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Rétro Indy 1969 : l’unique victoire de Mario Andretti

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Andretti Hawk

F1, Indycar, Nascar, Endurance, Pikes Peak : Hormis les 24 heures du Mans, Mario Andretti a tout gagné. En 1969, il remporte les 500 miles d’Indianapolis, ce qui reste à ce jour la seule victoire de son illustre famille dans la course reine des États-Unis.

En ce début de saison 1969, Mario Andretti est déjà quelqu’un. Ayant débuté en 1964 dans le championnat USAC (qui a précédé le CART), Andretti remporte le titre dès 1965 et récidive en 1966. Il s’affirme face à ses illustres rivaux que sont AJ Foyt et Bobby Unser. Déjà connu outre-atlantique, Andretti s’est aussi forgé une réputation en F1, puisque pour sa première participation au grand prix des États-Unis 1968 à Watkins Glen avec Lotus, il signe la pole position ! Le début d’une belle histoire avec Colin Chapman, qui débouchera sur un titre mondial dix ans plus tard.

L’union des malchanceux

Mais en cette fin des sixties, Andretti donne encore la priorité aux championnats nationaux, avant de faire le grand écart dans les années 70. Après 4 tentatives, Indianapolis ne lui a pas encore souri. Une belle 3e place pour sa première participation en 1965, puis des abandons en 1966 (après avoir mené 16 tours), en 1967 (une roue perdue) et encore en 1968 sur casse mécanique, après seulement 2 tours parcourus. En 1969, Andretti a perdu le soutien de ses sponsors et doit revendre sa structure – Andretti Racing Enterprises- à un certain Andy Granatelli, le très influent PDG de la firme de lubrifiants STP Oil Company. Granatelli est un passionné mais qui traîne une réputation de « poissard » à Indy, courant éternellement après le succès. Granatelli a encore frôlé la victoire les deux années précédentes: en 1967, il conçoit sa propre monoplace à turbine à gaz, la révolutionnaire et controversée STP-Paxton Turbocar, conduite par Parnelli Jones, qui est en lice pour gagner avant qu’une pièce de 6 dollars ne lâche à quelques tours du but. En 1968, Joe Leonard crashe la STP-Paxton aux essais et se rabat sur une autre voiture sponsorisée par STP, la Lotus 56 Pratt&Witney qui s’est jointe à la révolution des moteurs à turbine. Joe Leonard signe la pole devant Graham Hill mais voit la course encore lui échapper à 10 tours de l’arrivée sur une rupture de pompe à carburant…Avec Granatelli, Mario a-t-il misé sur le bon cheval ?

Mario Andretti Lotus 64
L’impressionnante Lotus 64 qui n’a jamais couru

Pour l’édition 1969, les turbines ont été interdites mais Granatelli a mis les grands moyens en engageant une voiture révolutionnaire : la Lotus 64 à quatre roues motrices avec un moteur Ford V8 turbocompressé. Deux exemplaires sont engagés par l’usine Lotus pour Graham Hill et Jochen Rindt, la 3e revenant donc à Andretti avec le parrainage de STP. Les premiers essais de l’américain sont concluants, car la Lotus 64 surclasse la concurrence (on parle de 4 miles à l’heure au tour) et ne souffre pas de survirage grâce à sa transmission intégrale. Pourtant, les moyeux et trains roulants, issus de la F1, ne semblent ni fiables ni adaptés. Le « light is right » Chapmanien va-t-il trop loin ? Qui plus est, Firestone n’ayant pu fournir à temps des pneus arrière adaptés, la 64 roule avec 4 pneus avant !

Et c’est la catastrophe : la semaine précédant le Pole day, Andretti est victime d’une rupture du moyeu de la roue arrière droite qui catapulte sa monoplace contre le mur. Le choc est violent, la Lotus 64 se disloque et prend feu. Par miracle, Mario s’en sort indemne avec quelques brûlures légères, mais, par précaution, les autres Lotus sont retirées. Elles ne courront jamais et Colin Chapman ne reviendra plus en Indycar. Du côté de Granatelli, on sort le plan B, en substituant à la Lotus 64 une Hawk-Ford de l’année précédente. Faute de grives…

L’exception qui confirme la règle

Mario Andretti se débrouille malgré tout puisqu’il réalise le second temps des qualifications, encerclé par ses meilleurs adversaires, AJ Foyt, la star de la monoplace que l’italo-américain est en train de détrôner, et Bobby Unser, le tenant du titre. Suite aux brûlures subies lors du crash, Mario Andretti n’a pas souhaité poser pour la traditionnelle photo souvenir de la 1ère ligne et se fait remplacer par son frère jumeau, Aldo Andretti. Au départ, Mario mène les cinq premiers tours mais doit rapidement se raviser et ménager sa monture:  l’instrumentation des températures d’eau et d’huile affiche des valeurs inquiétantes qui l’incitent à la prudence. Andretti recule dans la hiérarchie et choisit une course d’attente.

