par Nicolas Anderbegani

Elle n'a jamais couru, épisode 1 : Lancia ECV Groupe S

Nouvelle série consacrée à des prototypes de compétition qui ont attisé les rêves les plus fous des fans mais n'ont malheureusement jamais roulé, au gré des revirements règlementaires ou des changements stratégiques des constructeurs. On commence cette série avec un prototype Lancia qui aurait pu faire passer les Delta S4, Quattro S1 ou 205 T16 pour des mignonnes : la Lancia ECV.

Zapping Le Blogauto Essai Dacia Jogger

Le Groupe S mort-né

Début 1986, le groupe B est au sommet de sa gloire : les foules se massent au bord des routes pour voir passer ces monstres de puissance, au look ravageur et les gladiateurs qui les conduisent. Mais la FIA annonce son intention de remplacer le Groupe B par une nouvelle catégorie, le Groupe S, qui doit attirer plus de constructeurs et autorisera des designs audacieux en n'imposant qu'une petite série de 10 modèles produits pour l'homologation. Lancia se lance rapidement dans la course...

En passant de 200 à 10 exemplaires obligatoires pour l'homologation, l'intention de la FIA est de permettre aux constructeurs d'étaler leurs innovations technologiques en produisant de véritables prototypes de rallye. La réduction des coûts n'est pas encore un souci et la créativité des ingénieurs promet de s'exprimer librement, même si, par souci la sécurité, la FIA annonce peu après qu'une bride limitera la puissance à 300 chevaux.

Prototype radical

Fruit de deux années intenses de développement, Lancia a introduit en 1985 la Delta S4, sa nouvelle arme pour contrer les Peugeot 205 T16 qui, par leur compacité, leur légèreté et leur agilité, sont devenues les nouvelles références de la catégorie. La S4 est la première 4 roues motrices de la marque et embarque un moteur associant turbo et compresseur. Abarth, qui supervise à l'époque le département compétition de Lancia, est mobilisé pour réflechir à l'ECV qui doit lui succéder. Le scorpion opte pour un châssis novateur, inspiré de la F1, en nid d'abeilles aluminium et en matériaux composites, associant le kevlar et le carbone, le tout assemblé avec de l'epoxy. Speedline pour sa part produit un jeu de jantes carbone ne faisant au total que 6 kilos ! L'acronyme "ECV" (Experimental Composite Vehicle) fait allusion à cette technologie de coque, qui permet au prototype de ne peser que 930 kilos tout en conservant l'apparence d'une S4.

Le moteur est un 4 cylindres 1.8 litre équipé cette fois-ci de deux turbos KKK, au temps de réponse plus rapide, mais Lancia innove également avec un système baptisé Triflux. Afin de réduire au max le lag du turbo, les soupapes sont positionnées en X : une soupape d'admission est positionnée d'un côté du cylindre et une soupape d'échappement de l'autre, afin d'alimenter les deux turbos KKK par deux collecteurs séparés. Mieux encore, les turbos s'activent de manière séquentielle: à bas régime, le premier fonctionne seul, offrant une excellente disponibilité à bas régime puis à partir de 5000 tours/min, le second s'enclenche et les deux turbos fonctionnent en couple. Un collecteur unique servait pour l'admission d'air, d'où l'appellation Triflux. Dans cette configuration, le moteur délivrait jusqu'à 600 chevaux à 8000 tours/min, et même 800 chevaux dans une configuration "asphalte", bien au-delà des limites souhaitées par la FIA. Elle annonce 230 Km/h en pointe et un 0 à 200 Km/h en 9 secondes !

L'OVNI ECV2

La bête est présentée au salon de Bologne 1986. Malheureusement, le drame du tour de Corse avec le décès d'Henri Toivonen et Sergio Cresto signe l'arrêt de mort non seulement des Groupe B, mais aussi des Groupe S qui devaient entrer en service à l'horizon 1988, la FIA préférant s'orienter vers une catégorie plus raisonnable, le Groupe A. Malgré tout, Lancia n'abandonne pas ses recherches et va plus loin en développant une ECV 2 qui s'éloigne radicalement du look de la S4. Rien ne laisserait présager qu'il s'agit d'une Lancia, si ce n'est cette calandre de Delta fixée sur l'avant ! Elle est beaucoup plus compacte et plus profilée sur le plan aérodynamique avec des roues pleines. Ni l'ECV ni l'ECV 2 ne disputeront la moindre course officielle.

À partir du châssis d'une Lancia Delta S4 et en l'assemblant avec les composants et la carrosserie en carbone d'origine de l'ECV, le préparateur Giuseppe Volta décide en 2009 de reconstruire  une ECV1 et de la faire rouler, avec l'aide d'anciens collègues de l'équipe de rallye Abarth / Lancia à Turin. Cette voiture, avec le double champion du monde de rallye Miki Biasion au volant, a participé au Rallylegend 2010 de San Marino et a ensuite fait une apparition dans d'autres événements historiques.

Si vous voulez en savoir plus encore, allez voir ce site.

Images, source : ecv1.com et wikimedia commons

Pour résumer

Nouvelle série consacrée à des prototypes de compétition qui ont attisé les rêves les plus fous des fans mais n'ont malheureusement jamais roulé, au gré des revirements règlementaires ou des changements stratégiques des constructeurs. On commence cette série avec un prototype Lancia qui aurait pu faire passer les Delta S4, Quattro S1 ou 205 T16 pour des mignonnes : la Lancia ECV.

La quotidienne

Retrouvez tous les soirs une sélection d'articles dans votre boite mail.