Accueil F1 30 ans déjà : Spa 1991, un débutant nommé Schumacher

30 ans déjà : Spa 1991, un débutant nommé Schumacher

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Schumacher

En août 1991, le grand prix de Belgique accueillait un rookie du nom de Michael Schumacher. Arrivé par un concours de circonstances peu banal, il sera vite récupéré par Benetton dans des circonstances tout aussi rocambolesques.

Le malheur des uns…

Mardi 13 août 1991. Un tribunal londonien doit statuer sur l’agression d’un chauffeur de taxi, suite à une altercation qui remonte à décembre 1990 et où a été fait usage d’une bombe lacrymogène interdite au Royaume-Uni. Le suspect est le pilote Bertrand Gachot, titulaire chez Jordan-Ford. A la surprise générale, le verdict est très lourd, puisque le belge écope dans un premier temps de 18 mois ferme et se retrouve immédiatement écroué. La demande de libération sous caution échoue et Eddie Jordan doit trouver en urgence un pilote pour suppléer le pauvre Gachot.

Jordan mutliplie les contacts et se rapproche notamment de Jochen Neerpasch, le directeur compétition de Mercedes-Benz, et de Willy Weber, l’agent d’un certain Michael Schumacher. Protégé de l’étoile, le jeune allemand s’est déjà fait un nom en remportant le championnat d’Allemagne de F3 en 1989, en disputant plusieurs courses de Groupe C sur Sauber au sein du junior team Mercedes (avec le meilleur tour au Mans) et en battant un certain Mika Hakinen au GP de Macao de F3, dans des circonstances polémiques qui lui donnent déjà une réputation de « tueur ».

Débuts très remarqués

Mercedes envisage une arrivée en Formule 1 à l’horizon 1993-1994 et placer un jeune loup comme Schumacher serait une occasion idéale afin de l’aguerrir. Et pour Jordan, l’opération est également juteuse puisque Mercedes, par l’intermédiaire de sponsors, met sur la table une très grosse somme. On parle de 400.000 deustch marks, soit plus de 200.000 euros. Schumacher moule son baquet et réalise quelques essais à Silverstone qui s’avèrent très impressionnants. Dès ses premiers tours en Formule 1, le prodige attaque fort et se montre capable d’apporter un feedback de grande qualité à ses ingénieurs, qui sont absolument sidérés. Quant les ingénieurs lui demandent après un premier run de ne pas trop pousser, Schumacher rétorque qu’il n’attaquait pas mais se contentait de prendre ses marques et de tester les limites de la voiture.

premiers tours ebourriffants à Silverstone

Jordan souhaite engager à long terme ce jeune allemand prometteur avec un contrat en bonne et due forme, mais le futur « baron rouge », bien conseillé, remet à plus tard ces négociations. Pour l’heure, le contrat ne court donc que sur le grand prix de Belgique.

Si les esprits sont évidemment focalisés sur le sort de Bertrand Gachot, Michael Schumacher n’a pas d’états d’âme et entend bien saisir sa chance. Et c’est ce qu’il fait, en réalisant le 5e temps lors de la première séance puis le 7e temps final des qualifications le samedi. Il se glisse entre les deux Benetton et inflige 0″7 d’écart à Andre De Cesaris, son très expérimenté coéquipier. En course, Schumacher n’a pas l’occasion d’en montrer davantage puisque sa transmission le lâche dans la montée vers le raidillion de l’eau rouge dès le départ. Mais qu’à ce la ne tienne, il a tapé dans l’oeil de certains patrons d’écurie, et notamment de Flavio Briatore, le team manager de Benetton.

