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Coup de théâtre à la Scuderia : arrivederci Arrivabene!

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arrivabene binotto
Le remplacement d'Arrivabene, bonne chose ou facteur de déstabilisation ?

Évoquée par la Gazzetta dello Sport ce matin, la nouvelle a été confirmée en fin d’après-midi : après 4 ans passés à la tête de la direction sportive de la Scuderia Ferrari, Maurizio Arrivabene quitte avec effet immédiat ses fonctions, laissant la place à Mattia Binotto. Une énième révolution de palais qui doit servir d’électrochoc ?

Arrivé en 2014 en remplacement de Stefano Domenicali qui avait payé une saison totalement ratée, Maurizio Arrivabene subit le même sort, après une saison 2018 où la Scuderia a perdu un championnat qui lui tendait les bras suite à une série d’erreurs sportives et de management qui ont attisé la colère des tifosi, de la presse et la frustration des dirigeants.

Expier les fautes de 2018

Certes, la Scuderia s’est relevée depuis la pitoyable saison 2014 mais Maurizio Arrivabene fait les frais d’un échec sportif dans lequel il a, pour certains observateurs, une part importante de responsabilité. Sebastian Vettel, en multipliant les têtes à queue et les incidents de course, a  énormément contribué à ce que la belle machine à gagner italienne s’enraye, mais Arrivabene a été pointé du doigt pour ses erreurs de management et de communication. Souvent partisan de la méthode Coué, parfois très fermé, le désormais ex-directeur sportif de Ferrari est surtout critiqué pour sa gestion des pilotes et de son pilote leader. Contrairement à son rival britannique chez Mercedes, Vettel n’a pas semblé suffisamment protégé et l’absence de consignes claires quant à la hiérarchie qui devait s’établir entre lui et son équipier Raikkonen a été un facteur de déstabilisation. Le grand prix d’Italie fut révélateur des failles de Ferrari dans l’organisation et la stratégie, là où Mercedes donnait l’image d’un bloc solide qui avait entériné sans équivoque la mise à disposition de Bottas au bénéfice d’Hamilton. Le contexte était déjà tendu avec un timing malheureux, puisque Raikkonen avait appris juste avant Monza sa non-reconduction pour 2019, ce qui le poussa peut-être à laver l’affront en piste et à jouer sa carte personnelle. L’imbroglio des qualifications, où Raikkonen bénéficia de l’aspiration pour prendre la pole au détriment de Vettel – qui exprima sans filtre son amertume à la radio- puis le fiasco du départ où les deux pilotes Ferrari se sont mutuellement gênés au bénéfice d’Hamilton, ont mis en lumière un management défaillant qui n’a pas su s’imposer.

Cette éviction est aussi le résultat d’une rivalité personnelle: une fracture croissante s’est creusée entre Maurizio Arrivabene et Mattia Binotto, le directeur technique. Une sorte de guerre intestine larvée, qui a fini par diviser Ferrari en son sein, entre les défenseurs d’Arrivabene (dont Vettel et Raikkonen qui l’ont soutenu fortement dans la presse) et les partisans de Binotto, à qui est attribué le plus grand mérite dans le retour au sommet de la Scuderia. A partir de Monza, la branche technique de la Scuderia a commencé à mettre en doute la direction sportive et le leadership de Vettel, qui était en train de gâcher l’avantage technique de la SF71H. A cela, Arrivabene a répliqué par une mise en cause du département technique, déplorant le retard de développement pris face à Mercedes et les évolutions ratées. Le point d’orgue fut Suzuka où, après un mauvais choix de pneus en essais, Arrivabene employa des mots très durs comme son équipe, parlant de décisions « inacceptables », de manque d’expérience et de « bons sens », et, ironie du sort, laissant entrevoir de possibles changements organisationnels pour l’intersaison…Des attaques qui ont été mal vécues et perçues comme une faute pour quelqu’un dont on était en droit d’attendre une défense absolue de son équipe. Ferrari n’imaginait pas entamer 2019 avec une guerre civile, or Mercedes et Renault faisaient récemment les yeux doux à Binotto, ce qui a poussé sans nul doute Ferrari à sacrifier Arrivabene pour ne pas perdre son précieux ingénieur.

Binotto, la cursus honorum Ferrari

Mattia Binotto, 49 ans, est un pur produit de Ferrari qui a gravi tous les échelons hiérarchiques de Maranello. En 1995, il entre comme ingénieur moteur dans l’équipe d’essais et deux ans plus tard dans l’équipe de course, participant aux triomphes de l’ère Schumacher sous la direction de Jean Todt. En 2009, il a été nommé directeur général de l’exploitation des moteurs et du Kers avec Paolo Martinelli, puis directeur adjoint des moteurs et de l’électronique chez Luca Marmorini et enfin nouveau directeur du groupe moteur en 2014, par la volonté de Sergio Marchionne, qui avait fait son protégé et son référent. En 2016, Binotto est promu en tant que directeur technique, après le renvoi de l’anglais James Allison. Le voilà désormais au sommet, cumulant comme l’indique le communiqué de presse les deux casquettes de la direction sportive et technique ! Une lourde charge pour un défi immense : faire renouer la Scuderia avec des titres qui lui échappent depuis 11 ans !

