par Thibaut Emme

Les véhicules électriques peuvent-ils provoquer un "black-out" ?

Aujourd'hui 8 janvier 2021, RTE a recommandé de baisser sa consommation entre 7h et 13h. Un parc de véhicules électriques important provoquera-t-il un black-out (*) ?

Zapping Le Blogauto Essai Cupra Formentor VZ5 sur neige

C'est une question que l'on voit souvent ressurgir dans les discussions avec les dubitatifs (anti ?) du VEB (véhicule électrique à batterie). En effet, selon eux, un parc de VE plus important demandera forcément la construction de nouvelles centrales nucléaires ou l'utilisation massive de centrales à énergie fossile. Avec la demande de Réseau de transport d'électricité (RTE) de faire attention en ce vendredi 8 janvier, ressurgit immanquablement ces questionnements.

Pourquoi un avertissement sur la consommation en ce début de 2021 ?

Vous l'avez sans doute remarqué, en métropole nous vivons un hiver plutôt froid par rapport aux dernières années. Et qui dit froid dit chauffage. Or, depuis des années, RTE et les fournisseurs d'électricité font des prévisions de plus en plus précises pour adapter au mieux la production à la consommation. Le but est de ne pas produire d'électricité pour rien. C'est à la fois bon pour la planète (cela évite un gâchis) mais aussi pour notre portefeuille en évitant de payer cette électricité perdue (ou exportée si on a de la chance).

Or, le petit jeu des prévisions est un exercice très compliqué. En effet, la consommation française dépend de la production industrielle, du jour de la semaine (bureaux ouverts ou fermés) du jour de l'année, mais également de la météorologie. Avec une période de froid plus intense que prévue initialement la consommation en termes de chauffage est plus importante qu'estimée. Surtout avec un télétravail qui continue. Il a donc fallu ajuster la production. Il a aussi fallu demander aux Français de faire un peu attention ce matin.

Evidemment, RTE et les producteurs ont prévu des marges de sécurité, mais, ces dernières étaient plus faibles qu'habituellement. Jugez plutôt : sur une puissance consommée attendue en pic à 80 000 MW, RTE a prévu une production de 88 200 MW. La puissance est suffisante, mais localement des délestages pouvaient être craints.

Au final, la consommation a été un peu moins forte que prévue à J-1 et conforme aux prévisions de J.

Le réseau a tenu. Mais qu'en serait-il avec des VE en masse ?

En fait, la question ne se pose pas vraiment. Déjà, les VE sont en quasi-totalité rechargés la nuit. Et la nuit, la consommation chute drastiquement. Par exemple la nuit dernière, la puissance instantanée consommée a baissé à 70 MW contre 87 MW en journée.

Avec un parc plus important, la part de VE rechargés en journée augmenterait mathématiquement. Mais, cela resterait marginal et supportable. Ensuite, il faut voir que la France surproduit chaque année plus de 60 TWh (solde net entre les exportations et les importations d'électricité). Ainsi, cela donne de quoi recharger intégralement plus de 3,3 millions de Renault Zoe par jour avec ce simple surplus.

Ensuite, il faut aussi voir que notre parc nucléaire passe environ 30% de sa vie en "arrêt". Que ce soit en maintenance programmée ou en simple baisse de production pour prolonger la vie des centrales. C'est ce que l'on appelle le facteur de charge. Ce parc, si on en a besoin, est capable de grimper de 5%, 10% ou plus. Mais, cela aura un effet sur l'usure des centrales, pas sur la capacité du réseau à fournir.

5% de production nucléaire en plus, c'est environ 19,5 TWh sur une année. Cela représente en moyenne 53,6 GWh par jour de disponible en plus et donc 1 million de Zoe en plus rechargées entièrement chaque jour (ou 500 000 Tesla Model S à 100 kWh de batterie). Tout ceci est évidemment en moyenne lissée sur l'année et la surproduction n'est pas la même tous les jours.

Gare à l'effet panique

En fait, comme le parc ne va pas changer du jour au lendemain avec des millions de VE supplémentaires branchés en moins d'une semaine, le réseau, RTE et les producteurs ont largement le temps de s'adapter. En outre, il faut compter sur les énergies renouvelables qui augmentent leur production d'année en année. La puissance électrique totale installée a crû de 10% en 10 ans entre 2010 et 2020. Cette croissance est due à l'éolien, le photovoltaïque et les "bioénergies".

Ainsi, un parc plus important de VE n'est pas en soi un problème pour la production d'électricité en France. On a largement de quoi avoir plusieurs millions de VE en circulation. Ce qui peut arriver, en théorie, c'est qu'un mouvement de panique s'installe un jour (ou un soir).

Imaginons une annonce du style "attention risque de pénurie d'électron demain matin". Et tous les possesseurs de VE de forcer la recharge de leur véhicule alors qu'ils ont largement de quoi faire leurs trajets quotidiens. Cette panique, on l'a constaté en mars 2020 avec des denrées alimentaires ou même du papier toilette.

Vivement le "vehicle to grid" ou V2G

Mais, les constructeurs de VE et les électriciens ont déjà la parade dans les cartons (ou en production dans certains pays). C'est le V2G ou "vehicle to grid". Derrière cet acronyme, se cache la possibilité que le véhicule restitue une partie de son électricité stockée dans la batterie au réseau. En cas de pic de demande, ceux qui ont accepté (passé un contrat rémunéré avec un fournisseur d'électricité) le V2G verront leur batterie de voiture servir de tampon.

Ainsi, plus le parc de VE est important et plus il y a de possibilité de tamponner la production. Ce faisant, la capacité à absorber les pics augmente. C'est un mécanisme un peu différent de celui qui consiste à passer des contrats avec certaines industries pour qu'elles acceptent de voir leur électricité coupée (ou fortement réduite) en cas de pénurie possible.

Le V2G, c'est en fait un immense réservoir mis à disposition du réseau pour absorber les pics de consommation, mais aussi les pics de production et éviter de gâcher l'électricité. En Angleterre, certains opérateur électriques ont déjà ce genre de contrat. Les possesseurs de Nissan Leaf par exemple peuvent être payés pour recevoir l'électricité produite en trop, et payés pour restituer l'électricité lors d'un pic de consommation. Un système "win-win" qui permet de produire au plus juste de la consommation. Et gagner de l'argent pour les possesseurs de VE.

(*) panne électrique massive qui plonge tout une ville, ou un département, voire une région dans le noir.

Pour résumer

Aujourd'hui 8 janvier 2021, RTE a recommandé de baisser sa consommation entre 7h et 13h. Un parc de véhicules électriques important provoquera-t-il un black-out (*) ?

Thibaut Emme
Rédacteur
Thibaut Emme

La quotidienne

Retrouvez tous les soirs une sélection d'articles dans votre boite mail.