par Elisabeth Studer

Inde : la viabilité de Renault Nissan mise à mal

Un arbitre indien a rendu une ordonnance demandant à Nissan de verser à ses employés des rémunérations supplémentaires, malgré les avertissements du constructeur automobile selon lesquels le versement de salaires plus importants pourrait rendre son implantation en Inde "non viable à long terme".

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Versement rétroactif de près de 9,53 millions de dollars au titre de rémunérations

Par une ordonnance rendue le 16 aout dernier, un tribunal indien a ordonné à Renault-Nissan à titre de mesures provisoires de verser de manière rétroactive à ses 3 542 employés une moyenne de plus de 7 100 roupies (96 dollars ou 82 euros) par mois.

Les paiements, supérieurs à l'offre initiale du groupe de 30 dollars par mois mais inférieurs à la demande du syndicat de 270 dollars, coûteraient à Renault-Nissan environ 9,53 millions de dollars au total.

Nissan a par ailleurs ajouté que la justice continuera d'entendre plus de 50 autres demandes des salariés au cours des prochains jours. Dans le cas où elles seraient acceptées, il pourrait en coûter 93% de plus par employé.

Les salariés avaient fait valoir dans leur pétition de 123 pages que le total des salaires payés par Renault-Nissan était inférieur à la moitié de ceux versés par Hyundai Motor et Ford sur le territoire indien. Mettant également en avant la flambée des prix de la nourriture et du carburant.

Conflit d’arbitrage Nissan / syndicat

Nissan et son syndicat sont enfermés dans un conflit d'arbitrage depuis juillet, après que les deux parties n'ont pas réussi à parvenir à un accord mutuel sur plusieurs dossiers, notamment l'augmentation des salaires. Un précédent accord salarial a expiré en mars 2019.

Les pétitions déposées par les syndicats et la direction révèlent les désaccords généralisés entre les salariés et Renault-Nissan.

Nissan a déclaré mardi dans une déclaration qu'il s'était engagé à offrir un package compétitif à ses employés et était ouvert à un paiement rétroactif de rémunérations de ses salariés de son usine de Chennai située dans le sud de l'Inde.

L’Inde : un véritable défi pour Nissan

Le combat judiciaire en cours met en avant les défis commerciaux auxquels Nissan est confronté sur le cinquième marché automobile mondial où, malgré un investissement d'environ 1 milliard de dollars, il a été évincé par ses concurrents et a du mal à séduire les acheteurs.

Le constructeur a tenté de restructurer certains de ses marchés internationaux clés tels que l'Inde, où il n'a pas encore décidé d'une future stratégie pour son usine en sur capacité.

Renault-Nissan tente de limiter la facture en arguant d’énormes pertes en Inde

Cette décision voit le jour malgré les arguments de Renault-Nissan faisant état "d'énormes pertes" en Inde et de sa totale « incapacité financière » pour répondre aux demandes.

Toute pression pour payer des salaires plus élevés "pourrait potentiellement rendre la subsistance même de l'unité non viable à long terme", avait déclaré le constructeur automobile dans son dossier de 147 pages adressé à l'arbitrage en juillet dernier.

Renault-Nissan tente de se défendre

Renault-Nissan estime par ailleurs que la concurrence locale, le départ de certains dirigeants talentueux vers d'autres entreprises, une augmentation des coûts des matières premières et une mauvaise réponse à certains de ses modèles de voitures ont nui aux affaires.

L'entreprise a également fait valoir que les salaires de ses employés ne peuvent pas être comparés à ceux de Hyundai et Ford, les deux constructeurs ayant installé des usines dans le pays bien plus tôt que lui, et détenant des niveaux de production plus élevés et d’une meilleure utilisation de leurs usines.

"La demande du syndicat n'était qu'un désir d'avoir une augmentation sans tenir compte de la réalité de l'entreprise, de l'échelle salariale du marché et du caractère abordable de la demande, a parallèlement ajouté Renault-Nissan.

Notre avis, par leblogauto.com

En mai dernier, des constructeurs détenant des usines à Chennai, véritable Detroit indien, ont annoncé suspendre certaines de leurs activités et avoir réduit les cadences de travail, les employés, inquiets de l’ampleur de la vague de Covid frappant l’Inde menaçant de faire grève.

Renault-Nissan a vu l’affaire atterrir devant les tribunaux. Le groupe est attaqué par les employés de son usine de Chennai, qui l’accusent de ne pas respecter les mesures d'hygiène et de sécurité nécessaires pour lutter contre le Covid.

En retour, le constructeur a déclaré qu'il avait pris les précautions nécessaires pour protéger les employés, notamment en réduisant les cadences. Précisant toutefois qu'il tenait à poursuivre l’activité de son usine afin d'honorer ses commandes à l'exportation. En temps normal, le site emploie 1.500 personnes et peut produire 480.000 véhicules par an, notamment les modèles low cost Kwid et Triber.

Sources : Reuters

Pour résumer

Un arbitre indien a rendu une ordonnance demandant à Nissan de verser à ses employés des rémunérations supplémentaires, malgré les avertissements du constructeur automobile selon lesquels le versement de salaires plus importants pourrait rendre son implantation en Inde "non viable à long terme".

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