L’éviction d’Arrivabene fragilise-t-elle davantage la position de Vettel ? Critiqué en interne, l’Allemand a déjà subi un premier revers avec l’éviction de Raikkonen, qui avait pourtant sa préférence. Le fait qu’il n’ait pu imposer son choix, comme ont pu le faire en leurs temps Prost, Schumacher ou Alonso, montre à la fois sa faiblesse « politique » et sa perte de légitimité au sein de la Scuderia. Le départ d’Arrivabene est un autre coup dur pour l’Allemand, qui avait toujours défendu la position de son directeur. 2019 est l’année de tous les dangers pour le pilote Ferrari, qui voit débouler dans ses pattes la flèche Leclerc.

Sources : Ferrari, Gazzetta dello Sport, italiaracing

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14 Commentaires sur "Coup de théâtre à la Scuderia : arrivederci Arrivabene!"

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Honoré
Invité

Très bonne décision ,et si Leclerc a les même chrono que Vettel ne pas le mettre au service de Vettel comme 2ème pilote et avoir des vue sur Verstapen pour la suite et là Ferrari pour moi pourra gagné le championa.

lataupe2B
Invité

Le seul qui a réussi à changer la scuderia c’est Todt. Il n’a faut pas d’italien à la gouvernance de cette équipe

Rowhider
Invité

Coup de théâtre ? C’est tellement prévisible à la scuderia que c’est l’inverse qui aurait été une surprise…

Thibaut Emme
Admin

La grande question est : « est-ce qu’un autre directeur d’écurie aurait su recadrer Vettel dans l’optique du championnat ? ».

wizz
Membre

qui ne se souvient pas des épisodes « one-two », « two-one »….

Rowhider
Invité

D’un côté on voit des équipes comme Mercedes et redbull ultra stables et d’autres qui changent d’organisation tous les 4 matins : je ne suis pas certain que l’on puisse travaile sereinement et efficacement dans de telles conditions.
La période Todt et Brown était une période de stabilité et on a vu le résultat.

Thibaut Emme
Admin
RedBull stable ? Newey a failli claquer la porte et il a fallu lui trouver un os à ronger avec l’Aston Martin Valkyrie avant qu’il ne retrouve l’envie de F1. Certes Horner est toujours là mais pour combien de temps si les résultats ne suivent pas ? Côté Mercedes, tant que cela gagne, cela ne bougera pas trop (et encore il y a eu pas mal d’arrivée et départ depuis le retour en F1). Certes la stabilité est toujours une quasi obligation pour gagner, mais les cycles sont de 4 à 5 ans souvent. Là il est resté 4 ans… Lire la suite >>
wizz
Membre
Avoir Todt et Brown, c’est bien. Mais ce n’était pas suffisant comme condition : il y avait aussi Schumacher. L’époque était différent. Les essais libres étaient illimités (pour tout le monde!). Mais la différence était que Schumacher était un metteur au point hors pair. De tout temps, il n’est peut-être pas le plus rapide. Mettre des ultra tendres, à voiture égale, Hamilton ou Vettel pourrait faire un meilleur chrono sur un tour pour chercher la pole. Or, la course, ce n’est pas sur un tour. Il faut faire un compromis sur l’usure des pneus, l’évolution du poids, l’angle des ailerons… Lire la suite >>
Thibaut Emme
Admin

Sans Rory Byrne, pas de titre pour Schumi, enfin, moins, c’est certain.
L’ingénieur a été de tous les titres de l’Allemand, chez Benetton ou Ferrari.

Fin 95, MSC file chez Ferrari, mais Byrne file se reposer 🙂
Les débuts avec la Scuderia sont bons mais sans plus. Mi-97, Brawn débarque de chez Benetton et convainc Byrne de sortir de sa « retraite ».
Donnant lieu à la série que l’on connait avec Ferrari.

Bref oui c’est un tout entre différentes personnes.
Mais certaines personnes font aussi tout foirer même si tous les autres sont « les bons » 🙂

gigi4lm
Invité

Ou l’autre grande question : Est ce qu’un technicien peut faire un bon manager.
Attention à ce que Binotto n’atteigne son plus haut degré d’incompétence (principe de Peter).

Thibaut Emme
Admin
Pour le coup ici, Arrivabene était chez Philip Morris en tant que responsable du sponsoring. Il n’a pas été un mauvais directeur d’écurie vu le redressement de la maison rouge, mais paie sans doute son manque de cadrage de la diva. Quand on regarde les directeurs d’écurie qui ont réussi, on peut voir que certains viennent de « dedans la voiture ». En F1 on a Todt (copilote qui a réussi en rallye, rallye-raid et en F1), Horner (pilote qui a vite compris qu’il serait plus à son aise sur le muret des stands), Fréquelin (pilote), Wilson (pilote), etc. mais qu’il y… Lire la suite >>
gigi4lm
Invité

Je sais bien qu’il y a toujours des contres exemples.
Mais je suis d’un naturel septique lorsque le changement de casquette se double d’un changement de compétences.
L’exemple criant est cette volonté de toujours promouvoir un ancien champion olympique ministre des sports … même s’ils ne sont pas obligatoirement pires que certains technocrates.

lataupe2B
Invité

Ce n’est pas que Vettel qu’il faut gérer mais toute la machinerie à l’italienne qu’il y a derrière. C’est l’esprit latin qu’il faut recadrer

Ferrari internationale assistance
Invité
Ferrari internationale assistance

On va remédier au problème pour les titres des fiat

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