AJ Foyt (Coyote-Ford) et Lloyd Ruby (Mongoose-Offenhauser) prennent les devants mais le premier rencontre des problèmes de moteur- il doit donc renoncer à être le premier quadruple vainqueur de l’indy 500- et le second commet une erreur dans les stands, lorsqu’il arrache son tuyau de ravitaillement en repartant trop tôt, ce qui a provoqué un incendie mettant fin à la course. Andretti reprend la tête et mène 116 des 200 tours, à un rythme de sénateur qui lui fera dire que « l’ennui » était le principal danger à surmonter. Toutefois, les alertes moteur sont persistantes et lors de son dernier arrêt, Andretti renverse un de ses mécaniciens. Rien n’a été facile mais au final, il remporte la victoire en franchissant la ligne avec près de deux minutes d’avance sur Dan Gurney.

Dans la Victory Lane, Andretti, en sortant de sa Hawk, tombe sur un Andy Granatelli exalté, qui n’espérait plus gagner. Le boss de STP, putôt costaud, délivre un puissant baiser resté célèbre sur la joue de Mario Andretti, qui dira qu’il a failli lui « briser la cage thoracique » tant son étreinte fut forte ! Certains adeptes de la superstition verront dans ce baiser le point de départ de la malchance chronique des Andretti à Indianapolis, la fameuse « malédiction ». Mais en 1969, Mario réalise une saison remarquable, qui le voit gagner à Pikes Peak et s’adjuger un 3e titre USAC. La chaîne ABC l’élit d’ailleurs Athlète de l’année.

La « malédiction »

Pourtant, cette édition 1969 resta la seule victoire de Mario Andretti à Indianapolis et même l’unique de l’ensemble du clan jusqu’à aujourd’hui ! La célèbre « malédiction Andretti », qui fait partie du folklore de l’Indycar, les a poursuivis. Jusqu’à la fin de sa carrière en 1994, Mario devra se contenter de deux secondes places, au milieu d’un flot d’abandons (14 pannes mécaniques en course !) et de désillusions. La plus terrible fut celle de 1987 où il domina de la tête et des épaules avant que son moteur ne le trahisse à 23 tours de l’arrivée.Pour l’anecdote, la tête de la course fut récupérée par Roberto Guerrero mais ce dernier perdit la course lors d’un dernier pit stop calamiteux. Sa monoplace était engagée par le team de…Vince Granatelli, le fils d’Andy, et sponsorisée par STP !

En 2003, Mario sort brièvement de sa retraite pour éventuellement piloter la monoplace de Tony Kanaan, blessé. Il frôla la mort en essais avec un terrible vol plané et une série de loopings à haute vitesse. Une malédiction qui s’est visiblement transmise à l’écurie fétiche du clan, NewMan-Haas, qui en dépit de son immense palmarès, n’a jamais décroché non plus le Graal de l’Indiana. Par contre, l’écurie Andretti Autosport a pu s’imposer à 5 reprises dans l’Indiana, mais avec d’autres pilotes.

Michael, l’autre grand Andretti de l’Indycar, signe trois podiums en 16 participations, ayant mené un nombre record incalculable de tours sans jamais gagner. Marco, le dernier du clan à courir actuellement, perd l’édition 2006 pour 63 millièmes face à Sam Hornish, sous les yeux incrédules du patriarche.

Il n’a plus vraiment été en mesure de gagner depuis. En arborant cette année une livrée spéciale en hommage à la victoire de son grand-père il y a un demi-siècle, Marco pourra-t-il vaincre le signe Indien ?

Images : Andretti, Indycar

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4 Commentaires sur "Rétro Indy 1969 : l’unique victoire de Mario Andretti"

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lataupe2B
Invité

Toujours très bien documenté vos articles. Et facile à lire.

ART
Invité

Encore un très bel article. Merci

Oldschool45
Invité

J’aime beaucoup les noms « animaliers » de l’époque : Coyote, Hawk, Mongoose… Ca nous change d’aujourd’hui 🙂

lataupe2B
Invité

Oui c’est vrai nous on a Grosjean ça fait rêver !

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