A quand le bonus électrique réservé au
par Thibaut Emme
La filière auto plaide pour

A quand le bonus électrique réservé au "made in Europe" ?

Le Ministre Le Maire l'a évoqué il y a quelque temps déjà, mais la France ne peut pas avancer seul sur le dossier et doit convaincre ses partenaires européens. De quoi parle-t-on ? De limiter les aides aux véhicules électriques assemblés majoritairement en Europe.

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En France, l'idée séduit. Par la voix de la Plateforme de la filière automobile (PFA), l'industrie automobile tricolore vote pour un bonus électrique qui serait réservé au "made in Europe" (on ne peut pas faire uniquement du "made in France" à cause de la libre circulation des biens en Europe NDLA). Cela éviterait en effet d'aider les constructeurs chinois (pour ne pas les cibler) à envahir le marché électrique européen.

Cela ferait écho aux dernières lois protectionnistes américaines et chinoises. “La possibilité d’un bonus réservé à des véhicules fabriqués sur le sol européen, à l’image de l’IRA (Inflation Reduction Act) aux Etats-Unis, fait partie des pistes de réflexion”, a déclaré à Reuters Marc Mortureux, directeur général de la PFA, en marge d’une conférence sur l’éventualité d’un “Buy European Act”.

C'est quoi le ou les problèmes ?

En fait, il y a plusieurs soucis. Déjà, certains états comme la France donnent des aides publiques (alias bonus) pour les véhicules électriques. En 2023 en France, ce sont 5 000 € pour tout véhicule de 47 000 € ou moins, et cela peut même aller jusqu'à 7 000 € en fonction des ressources de l'acheteur. Et cette aide est versée, quelle que soit l'origine du véhicule. Ainsi, un VE chinois, déjà moins cher quand il arrive sur le sol européen, se trouve aidé au même titre qu'un VE assemblé en France par exemple.

L'autre problème est que la filière européenne du VE n'est pas encore complètement en place. Discriminer le bonus électrique permettrait à cette filière de s'installer et de pouvoir ensuite résister à armes presque égales avec la Chine ou même les USA. Dernier problème, l'Europe a - stupidement - décidé de ne vendre que des véhicules électriques d'ici 2035 et par conséquent, ouvre la porte grande ouverte aux importations de véhicules chinois, détruisant son industrie automobile. Les entrées de gamme assemblées en Europe sont encore moins concurrentielles face aux véhicules chinois.

D'autres pistes

Réserver les aides publiques pour les véhicules européens ne serait pas la seule possibilité. En effet, l'Europe peut décider de limiter les importations venant de Chine et/ou modifier son mécanisme de taxation carbone. Mais, c'est un processus qui prend plus de temps. Or, il y a urgence si l'Europe veut réellement tenir ses engagements de réduction de gaz à effet de serre (GES).

Une autre piste pourrait, au lieu de cibler un pays, de demander des seuils maximaux d'émission de GES pour la fabrication des batteries. Une façon de cibler les pays très émetteurs de CO2 comme...la Chine.

Des répercussions pour les Français

Le Président Français, Emmanuel Macron, avait fait une promesse de campagne lors de sa réélection : proposer rapidement un véhicule électrique à 100 € par mois en location. Sauf que ce véhicule n'est toujours pas là. Pourquoi ? En l'état actuel, les constructeurs français proposent 150 €/mois comme Peugeot avec la e-208 (conditions spécifiques) ou Renault avec la Twingo E-Tech 100% électrique (idem voir conditions).

A 100 €/mois, l'Etat et la filière estime que seuls les constructeurs chinois pourraient actuellement répondre. Hors de question de créer un appel d'air vers ses véhicules. Même en prenant la Dacia Spring, véhicule importé par Renault depuis la Chine, Dacia propose 120 €/mois. A noter que même chez Leapmotor, la T03 est annoncée à 180 €/mois (leasing 25 mois, à voir sur le site). Toutes ces offres sont en tenant compte du bonus de 5000 €.

Le président de la PFA, Luc Chatel, résume assez bien la situation : "Un continent qui a inventé l’automobile, qui en maîtrise parfaitement toute la technologie de A à Z, avec une grande compétitivité, décide unilatéralement d’abandonner sa technologie et pire, de choisir la technologie que maîtrise le voisin concurrent".

Notre avis, par leblogauto.com

Le VE a actuellement différents problèmes. Le premier est donc ce bonus qui bénéficie à tous les constructeurs, même ceux qui importent des Model Y depuis la Chine par exemple. Mais, il y a surtout un souci de polyvalence que ne résoudront pas des aides ciblées. Un Dacia Spring à 20 800 € hors bonus est largement moins polyvalent que la moindre thermique de base.

L'autre solution pourrait d'être de supprimer progressivement les bonus électriques pour tout le monde et de mettre des protections douanières sous prétexte de carbone. Mais c'est plus long et demande l'approbation de tous. Et tous en Europe ne sont pas pour.

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Pour résumer

La filière automobile française est pour un bonus électrique différencié selon l'origine du véhicule électrique. S'il vient d'Europe on aide avec des deniers publics, s'il vient d'ailleurs, on n'aide pas.

La Chine est clairement visée par ces déclarations. L'Empire du Milieu a toutes les cartes en main pour envahir l'Europe et détruire son industrie automobile puisqu'on lui ouvre grand la porte, en souriant en plus.

Thibaut Emme
Rédacteur
Thibaut Emme

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