par Thibaut Emme

Cibles des "gilets jaunes", les transporteurs partagés sur le sujet

Le monde du transport routier est partagé face à la mobilisation des gilets jaunes. FO-transport est le premier syndicat à appeler à rejoindre le mouvement quand les fédérations patronales jouent la prudence.

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Est-ce le début de la fin de la "pureté" du mouvement des gilets jaunes ? Théoriquement, ce mouvement est citoyen, apolitique et hors des syndicats. Déjà récupérés par les politiques de tout bord, les gilets jaunes sont en passe de l'être par les syndicats. Et de perdre la main sur les revendications tout azimut sur le pouvoir d'achat.

En effet, Force Ouvrière (FO), section transport et logistique, appelle ses adhérents à la mobilisation en soutien aux gilets jaunes. Patrice Clos, secrétaire général et candidat à la succession de Pascal Pavageau à la tête de FO déclare "Nous sommes aussi des citoyens. (...) On appelle à venir renforcer les mouvements existants. (...) Si le gouvernement continue à mépriser nos concitoyens, on verra si on passe à l'étape supérieure, c'est-à-dire l'appel à la grève".

Mais, FO n'est pas le premier syndicat du transport, ni même le second. La CFDT, puis la CGT sont les syndicats qui comptent. Du côté de FO, on tente aussi de se sortir du scandale du fichage en interne des cadres de l'organisation qui a valu à Pascal Pavageau, fraîchement élu en avril 2018 de démissionner mi-octobre.

La CFDT devrait annoncer ce qu'elle fait aujourd'hui. Suivra-t-elle les gilets jaunes ? Ce n'est pas certain. Ainsi le transport est divisé sur ce mouvement de protestation. La CGT, pour sa part, tente de récupérer le mouvement et appelle à une manifestation le 1er décembre. Le 4e syndicat du secteur, la CFTC devrait annoncer son positionnement en fin de semaine.

[mise à jour 21/11 18h : La CFDT Route, premier syndicat du transport routier, a annoncé mercredi qu'elle n'appellerait pas ses adhérents à rejoindre le mouvement des "gilets jaunes", contrairement à FO, tout en exhortant le gouvernement à rétablir un "dialogue social normalisé".]

Du côté des syndicats patronaux du transport, la FNTR s'est déjà exprimée et a demandé à l'Etat de débloquer les routes pour pouvoir travailler. S'ils comprennent le mouvement de protestation, ils ne veulent pas s'y associer. Ils sont rejoint en cela par l'OTRE (Organisation des Transports Routiers Européens).

Répondez aux revendications sinon...

Toutefois, dans une lettre ouverte au Premier ministre Edouard Philippe, l'organisation professionnelle demande de prendre en compte des revendications de la profession concernant la fiscalité sur le carburant et la transition énergétique. L'OTRE qui n'appelle pas à rejoindre le mouvement gilets jaunes, se réserve le droit de le rejoindre plus tard. Un chantage pour obtenir ce qu'elle désir, à savoir la "sécurisation du dispositif de remboursement partiel" de la taxe sur les produits pétroliers et "son élargissement aux activités de transport léger, y compris le transport routier sanitaire".

Sur ce point, on touche à la réflexion qui agite actuellement le Ministère des Transports et celui de l'Economie. Cette réflexion vise à trouver des moyens de financements des infrastructures routières, sans pénaliser les transporteurs routiers français, voire en les favorisant discrètement. Ce serait par exemple une vignette pour tous les poids-lourds, avec en contre-partie d'exonérations de cotisations patronales et salariales.

Quoi qu'il en soit, à date, la FNTR et l'OTRE n'appelle pas à la mobilisation avec les gilets jaunes. Au contraire, s'estimant une cible privilégiée des manifestants, ils demandent à ce que les blocages soient levés pour pouvoir travailler. D'ailleurs, en Normandie, sur l'A84, des routiers bloqués depuis plusieurs jours appelaient les gilets jaunes à faire du filtrant et non du bloquant. Devant le refus de ces derniers, et la passivité des forces de l'ordre, les camionneurs ont décidé de prendre les manifestants à leur propre jeu et de les bloquer. Histoire que personne ne rentre chez soi en voiture. Cela a permis de lever rapidement le blocage et aux camionneurs de reprendre la route.

L'adhésion des camionneurs au mouvement de contestation est l'enjeu d'une bataille. Cela met les patrons de sociétés de transport en position de force face au gouvernement qui n'a aucun intérêt à les voir rejoindre les gilets jaunes.

Avec AFP

Pour résumer

Le monde du transport routier est partagé face à la mobilisation des gilets jaunes. FO-transport est le premier syndicat à appeler à rejoindre le mouvement quand les fédérations patronales jouent la prudence.

Thibaut Emme
Rédacteur
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