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Exclusif : Visite de Peugeot Sport, à la veille du Dakar, et interview de Bruno Famin

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Bruno Famin nous ouvre les portes de l’usine Peugeot Sport à Vélizy à l’occasion du montage des 2008 DKR qui seront aux mains de Sainz, Peterhansel, Despres et du petit dernier, Sébastien Loeb. Une visite et une interview exclusive qui permettent de découvrir un peu plus l’engagement du lion dans l’hémisphère sud en janvier prochain

La Dakar 2016 est pour dans quelques semaines. L’équipe Peugeot Sport alignera quatre voitures cette année et si elle a de grosses ambitions, elle reste tout de même réaliste face à l’armada des Mini X-Raid et au nouveau Toyota Hilux. Les voitures étaient en cours de montage lors de notre visite la semaine dernière et toute la fourmilière Peugeot Sport s’active pour que tout soit prêt le jour J.

Bruno, on est à 3 semaines du Dakar, où en est l’équipe Peugeot Sport au niveau du fret ? Les voitures sont encore là, on est surpris.

Portrait_FaminBruno Famin : « Oui, on est à neuf jours justement du départ du fret aérien. On part le 18 (décembre) au matin, donc les voitures sont encore là et on en est dans la phase finale de préparation. Les voitures devraient démarrer d’ici la fin de la semaine, et c’est une étape importante car cela veut dire que tout est fonctionnel et en milieu de semaine prochaine, on fera un petit roulage pour vérifier que tout va bien et pour roder un certain nombre de composants.

En parallèle, on finit de récupérer toutes les pièces qui sont arrivées un petit peu tard, de préparer et regrouper les pièces, ainsi que tout l’équipement dont on a besoin pour préparer ce fret aérien. Ce sont trois ou quatre containers qui vont accompagner les quatre voitures et que l’on récupérera le 29 au matin ». (le reste du fret, les camions d’assistance, etc. est déjà parti le 20 novembre via le fret bateau de l’organisateur, ASO. NDLR)

Quelle est l’idée de retarder au maximum le départ et de faire votre propre fret aérien ? Tirer un maximum d’enseignements du Rallye du Maroc ?

« Par sécurité, de toute façon, on ne fait pas voyager les voitures en fret bateau, car le milieu salin est agressif. Et cela nous donne quatre semaines de plus pour la préparation et on en a bien besoin ».

Pourquoi bien besoin ? Il y a eu des choses à retravailler après le Maroc ?

« Parce qu’on a refait pas mal de choses. On a essayé de s’améliorer dans tous les domaines et quand on voit comment la voiture a évolué entre 2015 et 2016 sachant qu’on a commencé les évolutions 2016 qu’après le Dakar 2015 – donc en gros le 1er février – pour en être là où on en est maintenant, c’est qu’on n’a pas chômé ».

Justement quelles sont les principales différences entre les voitures de 2015 et de 2016 ? Sur quoi avez-vous travailler en premier juste après le Dakar 2015 ?

BF : « On a travaillé un peu sur tout. La première conclusion du debriefing du Dakar 2015, et c’était l’essentiel, était que les choix de concept et les choix stratégiques que l’on avait fait sur cette voiture étaient validés. C’est à dire que l’on n’a pas été obligé de remettre en cause notre façon d’aborder le projet technique : le choix du deux roues motrices avec de grandes roues et de grands débattements, le moteur turbo-diesel, tout cela, on l’a validé et on est reparti de cette base là.

Après on a évidemment pris en compte les critiques des pilotes. La principale était un manque de confiance dans la voiture, plutôt instable, notamment dans les mises en appui en latéral. Donc là on a décidé rapidement d’élargir la voiture, au maximum de la réglementation du Dakar. En conséquence, on l’a aussi allongée de 20 cm, mais cela également pour des raisons réglementaires sur le réservoir qui est désormais à l’intérieur de la structure de sécurité.

Donc on a beau garder le même concept, le même moteur, la même boîte de vitesses, comme on met 20 cm en plus de chaque côté, forcément cela fait refaire un certain nombre de choses et ça tombait bien car comme on avait fait la première voiture plutôt rapidement, cela nous a permis de tout optimiser en terme de poids, d’accessibilité, de maintenabilité, de simplicité d’une manière générale. Donc un gros travail de fait sur l’allègement, sur les épures de suspensions, sur l’utilisation du moteur – qui était aussi une grosse critique du modèle 2015 où on manquait de couple à bas régime et où le moteur s’époumonait un peu en altitude – on avait des rapports de boîte trop longs. On a revu un peu tout cela pour avoir quelque chose de beaucoup plus utilisable, dans toute les conditions, que ce soit en terme de reprise ou de la constance de performance en altitude.

On a aussi profité des progrès faits par Michelin. Il y a un nouveau pneu dans leur gamme qui fait un ‘step’ aussi en performance. On a travaillé les freins, l’hydraulique. On a tout amélioré et je pense que la version 2016 du 2008 DKR est mieux partout si on en croit les pilotes aujourd’hui, avant d’avoir fait la première spéciale. Après la première spéciale on aura peut-être des avis différents parce que la course reste la course, mais en essais cela se passe plutôt pas mal ».

Entre le debriefing et maintenant il y a eu un gros changement dans le parcours du Dakar qui change son aspect et devient plus « WRC ». Comment Peugeot Sport a réagi ?

