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Rétro F1 89-Hongrie : un char d’assaut rouge nommé Mansell

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Nigel Mansell a eu une carrière atypique, capable des plus grands exploits comme des plus grosses gaffes – involontaires ou non. Mais dans un grand jour, « il leone », comme le surnommaient les Tifosis, était imbattable. En Hongrie, l’intrépide britannique, sur Ferrari, décrocha sans nul doute la plus belle de ses victoires.

A l’est, du nouveau

Quand le F1 circus arrive à Budapest en ce chaud été 1989, la Hongrie est en plein bouleversement politique. La guerre froide touche à sa fin et si le mur de Berlin n’est pas encore tombé, le rideau de fer lui se lézarde toujours plus, sous les yeux d’une URSS usée et résignée. Après tout, n’est-ce pas par la Hongrie que la très occidentale F1 est passée à l’est pour la première fois en 1986 ? La frontière entre la Hongrie et l’Autriche a été ouverte, les marques occidentales commencent à envahir les magasins et Janos Kadar, le vieux dirigeant stalinien de la république populaire de Hongrie, arrivé au pouvoir en 1956 avec les chars de Moscou, vient de mourir. Les réformateurs accélèrent la transition vers la démocratie…et l’ouverture à l’économie de marché. Du tout bon pour le juteux business de Bernie Ecclestone évidemment. Et si le rouge n’est plus vraiment en odeur de sainteté politiquement, il va faire des merveilles en piste !

Une histoire de gommes

Les pneus et la F1, c’est une vieille histoire. A l’époque, Goodyear et Pirelli se partagent la fourniture du plateau. Pour faire simple, les pneus italiens sont excellents en qualifications, surtout sur les pistes sinueuses, permettant parfois à des petites équipes de réaliser des exploits. Du côté de l’américain Goodyear, leurs gommes sont plus efficaces en conditions de course.

Sur cette manche hongroise, Goodyear a apporté de nouvelles enveloppes. Si elles conviennent bien aux Williams et à leur V10 Renault très souple, elles ne font pas le bonheur des Ferrari ni même des McLaren-Honda, très survireuses et plus à l’aise sur les circuits rapides. Senna est néanmoins second, mais cède la pole position à Riccardo Patrèse (Mclaren est battu pour la première fois de la saison aux qualifs), tandis que Prost doit se contenter de la 5e place. Alex Caffi est le héros du jour, décrochant la 3e place sur sa modeste Dallara chaussée de Pirelli !

Les pneus qualifs de Pirelli donnaient parfois des grilles de départ surprenantes, comme ici Caffi 3e avec la Dallara-Ford

Les Ferrari ont amélioré un peu leur fiabilité, depuis que la cause des pannes à répétition de la boîte robotisée a été identifiée (une batterie trop faible). Quand elles terminent une course, c’est en général sur le podium, Mansell l’a prouvé en signant deux secondes places en Angleterre et en France. Et que dire de la victoire surprise à Rio ! Mais ici en Hongrie, les pneus de Qualifs Goodyear n’ont pas fonctionné sous la chaleur écrasante des essais. La 640 manquant de grip, Berger est 6e, Mansell seulement 12e ! Une punition sur le tourniquet du Hungaroring, qui n’est pas réputé pour sa prédisposition à dépasser.

Le dimanche matin, le ciel est couvert et annonce un possible renversement de hiérarchie. Les pneus Goodyear de course sont bien plus efficaces et au Warm-up, Mansell sort du trou en réalisant le meilleur temps. Le choix des gommes sera décisif: dans le camp Goodyear, presque tout le monde choisit les tendres de type C qui doivent normalement être changés en cours de route, mais Patrese, Senna et Prost choisissent les « B » durs et parient sur une course sans arrêt aux stands. Tous les pilotes Pirelli prennent des pneus durs.

Remontada

Au départ, Patrèse conserve la tête devant Senna. Derrière, en deux virages, Mansell est déjà remonté en 8e position. La boîte semi-automatique fait des miracles au départ.

