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Marques disparues, épisode 10 : Autobianchi

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autobianchi

Autobianchi prend racine dans l’entreprise Bianchi, fondée en 1885 par Edoardo Bianchi à Milan. La célébrité du nom Bianchi reste associée avant tout aux vélos de route et à la course cycliste, grâce aux succès accumulés par de grands noms comme Fausto Coppi, Felice Gimondi ou plus récemment Jan Ullrich et Marco Pantani. La marque de cycles se distingue dans la première moitié du XXe siècle par ses innovations, avec la transmission par cardan puis l’étrier de freins avant.

Un constructeur éclectique d’avant-guerre

Mais Edoardo Bianchi se diversifie très vite. Dès les années 1899-1900, il se lance dans la production en petite série d’automobiles, dont l’élégante Bianchi 8HP, qui est équipée d’un moteur DeDion-Bouton et d’un double châssis. Il peut compter notamment sur l’ingénieur Alfieri Maserati ! Bianchi ambitionne de rivaliser avec Fiat et développe toute une gamme qui acquiert rapidement une excellente réputation . En parallèle, il se lance dans la production de motos et la compétition. Dans l’entre-deux-guerres, les motos Bianchi remportent de nombreuses compétitions motocyclistes et comptent dans leurs rangs de futures stars de l’automobile comme Tazio Nuvolari, qui devient champion d’Europe moto en 1925 avant de basculer sur la course automobile, et Alberto Ascari à la fin des années 30.

Dans le courant des années 30, à la faveur du réarmement et des commandes de l’état pour motoriser l’armée royale italienne, Bianchi produit des utilitaires puis participe à la production de guerre en fabriquant des véhicules blindés et des camions, comme le très réputé Bianchi Miles. La production automobile est alors délaissée. La fin de la guerre est difficile pour Bianchi, dont les usines sont sévèrement touchées par les bombardements, puis s’en suit un nouveau coup dur en 1946 avec la mort d’Edoardo Bianchi dans un accident de la route, qui plonge l’entreprise dans une crise. Malgré tout, l’entreprise milanaise repart à la fin des années 40 avec la fabrication de motos et de cyclomoteurs qui commencent  envahir les villes italiennes.

Partenaire de Fiat

Le nouveau directeur général de Bianchi, l’ingénieur Ferruccio Quintavalle, convainc le fils d’Edoardo Bianchi, Giuseppe, de relancer la fabrication de voitures mais par le biais d’un partenariat avec un constructeur. Le projet aboutit en 1955 à la fondation de Autobianchi, en association avec Fiat et Pirelli qui détiennent les 2/3 du capital. Bénéficiant d’un solide appui financier et d’un transfert de composants et de mécaniques fournis par FIAT, Autobianchi se positionne sur le segment des petites et moyennes voitures « haut de gamme », pour viser une clientèle plus bourgeoise.  Le premier essai est un coup de maître, avec la Bianchina qui sort en 1957. Reprenant le châssis et les trains roulants de la 500, c’est une véritable version « luxe » et tricorps du « pot de yaourt » qui connaît un succès remarquable, notamment auprès de la clientèle féminine, poussant Autobianchi à la décliner en cabriolet, en break et en berline 4 places. Jusqu’en 1969, plus de 300.000 exemplaires sortent des usines de Desio.

la Bianchina

A l’avant-garde

Pendant ce temps, Autobianchi connait certains bouleversements. En 1958, Bianchi cède ses parts à Fiat et Pirelli qui contrôlent désormais à deux l’actionnariat de la marque. Le siège de l’entreprise est transféré dans le gratte-ciel Pirelli de Milan, puis, en 1968, Fiat prend seul le contrôle total de la marque. Au même moment, l’activité moto, en crise, disparaît en étant cédée au groupe Piaggio. A côté de la Bianchina, Autobianchi essaie de diversifier sa gamme. Mieux encore, ses modèles vont servir de laboratoires des nouvelles technologies développées par le groupe.

Cela se manifeste avec la sortie en 1963 du coupé Stellina, qui est la première voiture italienne construite en fibre de verre, puis surtout en 1964 de la berline Primula, qui marque un jalon important pour le groupe Fiat et l’automobile en général. Développée par Dante Giacosa, la Primula en effet sert de voiture-laboratoire pour tester la traction avant et le moteur en position transversale, des architectures jusque-là ostracisées par Fiat, suite à une mauvaise expérience vécue par Giovanni Agnelli sur un prototype d’avant-guerre. La Primula innove aussi avec sa boîte fiable et économique placée dans le prolongement du vilebrequin,  ses 4 freins à disques, son embrayage à assistance hydraulique et son hayon. La Primula jette les bases des futures compactes et fera école.

