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Souvenirs souvenirs : Le dernier constructeur français de prestige

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L’aventure FACEL VEGA aura duré 10 ans, sa production s’est arrêtée il y a tout juste 50 ans, le 31 Octobre 1964.

L’histoire commence en 1939, Bronzavia, une entreprise spécialisée dans la sous-traitance aéronautique, créé la filiale Forges et Ateliers de Construction d’Eure-et-Loir (FACEL) qui commencera par participer à l’effort de guerre. Le directeur technique n’est autre que Jean Daninos, qui a participé au lancement des versions coupés et cabriolet de la Traction chez Citroën, avant de rejoindre les alliés aux Etats-Unis en 1941. De retour en France, il reprend la direction de la filiale Facel et fusionne avec Metallon, un importateur d’acier suédois. La co-entreprise s’oriente vers la sous-traitance automobile, en confectionnant des carrosseries spéciales pour des constructeurs tels que Panhard, Simca, Ford ou encore Delahaye. En 1948, Facel-Metallon s’associe à Pinin Farina pour réaliser un prototype de coupé de grand luxe, la Bentley Cresta, dont 17 exemplaires seront fabriqués.

Ce projet servira de base à Jean Daninos pour construire son propre coupé 3 années plus tard, qu’il utilisera pour son usage personnel mais également pour démontrer le savoir-faire de Facel-Metallon. Décidé à produire un coupé 2+2 en série, il se rapproche de Chrysler pour lui fournir un moteur à la hauteur de ses exigences. En octobre 1952, le premier prototype est testé. Il est équipé d’un moteur V8 de 4528 cm3, qui développe 180cv, une puissance extravagante en Europe pour l’époque. Après 130 000 km d’essais et de mise au point, la société donne le feu vert pour une mise en production. Facel et Metallon se scindent alors en deux entités distinctes. La nouvelle marque automobile prend le nom de Vega, il s’agit d’une des étoiles les plus brillantes de la constellation de la Lyre, ce qui donne au coupé le symbole de puissance et de prestige dont il a besoin.

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Présenté au salon de l’automobile de Paris en Octobre 1954, la FV reçoit un accueil très favorable du public. Facel s’impose alors comme l’unique constructeur français de véhicules de grand luxe, capable de rivaliser avec les anglais, allemands ou italiens après la disparition des Bugatti, Talbot-Lago, Delage ou encore Delahaye.

En 1956, une berline est présentée, l’Excellence, avec 4 portes à ouvertures antagonistes sans pied milieu, reprenant le châssis et le moteur du coupé. A titre de comparaison, une Renault 4CV est vendue à cette époque 399 000 FRF, une Excellence 4 500 000 FRF. Le coupé FV qui n’a cessé d’évoluer au fil des années est remplacé en 1958 par la HK500, équipée d’un moteur de 5907 cm3 développant 360cv, avec la possibilité d’opter pour une transmission automatique, toujours d’origine Chrysler.

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Conscient du besoin d’augmenter les volumes de vente pour rentabiliser ses investissements, Jean Daninos développe en parallèle un modèle plus abordable et présente la Facellia 1600 au salon de Paris 1959. Elle dispose d’un moteur quatre cylindres d’origine française, développé par Pont-à-Mousson. D’une cylindrée de 1646cm3, il développe 115cv à 6400 tour/min mais son développement trop rapide se solde par une fiabilité catastrophique. En conséquence, la prise en charge du remplacement de 300 de ces moteurs sous garantie va impacter la santé financière de l’entreprise. La Facellia sera toute de même déclinée en cabriolet puis en coupé 2+2.

En 1960, Paul Frère (vainqueur des 24h du Mans la même année avec Ferrari) établit un record de vitesse à 237,154 km/h et la HK500 devient le coupé quatre places le plus rapide du monde. Le prestige de la marque est international et à la fin des années 50, 3 véhicules sur 4 sont destinés à l’export. Facel Vega compte parmi ses clients de nombreuses célébrités dont Dean Martin, Jean Marais, Stirling Moss ou encore Ringo Starr. Albert Camus trouvera la mort à bord d’une FV3B conduite par Michel Gallimard en janvier 1960. Le coupé roulant à vive allure sur la RN5 percutera un platane au sud de Fontainebleau.

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Pour financer le développement d’une nouvelle gamme, Facel obtient un prêt de 10 millions de Francs du Crédit National. Les partenaires Pont-à-Mousson, Hispano-Suiza et Mobil-Oil entrent au capital. Jean Belin prend la place de Jean Daninos, qui reste dans la société comme vice-président et surtout directeur technique. La Facel II est présentée au salon de Paris en octobre 1961. Elle conserve les éléments mécaniques et le châssis de la HK500. Avec une puissance de 390cv, la vitesse de pointe atteint les 250 km/h.

