr/Fittipaldi

En 1994, de l’eau a coulé sous les ponts depuis le final tendu de 1989. Al Unser Jr a décroché sa première victoire sur le Brickyard en 1992, lors de l’arrivée la plus serrée de l’histoire (43 millièmes devant Scott Goodyear) et a également remporté le titre. Fittipaldi de son côté a gagné une seconde fois Indianapolis en 1993. Mais surtout, en 1994, Al Unser Jr rejoint l’équipe Penske, devenant ainsi l’équipier du brésilien. A leurs côtés est alignée une 3e voiture pour le jeune et impétueux canadien Paul Tracy.

En arrivant à Indianapolis, 4e manche de la saison, les deux champions sont à égalité, chacun ayant gagné une course et décroché une seconde place. 1994 s’annonce comme une année Penske, car la concurrence n’est pas au niveau. Ganassi a créé la surprise lors de l’ouverture de la saison en faisant gagner dès sa première course le nouveau châssis Reynard avec le revenant Michael Andretti, rentré bredouille de son expérience calamiteuse en F1 chez McLaren. Mais la régularité n’est pas là.

De son côté, Nigel Mansell, auréolé de son superbe titre CART en 1993 (dès sa première saison), semble capable de défier les Penske boys avec l’écurie Newman-Haas Racing mais la saison tournera vite à la farce, l’anglais étant rapidement attiré par les sirènes de la F1 qui le rappellent après la mort de Senna. Quant à Mario Andretti, 54 ans, il s’apprête à vivre ses dernières 500 miles. La légende italo-américaine a annoncé sa retraite à l’issue de la saison 94 qui fait office d’une tournée d’adieu baptisée « Arrivederci Mario ».

Un moteur controversé

Ilmor et Penske avaient déjà accumulé les succès avec les blocs Chevrolet

Surtout, Penske créé la surprise quelques jours avant les 500 miles en dévoilant un nouveau moteur spécialement conçu pour cette épreuve, développé dans le plus grand secret par le motoriste britannique Ilmor avec l’appui financier de Mercedes et Malrboro. En effet, la firme à l’étoile, qui a racheté en 1993 les parts détenues par Chevrolet dans Ilmor, est déjà revenu en F1 avec Sauber par l’intermédiaire de ce motoriste. Mercedes prépare également son engagement officiel en CART, qui sera complet à partir de 1995.

Annoncé à presque 1000 chevaux, soit 200 de plus que la concurrence, ce moteur Ilmor 265E/Mercedes 500I de 3,4 litres suscite la controverse car il exploite une faille dans la règlementation. En effet, les 500 miles sont encore organisées sous l’égide de l’USAC, l’organisation rivale du CART, qui a modifié quelques années plus tôt règlementation technique pour attirer de nouveaux constructeurs. Cette règlementation présente quelques différences avec celle du CART, autorisant une cylindrée et un niveau de suralimentation plus importants pour les moteurs dérivés de blocs de série, de type « pushrod » avec 2 soupapes par cylindre, par rapport aux moteurs de course habituels à 4 soupapes utilisés par les monoplaces Indycar.

Le monstre

Cette faille est exploitée par Mercedes et Ilmor qui produisent ainsi un moteur bien supérieur aux blocs Ford et Chevrolet. Penske a pu le tester intensivement sur plusieurs pistes dont l’ovale très rapide du Michigan. Certains membres de l’équipe n’étaient même pas informés, tant le secret était énorme sur ce projet spécial. Une équipe secrète fut créée, installée dans un atelier de réparation d’un entrepôt de location de camions Penske, à deux pas de l’équipe de course. Les membres du team « spécial » allaient au travail une fois que les employés de jour étaient partis, travaillant toute la nuit et disparaissant sans laisser de traces au petit matin. Un véritable « cabinet fantôme » qui va jouer un drôle de tour à une concurrence qui n’a rien vu venir.

Penske et Mercedes écrasent leurs adversaires

Les Penske ont mené la quasi totalité des 200 tours

Les pilotes reçurent des consignes lors des essais pour ne pas pousser le moteur à fond, afin de ne pas trop éveiller les soupçons. Mais les vitesses de pointe (245 mph/394 Km/h, soit une bonne quinzaine de miles de plus que le reste du plateau !) alertent rapidement la concurrence qui n’en croit pas se yeux. La Penske PC-23 souffre d’un léger sous-virage en courbe mais la différence est telle en ligne droite que Al Unser Jr décroche la pole facilement, devant Raul Boesel et Emerson Fittipaldi. A la 4e position se trouve le meilleur rookie, un certain Jacques Villeneuve !

