par Elisabeth Studer

2021 : retour de l’agroéthanol (E85), vous avez dit bio ?

Les ventes d’ agroéthanol (E85), carburant dans lequel l'alcool pur remplace en grande partie l'essence, ont fortement progressé en France en 2021. Une manière de faire face à la hausse des prix des autres carburants, alors que son prix reste modéré à l’heure actuelle.

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Mais ses avantages environnementaux sont de plus en plus contestés, tant et si « bien » qu’il convient désormais de parler plutôt d’agroéthanol plus que de bioéthanol. Le coté bio laissant parfois à désirer. La question de son avenir reste également en suspens.

Les ventes d’ agroéthanol en hausse de 33 % entre 2021/2020

Les ventes d’agroéthanol ont progressé de 33% l'an dernier par rapport à 2020, année durant laquelle des mesures de confinement ont toutefois limité les déplacements. A comparer à la hausse de 21 % observée pour l'essence.

Avec 468 000 mètres cubes consommés en 2021, l'E85 représente désormais 4% des ventes de carburants routiers, a indiqué la Collective du bioéthanol, mardi, lors d'une conférence de presse.

Les promoteurs de l'E85 - agro-industriels et pétroliers - le présentent comme "un moyen d'accompagner les Français dans la transition" et un levier d'"indépendance énergétique" pour l'Hexagone.

Produit à partir de blé, maïs, betterave ou de résidus de sucres et d’amidon, l'E85 représente un débouché important pour l'agriculture intensive.

L’agroéthanol : un carburant beaucoup moins cher car beaucoup moins taxé

Principal avantage de l’E85 et non des moindres : il est très faiblement taxé, à 0,75 euros le litre en moyenne, il reste deux fois moins cher que l'essence à la pompe (malgré une augmentation ces derniers mois) et à l'usage (en dépit d'une consommation supérieure de 25%).

A tel point que certains automobilistes l'utilisent à la place de l'essence, au risque d'endommager leur moteur.

L’agroéthanol moins polluant … à l’usage

Grâce à l'ajout d'un boîtier sur un moteur essence, l’agroéthanol réduit de 30 à 50% les émissions de CO2 par rapport aux carburants traditionnels.

Autre avantage : un moteur adapté à l'E85 permet aux particuliers d'éviter le malus écologique, tandis que les professionnels profitent d'un abattement sur leurs taxes.

La filière milite également pour que tous les véhicules équipés bénéficient de la vignette Crit'Air 1, qui garantit l'accès à de nombreux centre-villes.

Retour en force de l’agroéthanol

Une première vague de bioéthanol était apparue en France à partir de 2008, mais la crise économique de 2009 et la chute des prix à la pompe l'avait rendu moins compétitif.

Mais depuis quelques années, l’agrocarburant est de retour et les spécialistes estiment que la consommation d'E85 devrait encore progresser de 20% minimum en 2022.

Les stations-service se sont largement équipées, avec notamment un fort engagement de TotalEnergies et d'Intermarché. Désormais, 30% des stations-service françaises proposent de l'E85.

Face à l’envolée des prix à la pompe fin 2021, de nombreux automobilistes se sont équipés de boîtiers, et ce d'autant plus que certains régions financent l’opération.

Au total, 30 000 automobilistes ont installé un boîtier de conversion sur leur véhicule l'an dernier, soit deux fois plus qu'en 2020, selon la Collective.

La plupart des constructeurs automobiles peinent quant à eux à franchir le pas, sauf Ford et Jaguar-Land Rover qui ont vendu près de 6 000 véhicules neufs adaptés en 2021.

Un bilan environnemental contesté

Toutefois, alors que les consommateurs européens se convertissent peu à peu aux voitures électriques et hybrides, le bilan environnemental de l'E85 s’avère de plus en plus contesté.

La production d'éthanol renforce en effet les effets néfastes de l'agriculture industrielle sur les sols, l'eau et l'air. Elle induit en effet une production intensive du maïs ou des betteraves impliquant le recours à des engrais chimiques et des pesticides de synthèse comme les néonicotinoïdes, s’alarment ainsi des associations environnementales.

Selon la Cour des comptes, les biocarburants dits "conventionnels" (produits à partir de biomasse destinée à la consommation alimentaire, avec laquelle ils entrent en concurrence) affichent un bilan environnemental mitigé. Leur production plafonne depuis une dizaine d'années et les importations se renforcent, notait par ailleurs la Cour dans un rapport fin 2021.

Il conviendrait d’utiliser des produits pouvant constituer des biocarburants de deuxième, voire de troisième génération (paille, résidus de bois, algues, etc.), mais les incitations à leur développement restent insuffisantes.

Moins de surfaces disponibles pour les productions alimentaires

Le syndicat national des producteurs d'alcool agricole indique pour sa part que la production d'éthanol occupe des surfaces cultivables à la place de cultures destinées à l’alimentation. 0,6% de la surface agricole utile est déjà mobilisée en France à cet effet.

Un avenir incertain

La France demeure un des rares pays de l’Union européenne - avec la Suède - à défendre l’agroéthanol. L'association écologiste Canopée, qui a publié un rapport fourni fin 2021 sur "l'impasse des biocarburants" prévient d’ores et déjà que "l'échafaudage fiscal" qui le rend attractif pourrait s'écrouler. Comprenez : le gouvernement pourrait être tenté d’augmenter les taxes sur le produit alors que l’élection présidentielle approchant, certains plaident en faveur d’une baisse de la TVA sur essence et gasoil. Une hausse de la taxation sur l’agrocarburant pourrait permettre de financer une baisse de la fiscalité sur les autres carburants.

Autre fin majeur : alors que l'Union européenne limite à 7% la part de biocarburants issus de cultures alimentaires dans l'énergie des transports, la France atteignait déjà 6,8% en 2019.

Sources : AFP, Collective du bioéthanol

A lire également :

. Biocarburants : stratégie à revoir,pour la Cour des comptes

Pour résumer

Les ventes d’ agroéthanol (E85), carburant dans lequel l'alcool pur remplace en grande partie l'essence, ont fortement progressé en France en 2021. Une manière de faire face à la hausse des prix des autres carburants, alors que son prix reste modéré à l’heure actuelle.

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