Le constructeur ne vient pas à bout des problèmes de moteur sur les Facellia, qui lui coutent cher tant sur le plan financier que sur celui de sa réputation. Les investisseurs n’y croient plus et décident de procéder à une liquidation en juillet 1962. Le tribunal de commerce autorise toutefois Facel a continuer sa production, dont Jacques Persin reprend les rênes. La priorité est de trouver un nouveau moteur pour la Facellia car les commandes chutent. Celui de la Volvo P1800 est retenu et permet de relancer le modèle sous un nouveau nom. La Facel III est présentée en avril 1963, reprenant les lignes de la Facel II. Par la suite, la gestion des usines est confiée à la SFERMA, une filiale de la société nationalisée Sud-Aviation.

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Un troisième modèle voit le jour afin de combler le trou d’offre entre la Facel III équipée du 4 cylindres Volvo et la surpuissante Facel II 8 cylindres. La nouvelle Facel 6 est équipée du 6 cylindres de l’Austin Healey 3000. Le design est très proche de la Facel III mais la partie avant est allongée pour accueillir le nouveau moteur, et la finition plus haut de gamme avec une sellerie cuir, un volant aluminium-bois et des roues fils à écrou central. Elle se positionne à cette époque comme une alternative à la Mercedes 230SL. Commercialisée en septembre 1964, seulement 32 exemplaires sortiront des chaines, la production du constructeur étant définitivement arrêtée le 31 octobre de la même année, faute de repreneur.

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Au total, 2900 exemplaires sont sortis des usines en 10 ans, leur rareté fait aujourd’hui grimper le montant des enchères. L’amicale Facel Vega, détentrice du nom, maintient le mythe et compte plus de 600 propriétaires adhérents partout dans le monde. Un projet de renaissance de la marque était à l’étude en 2012, une équipe de designer avait réalisé des croquis 3D prometteurs mais aucune suite officielle n’a pour l’instant été donnée. Pour fêter les 60 ans du premier modèle cette année, une plaque a été inaugurée à Dreux, en lieu et place des anciennes usines de Facel S.A. L’amicale était également l’invitée d’honneur du salon Auto Moto Retro de Reims en septembre.

Crédits photos : Amicale Facel Vega

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16 Commentaires sur "Souvenirs souvenirs : Le dernier constructeur français de prestige"

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Carlos Ghost
Invité

Excellent article, mais incomplet : il ne parle pas du comportement du gouvernement français, notamment du ministres des Fiances d’alors, un nommé VGE, qui a donné le coup de grâce à l’entreprise.

Pour une fois qu’on avait un constructeur qui ramenait des devises… Car ces voitures se vendaient beaucoup à l’étranger, et c’est le même étranger qui maintenant a les moyens d’acheter les plus belles pièces.

Bravo, vraiment !

wizz
Membre

qu’est ce qu’il aurait dû faire alors?

Thibaut Emme
Admin
En fait la Sferma (une partie d’Airbus maintenant) soutenait Facel grace à Paul Badré (son PDG) mais un ordre venu d’en haut (de VGE) a demandé à la Sferma de couper les vivres à Facel qui est mort quasi immédiatement. Ces années du milieu des 60’s il fallait sauver le soldat Citroën, les constructeurs se concentraient (rachat de Panhard, de Maserati, etc.) par la dite Citroën…Panhard qui sera d’ailleurs mise à mort en moins de 2 ans par les chevrons. Facel gênait…lui couper les vivres permettait aux autres constructeurs de continuer. A noter qu’à une autre époque les gouvernants feront… Lire la suite >>
Carlos Ghost
Invité

J’ignore si Facel gênait, mais je sais que son choix de moteurs américains ne plaisait pas.

lerv1
Invité

Tout à fait d’accord avec Carlos! Quel dommage d’avoir perdu un si beau fleuron.

marty
Invité

50 ans !!
Je n’en reviens pas !
On attend encore un remplaçant

GT import
Invité

Que de regrets… Notre beau pays qui a la réputation de produire du luxe, l’a complètement perdu dans le milieu automobile, et nous ne sommes pas le pays avec le moins de constructeur dans le domaine…

SAM
Invité

Bugatti? Existe encore?

Verth.
Invité

Et ce n’est pas gentil pour Venturi !

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