Au départ, la puissance et la supériorité des Penske-Ilmor Mercedes ne font aucun doute, tant Unser Jr et Fittipaldi réussissent à creuser rapidement un écart sur la concurrence. Au 23e tour, Mario Andretti abandonne sur un souci d’allumage. Hormis sa victoire de 1969, le grand champion n’aura pas été verni sur cette épreuve qui lui a rarement souri.

Au 92e tour, un incident peu banal se produit. Alors que l’épreuve est sous régime de safety-car après un accident en piste, Dennis Vitolo s’approche trop rapidement de la file de voitures au ralenti. Il heurte John Andretti puis vient ensuite percuter par l’arrière celle de Nigel Mansell. La monoplace de Vitolo escalade la Newman-Haas et frôle dangereusement le casque du champion anglais. Les deux voitures sont immobilisées l’une sur l’autre. Du liquide de refroidissement chaud et de l’huile en provenance de la voiture de Vitolo se déversent dans le cockpit de Mansell. Ce dernier se précipite hors de la voiture avant d’être plaqué au sol par des commissaires dans le but de lui éviter des brûlures. Encore une situation ubuesque à mettre au crédit de ce sacré Nigel…

La course est un mano à mano entre Unser Jr et Fittipaldi, seul le rookie Jacques Villeneuve réussissant à mener quelques tours à la faveur des arrêts aux stands.

A 25 tours du but, Fittipaldi mène avec 40 secondes d’avance sur Unser Jr et se dirige vers une 3e victoire. Le brésilien est sur le point de mettre un tour à son rival mais doit encore faire un arrêt ravitaillement. Peut-être par pêché d’orgueil, Emmo tente de dépasser Unser Jr mais au tour 185, à la sortie du virage 4, la Penske du brésilien, peut-être déventée, se déporte trop et heurte le mur, la roue avant droite étant pliée sous l’impact. C’est l’abandon !

Unser Jr n’est plus menacé et remporte la course qui s’est achevée sous drapeau jaune suite à un ultime incident dans l’avant-dernier tour. Jacques Villeneuve termine 2e pour sa première participation, étant le seul pilote à finir dans le même tour que Unser Jr. Personne n’a été capable d’entraver la marche triomphale des Penske-Mercedes.

Le moteur d’une course

Quelques semaines plus tard, l’USAC modifie ses règles, rendant le moteur Ilmor-Mercedes caduc. Il n’aura servi qu’une seule fois. Cela n’empêchera pas Penske d’écraser le reste de la saison 1994, qui s’achève avec 12 victoires en 16 courses et un triplé au championnat Unser Jr-Fittipaldi-Tracy. La PC-23 de 1994 fut à l’Indycar ce que la Mp4/4 de 1988 fut à la F1. Par contre, la saison suivante, Penske fit sensation à Indianapolis mais dans l’autre sens, aucune voiture ne réussissant à se qualifier ! Néanmoins, l’affaire d’Indianapolis laissa des traces et contribua au futur schisme de l’IRL qui surgira deux ans plus tard.

 

Sources : Indycar, W8, Penske, wikimedia commons

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8 Commentaires sur "Rétro Indy 1994 : le coup de Trafalgar de Penske"

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lataupe2B
Invité

Un raccourci entre deux époques et deux disciplines… on est au penske et halo. Bel article comme très souvent. C’est toujours un plaisir

Invité

C’est dommage que ce genre d’exploitation du règlement ou coup de génie n’existent plus de nos jours, fin on à bien des truc qui ressemblent en plissant les yeux comme la Ford GT ou le double diffuseur Brawn GP ou des rater comme la GT-R-LM ou la Toyota HRT de 2010, mais bon…

lataupe2B
Invité

C’est un sport mondial. Dans tous les domaines. Quand il y a des nouvelles règles il n’est pas tant important de savoir comment bien les appliquer mais comment les contourner. C’est peut-être comme cela que la société évolue.

Jc juncker
Invité

Mercedes et avec Peugeot les seuls européens à avoir remporté les 500 miles .

zak
Invité

1914 René Thomas sur Delage
1939-1940 Wilbur Shaw sur Maserati

De nombreuses victoires des chassis Dallara, Lola, Lotus, March et Mc Laren avec des moteurs US.

zak
Invité

Pour les personnes intéressées il existe un très bon livre sur cette édition des 500 miles d’Indianapolis : « BEAST » de Jade GURSS de 2014.

Il y a une dizaine de jours un podcast signé Marshall Pruett revenait sur le sujet pour les 50 ans des débuts de Roger Penske à Indy : https://www.youtube.com/watch?v=SDCB0g_maQ0

Il y a 15 (!) podcast sur le sujet « how roger penske changed the indy 500″…

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