par Thibaut Emme

Industrie auto : 357 emplois menacés chez la SAM

SAM ici, ce n'est pas celui qui ne boit pas. La SAM, c'est la "Société Aveyronnaise de Métallurgie". Cette fonderie, comme bien d'autres en France, est menacée de fermeture. La faute à la mondialisation, la faute aux donneurs d'ordre, ou la faute aux patrons ?

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Aujourd'hui dimanche 25 avril 2021, entre 1 500 (selon la police) et 3 500 (selon les organisateurs) personnes ont manifesté à Decazeville (Aveyron) pour le maintien des emplois chez l'équipementier automobile la SAM. Ce dossier est vu comme le deuxième "naufrage industriel" après la suppression de 750 poste chez Bosch à Rodez. Il faut dire qu'il n'y a que 40 km entre Vivez (Decazeville) et Rodez.

L'entreprise appartient depuis 2017 au groupe chinois Jinjiang. Elle est placée en redressement judiciaire depuis plus d'un an et les candidats à la reprise ne se bousculent pas. On pourrait penser que la SAM ne "vaut rien". Mais, il semble que cela soit plus compliqué que cela. Il y a bien eu un candidat à la reprise, le groupe espagnol CIE Automotive. Toutefois, ce dernier ne proposait de reprendre que 150 personnes sur les environ 360 qu'emploie encore la SAM.

Impensable pour les salariés. Devant le refus des employés, le groupe Espagnol a retiré son offre. Il y a bien, si on en croit dans des propos rapportés par l'AFP, Jean-Paul Boyer, du collectif Tous ensemble pour le bassin de Decazeville. et un des organisateurs de la manifestation de ce jour, un réseau de PME qui se proposerait de reprendre 250 emplois. Sauf que, toujours selon cet organisateur, le principal (quasi unique) donneur d'ordre, le groupe Renault, ne souhaite pas que des PME reprennent l'activité mais que ce soit un grand groupe.

Ouvrir la reprise à un réseau de PME

"Nous demandons au premier ministre Jean Castex de faire en sorte qu'un réseau composé de ces PME puisse se constituer et présenter une offre susceptible de maintenir au moins 250 emplois" chez Sam, a-t-il précisé à l'AFP.

La SAM est un nouvel exemple du délitement du tissu industriel provincial. Ce dernier s'est développé après la Seconde Guerre Mondiale en petites unités disséminées partout en France. Souvent, des cités minières ont survécu avec une industrie de fonderie. C'est le cas ici pour la SAM. Créée en 1975, la SAM a créé des emplois à Decazeville, une cité établie sur un gisement de houille.

D'autres, dans le limousin, comme l'ex-Steva à Bessines-sur-Gartempe, sont nés de la fermeture des mines d'uranium de la COGEMA. Ces petits sites industriels qui employaient des centaines de personnes ont survécu souvent avec un unique client, Renault, Peugeot ou Citroën pour les équipementiers automobiles.

Sauf que ces clients, après des années à soutenir ces emplois locaux, décident peu à peu de retirer leur soutien aux sites pour envoyer la production dans des pays à moindre coût. Récemment encore, c'est la fonderie de Bretagne (Lorient) qui a été vendue par Renault. On peut citer plusieurs exemples comme Ford à Blanquefort, Michelin à la Roche-sur-Yon, GM&S avec Peugeot et Renault, ou Bridgestone à Béthune, cédé à SIG.

Le client est-il le responsable ?

Pour bon nombre de salariés de la SAM et de Bosch à Rodez, Renault est grandement responsable de la situation. Mais, essayons de voir plus loin. Est-ce que le client est responsable de la situation d'une entreprise ?

Ces petites unités se sont formées et ont vécu souvent avec un seul client. C'est, en ce cas, la faute des dirigeants qui n'ont pas su se diversifier et ont préféré faire l'autruche souvent. Dans d'autres cas, le principal client a racheté le site et injecté des millions. A ce moment, cette monoculture ne gênait pas et le donneur d'ordre n'était pas un souci.

L'industrie française a-t-elle refusé de voir la globalisation et la modernisation de son monde ? Certains ont réussi à changer leur production et trouver de nouveaux débouchés. Comme quoi c'est possible. D'autres se sont mis en réseau pour résister à la concurrence. Enfin certains ont fait le deuil de leur industrie et des emplois qui vont avec.

Pour la SAM, l'histoire a été émaillée de reprise par différents groupes. Le groupe Arche SA, spécialiste de la fonderie aluminium avec différentes filiales dont la SAM, a été racheté par Jinjiang pour devenir Jinjiang Industries Europe. La SAM produit des carters (moteur ou embrayage), des supports d'accessoire, etc.

Illustration : Jinjiang

Pour résumer

SAM ici, ce n'est pas celui qui ne boit pas. La SAM, c'est la "Société Aveyronnaise de Métallurgie". Cette fonderie, comme bien d'autres en France, est menacée de fermeture. La faute à la mondialisation, la faute aux donneurs d'ordre, ou la faute aux patrons ?

Thibaut Emme
Rédacteur
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