Autobianchi Primula

Dans l’ombre de Lancia

En 1969, Autobianchi sort la A112, sur une base de Fiat 127. Elle remplace enfin la vieillissante Bianchina et permet surtout de répliquer à la fameuse Mini et à sa copie italienne fabriquée sous licence par Innocenti. L’A112 aura droit aussi à sa version Abarth pour guerroyer contre la Cooper et à une jolie carrière en rallye. Mais 1969, c’est aussi l’intégration de Lancia dans le giron Fiat. La réorganisation du groupe et de la stratégie des marques amène Autobianchi à passer sous la tutelle de Lancia, dont le prestige lui donne une certaine primauté. La gamme se réduit, avec l’arrêt de production de la Primula et de l’A112.

L’Autobianchi Abarth A112 fut la dernière développée du vivant de Carlo Abarth

En 1985 sort l’ultime modèle : l’Autobianchi Y10, sur une base de Fiat Panda, mais qui est commercialisée sous ce label uniquement en Italie et en France (par l’importateur Chardonnet), le modèle étant badgé Lancia dans le reste du monde. Dans la lignée de la Primula, la Y10 est la première voiture du groupe à étrenner le nouveau moteur FIRE de Fiat, appelé à une grande longévité et à une certaine postérité. Le rachat d’Alfa Romeo en 1987 a encore davantage marginalisé Autobianchi dans le groupe, dont les ventes étaient devenues faibles. La surcapacité industrielle pousse Fiat à fermer l’usine de Desio en 1992, la production des  Autobianchi Y10 étant transférée dans l’usine Alfa d’Arese jusqu’en 1995, date à laquelle la marque Autobianchi disparait définitivement.

Autobianchi avait un positionnement original dans le groupe, qui peut laisser songeur quand on voit ce que BMW a su faire de Mini. Et Lancia, qui eut raison d’Autobianchi dans les années 80-90, suit le même chemin…

Images : wikimedia, pinterest

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15 Commentaires sur "Marques disparues, épisode 10 : Autobianchi"

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Alfa33
Invité

Deux remarques : la A112 ne dérive pas de la 124 et oubli de la A111 produite entre 1968 et 1972.

gigi4lm
Invité

Le dernier paragraphe résume très bien la différence de gestion des marques entre BMW et FIAT.
Il faut dire que c’était plus simple pour la marque allemande qui c’est retrouvée avec Mini … et Rolls Royce (plus Bentley fourguée à VAG).
Fiat, au fil des ans à rachetée toutes les marques italiennes existantes, à l’exception de Lamborghini).
Il fallait épurer. Il l’on fait.
Au point qu’il ne reste pratiquement plus que FIAT … j’allais dire la FIAT 500.

Tipoil
Invité

Très bonne gestion de BMW ! C’est oublier Rover…

gigi4lm
Invité

Oui, j’avais oublié. Mais au delà de Rover c’était tout le groupe British Leyland qui était au bord du gouffre. BMW n’avait d’autres solutions que de s’en débarrasser au plus vite. On ne peut pas dire qu’ils ont fait disparaître Rover qui existe toujours en Chine sous la marque Roewe du groupe SAIC (même si le nom appartient à Tata).

zafira500
Invité

Je ne sais pas si Rover aurait disparu si le groupe avait été marié à Honda comme cela était prévu à l’origine.
« BMW n’avait d’autres solutions que de s’en débarrasser au plus vite. »
Alors pourquoi l’avoir rachetée?

zafira500
Invité

Et Land Rover, pas mieux gérée (la marque s’est développée après la reprise par Ford).

Yorgle
Invité

…avec des modèles développés sous l’ère Ford (Evoque) 😉

SGL
Invité

En quelques sortes Autobianchi n’a pas disparue, mais à changé de nom …en Lancia !?

zafira500
Invité

C’est pareil. Comme le dit l’article, la marque Autobianchi n’était plus utilisée qu’en Italie et en France.

panama
Invité

Les A112 ont été des icones dans les 70’s, bien plus fiables que les Austin/Morris Mini et offrant des prestations routières bien supérieures, en particulier en ce qui concerne le confort.
L’Y10 était une horreur qui n’aurait jamais dû exister, un modèle en forte régression par rapport à sa devancière sur bien des points.
Reste les toutes petites Bianchina séduisantes en diable. One ne croise toujours en italie

Mwouais
Invité

J’ai depuis découvert la A112 Giovani et l’Autobianchi Runabout : trop concepts mais quelle époque 😉

https://www.carjager.com/blog/article/autobianchi-a112-giovani-la-tete-au-carre.html

Straton
Invité

On dit que la Primula a largement servi de modèle pour la Simca 1100 qui avait exactement la même disposition mécanique dite « Giacosa » : traction avant, moteur en position transversale et boite de vitesse en bout du vilebrequin (ce que n’avait pas la Mini).

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