BF : « Il y a deux balances de performances dans les rallyes-raids. Il y a la balance issue du règlement technique où il y a un certain nombre d’avantages et d’inconvénients aux deux roues motrices face aux quatre roues motrices, et puis il y a la balance de performances qui est faite par le parcours du rallye qui peut favoriser plutôt telle techno ou telle autre. Maintenant, c’est sûr que les trois étapes de désert au Pérou nous auraient bien plu, mais cela fait partie des aléas que tout le monde subit. On sait bien qu’ASO n’a pas supprimé le Pérou de gaieté de coeur (…) mais le parcours c’est le même pour tout le monde. On peut pas se retrancher derrière un changement de parcours, il faut que notre pari technique soit valable dans toutes les conditions, on ne peut pas être à la merci d’un truc comme cela.

Notre pari initial c’est justement de dire qu’un deux roues motrices doit pouvoir avoir des qualités dynamiques, chères à Peugeot, qui lui permettent d’être pas mal sur un parcours type rallye classique. Donc on verra ce que cela donnera mais on ne devrait pas être si mal que cela, même par rapport aux quatre roues motrices. Après on verra s’il pleut, s’il pleut pas, si les étapes que l’on dit ‘type WRC’ en Argentine le seront bien car le parcours est quand même secret. Est-ce que ce sera si WRC que cela ou est-ce qu’il y aura pas des zones un peu cassantes par endroit où la nos débattements de suspensions pourraient nous permettre de pas être trop mal. Encore une fois le parcours c’est le même pour tout le monde, il faut que notre voiture soit capable de potentiellement faire des bons résultats dans toutes les circonstances. On ne peut pas faire une voiture qui n’est capable de gagner qu’uniquement sur tel ou tel type de parcours ».

Par contre le parcours devrait plus plaire à Sébastien Loeb non ?

BF : « Je ne sais pas si ça va lui plaire, mais ça va lui faciliter la vie en tout cas. Le début de rallye devrait être un peu moins difficile que si on avait commencé par trois grandes étapes de désert dans les dunes au Pérou ».

Où en est son intégration ?

BF : « Les quatre équipages viennent au dernier test avant le départ. Non seulement c’est le déverminage mais ils viennent faire la finalisation de leur installation, leur habitacle, toute l’ergonomie. Ils ont tous leurs critères, leurs exigences et on essaie d’adapter tout cela au mieux ».

Comment vous imaginez gérer les  quatre équipages de la « Dream Team » ?

BF : « Bien ! (rires) Pour l’instant, honnêtement c’est très facile dans le sens où les quatre équipages – associons bien les coéquipiers avec car ils sont très importants en rallye-raid – les huit ‘bonshommes’ n’ont qu’une idée en tête c’est de faire de la 2008 DKR et de Peugeot Sport une voiture et une équipe capables de gagner le Dakar. Ils sont tous focalisés là-dessus, mobilisés, et entraînent l’équipe avec eux de manière à ce que l’on gagne du temps sur notre courbe de progression et qu’elle soit la plus rapide possible.

Ils nous font profiter chacun de leur expérience pour que l’on soit compétitifs le plus rapidement possible. Pour l’instant tout va bien, ils s’entendent très bien et ils sont tous mobilisés là-dessus. L’étape d’après, j’espère que l’on sera en mesure de lutter pour la victoire, je ne sais pas si ce sera en 2016 ou plus tard. Si on a deux ou trois voitures capables de se battre pour la première place, on sera alors dans la rubrique ‘problème de riche’ et là, j’ai hâte d’y être ! ».

Donc gagner en 2016 vous l’espérez, peut-être plus tard. Vous vous fiez aux expériences précédentes pour cela ?

BF : « 2016 il ne faut pas non plus rêver. Je pense qu’il faut être très réaliste et aborder à nouveau cette édition avec beaucoup d’humilité parce que ça ne sera que notre deuxième Dakar (depuis le retour NDLR), le premier a vraiment été fait à l’arrache, là c’est la première fois qu’on va faire le Dakar en sachant à peu près ce qui nous attend. Moi je m’attends à un Dakar 2016 qui soit vraiment difficile, du fait du nouveau parcours qui va être essentiellement en Argentine où il fait très chaud, avec beaucoup de fech fech, des pierres, beaucoup de gués en fonction des conditions climatiques et on craint un peu qu’ASO ait durci la course pour pallier l’absence du Pérou.

Plus le rallye est dur, plus il favorisera une équipe qui a beaucoup d’expérience par rapport à une équipe qui en a très peu. Ca ne plaide pas en notre faveur. Après il y a la partie en Bolivie en très haute altitude dont quand même trois étapes à plus de 3 600 m. Là aussi il y a des contraintes mécaniques, mais aussi des contraintes humaines. On a vu que Nasser (Al-Attiyah) avait été un petit peu malade l’an dernier, le mal de l’altitude ça ne s’anticipe pas vraiment, on le subit et ce n’est pas parce qu’on est épargné une année qu’on le sera par la suite. L’an dernier c’était une nuit, là ce sera trois jours complets. Puis il y aura aussi le froid ».

On le voit, l’équipe aborde ce Dakar 2016 avec prudence malgré la présentation de la Dream Team plutôt théâtrale, ainsi que de la nouvelle voiture. Bruno Famin ne sait que trop bien que battre les Mini qui dominent l’épreuve depuis si longtemps ne sera pas aisé, d’autant plus qu’elles sont 12 cette année à partir en Argentine.

Du côté de Peugeot quatre 2008 DKR 2016 seront alignées, et un 5ème 2008 DKR mais en version DKR15+ sera aligné par Romain Dumas pour le Mécénat Chirurgie Cardiaque. Cet engagement à titre privé (Dumas a racheté la voiture) montre que le pari du deux roues motrices n’est peut-être pas si insensé que cela. Rendez-vous le 3 janvier 2016 pour la première étape après les vérifications et le prologue le 2.

Photos : Gilles Vitry/le blog auto (NB : pour des raisons de confidentialité, certaines parties techniques ont été floutées)
Interview réalisée conjointement avec L’Internaute

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