Accueil F1 Professeur « Sid » Watkins (1928-2012): le docteur n’est plus là

Professeur « Sid » Watkins (1928-2012): le docteur n’est plus là

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Il y a encore peu, en F1, lorsque la voiture médicale intervient sur un accident, on voit un vieil homme en sortir. Il porte une combinaison bleue, barrée du mot « doctor ». Immédiatement, les commissaires de piste s’écartent pour le laisser passer. Cet homme respecté dans le paddock, c’est le professeur Sydney Eric Watkins. Il vient hélas de succomber à un cancer.

De son propre aveu, Watkins est passionné de voitures depuis toujours. Il nait à Liverpool, où son père tient brièvement un garage.

En 1952, il est diplômé et il effectue 4 années de service militaire -dans le corps médical- en Afrique de l’ouest. Il s’y aligne à un rallye et renonce dés la première spéciale: piloter, ce n’est pas son truc.

Après la quille, il étudie la neurochirurgie à Oxford. A l’occasion, il se rend sur les circuits pour tenir l’infirmerie lors des week-ends de course.

En 1962, il accepte un poste de responsable de la neurochirurgie au CHU de New York, à Syracuse. L’université est située à deux pas de Watkins Glen. Et donc, Watkins devient un pilier de l’infirmerie du « Glen », alors visité régulièrement par la F1.

Lorsque l’on pense « sécurité » en F1, on pense avant tout aux équipements (ceintures, arceau…) ou aux infrastructures de la piste (barrières, dégagements…) Mais la question des infrastructures sanitaires est importante.

Jackie Stewart en fait l’amère expérience au Grand Prix de Belgique 1966. Sorti violemment, il se retrouve bloqué dans sa BRM. C’est Graham Hill qui le désincarcère et le déshabille (il y a de l’essence sur sa combinaison en coton, or l’essence brûle la peau.) Un groupe de nonnes passent et… Elles forcent Hill à rhabiller l’Ecossais!
Enfin, une ambulance arrive. Elle tombe en panne. Une deuxième ambulance arrive et elle emmène lentement Stewart à l’hôpital. Une fois là-bas, l’ambulancier repart, le laissant seul en attendant que le médecin de garde n’arrive!

L’Ecossais est traumatisé: il aurait eu 1000 fois le temps de mourir. A partir de là, il fait de la sécurité son cheval de bataille. Il pousse son patron, sir Alfred Owen, a acheter un camping-car transformé en hôpital mobile.

Malgré cela, c’est l’hécatombe en F1. Les pilotes meurent souvent faute d’intervention rapide.

Pendant ce temps, en 1970, Watkins retourne en Grande-Bretagne, pour gérer cette fois le service de neurochirurgie de l’hôpital de Londres.
Il intervient également dans la commission médicale du Royal Automobile Club. Présent sur le Grand Prix de F1 de Grande-Bretagne, il se lie avec Bernie Ecclestone.

En 1978, Ecclestone convainc Watkins de le suivre sur les Grands Prix de F1. Médecin, passionné de sport auto et ayant une grande expérience de l’accidentologie, « Sid » est le candidat idéal.

Le fait qu’il soit un proche de Bernie est un gage de sérieux pour le paddock. Il est vite adopté. Lors des Grand Prix, le « doc » s’occupe aussi des bobos des mécanos et des journalistes.
Franck Williams se rappelle surtout qu’il l’a aidé lors de sa rééducation après l’accident qui le laissera paraplégique.

En 1981, la FIA se dote d’une commission médicale, présidée par Watkins.

Le premier chantier de Watkins, c’est les infrastructures. Il impose aux circuits de s’équiper d’une vraie unité médicale avec un bloc opératoire et un héliport pour l’évacuation. Sans oublier la voiture médicale, alors fournie par le circuit, qui suit le peloton lors du premier tour et doit pouvoir intervenir dés les premières secondes après un crash.

Le pouvoir de persuasion de Bernie est utilisé à bon escient.

En 1994, la mort d’Ayrton Senna est un nouveau drame. D’autant plus que Watkins en était un ami proche.

Le professeur fait partie d’une commission pour améliorer la sécurité -à tout point de vue- de la F1. Elle imposera notamment des crash-tests plus sévères, le Hans et les protections latérales.

Si Robert Kubica peut se sortir indemne de son spectaculaire accident à Montréal, en 2007, c’est un peu grâce à lui.

En 1992, Watkins prend sa retraite de l’hôpital de Londres. En 2005, l’inamovible doc quitte les paddocks de F1. Il transmet le témoin à Jean-Jacques Issermann, son adjoint depuis plusieurs années et Gary Hartstein qui le remplace dans la voiture médicale.

D’après Ron Dennis, Watkins a fait plus que quiconque pour la sécurité en F1. Sans lui, beaucoup de pilotes ne seraient plus de ce monde.

Désormais, il y aura comme un vide dans la voiture médicale.

Crédits photos: McLaren (photo 1), Ford (photos 2 et 3), Williams (photo 4), Circuit Paul Ricard (photo 5), BMW (photo 6) et Mercedes (photo 7)

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4 Commentaires sur "Professeur « Sid » Watkins (1928-2012): le docteur n’est plus là"

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Carlos
Membre

Un tout grand Monsieur ! On peut vraiment lui rendre hommage.
En lisant cet article, j’ai eu comme une envie d’orienter ma formation de médecin dans ce domaine particulier…

Romain
Invité

Il faut que tu sois anesthésiste-réa ou que tu passes ton desc d’urgence pour faire médecin sur circuit. Tu es généraliste ou dans une spé? Moi je suis interne

Seb
Invité

Il a directement passé le flambeau à Gary Harstein, pas à ce Jean-Jacques Issermann.

Blake599
Membre

Il fait partie de ces grands Hommes qui ont fait avancer les choses. Bravo et merci Professeur!

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