Le « joli » coup de Briatore

Eddie Jordan espère faire signer un contrat de 2 ans à Schumacher, mais l’irlandais va trouver plus malin que lui. Mercedes entend placer son protégé dans un team de plus grande envergure et fait une offre juteuse à Benetton, alors que, de leur côté, Schumacher et son manager Weber apprennent que Jordan va perdre son contrat moteur Ford et se retrouver en 1992 avec un médiocre moteur Yamaha, gage d’une saison bien médiocre en perspective! Jordan se fait devancer par Weber, Schumacher et Neerpasch qui se sont rapprochés du cabinet IMG et de Julian Jakobi, manager avisé de Prost et Senna entre autres, afin de conclure un contrat de 5 ans avec Briatore et Benetton. Un contrat de pilote payé de surcroît, alors que Jordan ne peut proposer autre chose qu’un statut de pilote payant. Schumacher a donc l’assurance de ne pas se retrouver dans une voie de garage et signe, sachant que Mercedes pose aussi comme condition de pouvoir le récupérer sur demande. L’histoire s’écrira autrement…

Reste que Flavio Briatore a déjà deux pilotes sous contrat chez Benetton, à savoir Nelson Piquet et Roberto Moreno, ce dernier ayant enfin gagné une place de titulaire après des années à faire le remplaçant de luxe. Briatore ne peut virer n’importe comment Nelson Piquet qui est quand même un triple champion du monde et aussi un homme bien avisé sur ses contrats. C’est donc Moreno qui va servir de fusible. Le Brésilien se repose tranquillement dans son appartement monégasque avant Monza lorsqu’il apprend par fax qu’il est licencié « pour incapacité physique et morale à piloter » ! Le 4 septembre, Schumacher teste la Benetton 191 à Silverstone.

Moreno viré comme un malpropre de Benetton
Moreno viré comme un malpropre de Benetton

Il y bien des suites judiciaires à cette tambouille. Jordan est débouté de sa plainte car aucun contrat tangible n’avait été signé par Schumacher, ce qui fait que son « chipage » par Benetton est inattaquable. Sur le cas Moreno, le tribunal de Milan condamne Briatore à verser au brésilien 500 000 dollars en guise de dédommagement. Nelson Piquet s’en mêle: furieux de voir son copain Moreno viré comme un malpropre, il s’en prend violemment à Briatore, lequel menace de le licencier sur le champ ! C’est donc encore une fois « tonton » Bernie Ecclestone qui va clore l’affaire et jouer le médiateur. Le jeudi 5 septembre, veille des premiers essais à Monza, tous les protagonistes se réunissent à la Villa d’Este, sur le lac de Côme dont Eddie Jordan, Willi Weber, Flavio Briatore et Tom Walkinshaw. Les négociations durent une bonne partie de la nuit et Ecclestone obtient un règlement à l’amiable: Jordan abandonne Schumacher à Benetton, moyennant un engagement financier de principe. Mieux, Moreno remplacera l’Allemand dans la monoplace verte à Monza et percevra l’indemnité promise par la justice italienne…

Si les circonstances de son arrivée chez Benetton font couler de l’encre dans le paddock, Schumacher est bel et bien là, impertubable, dès Monza 1991, au volant d’une voiture de top team. La machine est en route. Dès sa première sortie avec sa nouvelle équipe, il bat Piquet en qualifications et en course, récoltant les deux points de la 5e place, ce qui fait de lui, à ce moment-là, à 22 ans, le lus jeune pilote de l’histoire à avoir marqué des points. L’Allemand profitera des dernières courses de la saison pour éclipser encore plus totalement Nelson Piquet et s’affirmer comme le nouveau leader plein d’espoir de l’équipe Benetton en 1992. Quant à Bertrand Gachot, il sortira finalement au bout de deux mois pour bonne conduite, mais sa carrière en fut irrémédiablement impactée.

images : wikipedia, f1pics, pinterest

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3 Commentaires sur "30 ans déjà : Spa 1991, un débutant nommé Schumacher"

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Scott
Invité

Ah ce Briatore…..no comment en fait…..

Invité

F1 ton monde impitoya able ….Ah c’est pas F1 mais Dallas ?

Fred21
Invité

*Andrea De Cesaris
Il pouvait être rapide sur un tour mais pas sur une course. Et en plus de nombreux crashs. S’est tué à moto en 2014 (55 ans). Rip Andrea.

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