Sur les premières boucles de la course, les écarts font l’accordéon. Patrèse devance Senna, Berger et Prost, tandis que Mansell émerge en 6e place vers le 20e tour, après avoir dépassé Boutsen. Deux tours après, au bout de la montée du premier secteur, il déborde l’étonnante Dallara de Caffi. Avec l’arrêt au stand de Nannini, le voici désormais 5e. Au 25e tour, l’anglais est à une douzaine de secondes du quatuor de tête mais il adopte un rythme bien plus soutenu que les hommes devant lui, roulant 1 à 2 secondes plus vite par tour.

Au 30e tour, Patrèse mène toujours devant Senna et Prost. Berger s’est arrêté et Mansell est désormais 4e, à seulement 9 secondes. Au 38e tour, il fait la jonction avec des gommes qui semblent pouvoir tenir toute la course et dépasse peu après Prost dans la montée, tandis que Senna est toujours blotti derrière Patrèse. Berger, avec des pneus frais, est remonté comme une balle et recolle aussi.

Au 52e tour, Senna dépasse enfin Patrèse dont la Williams, réservoir d’eau perforé, est en train d’agoniser et Mansell l’imite quelques virages plus loin. Dès le tour suivant, le pilote Ferrari est dans les échappements de Senna. La Ferrari est mieux équilibrée que la McLaren, mais Senna résiste grâce à la cavalerie du V10 Honda. Prost est irrémédiablement distancé, tandis que Berger est encore lâché par sa boîte de vitesses !

Mansell suit Senna comme son ombre, collé à ses échappements, tel un chasseur prêt à fondre sur sa proie. Au 58e tour, Senna aborde la montée du secteur 1 lorsqu’il tombe sur l’Onyx de Stéfan Johansson, qui vient de repartir des stands mais qui roule très lentement en plein milieu de la trajectoire. Senna est obligé de lever le pied et hésite un instant, mais Mansell, juste derrière, continue « flat out » et déborde  Senna sur sa droite d’un coup de volant abrupt pour prendre la tête ! Quelle audace !

Mansell continue sur un rythme remarquable, ses pneus tendres se portant comme un charme ! Il se permet même de signer le meilleur tour au 66e passage et gagne avec 26 secondes d’avance sur Senna ! Un récital ! Mansell a conduit à la perfection, capable d’attaquer tout en ménageant sa mécanique et sans détruire ses gommes, alors que Senna a terminé avec des pneus exsangues et que Prost a du en changer.

Mansell avait bien mérité son surnom de « il leone », attribué par des tifosis fans absolus du vaillant moustachu. La 640 de John Barnard était une réussite, seulement handicapée par une boîte de vitesses capricieuse et un V12 un peu en mal de puissance. Mais elle servira de base à l’excellente 641 de 1990, qui frôlera le titre avec Prost.

Images : F1, flickr, Ferrari

Les autres rétrospectives sur la saison 1989:

Brésil 1989, la victoire surprise de Mansell

Imola 1989, la guerre est déclarée entre Senna et Prost

Canada 1989, la 1ère victoire du V10 Renault

Castellet 1989, les débuts remarqués de Jean Alesi

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8 Commentaires sur "Rétro F1 89-Hongrie : un char d’assaut rouge nommé Mansell"

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lataupe2B
Invité

C’est un plaisir de retrouver Mansell. Sympa l’article

Seb
Invité

Ca serait mieux un article sur le légendaire et exceptionnel Jim Clark mais bon , vu qu’il n’a pas couru chez Ferrari ….. 🙄

The Stig
Invité

Vous êtes pénibles avec Ferrari, ils vous ont fait quoi? Ils ont tué votre chat? Tapé votre sœur? Chié dans vos bottes?

Seb
Invité

Je porte pas de bottes … Par contre je me pose plus la question de savoir ce qui compose ta boite crânienne … 🤓

The Stig
Invité

Sûrement quelque chose d’un peu plus réfléchi qu’un fan absolu de Mercedes qui ne sait pas répondre à la question autrement que par le dénigrement…

Akouel
Invité

quelle course, que je découvre ici ! Et quelle manoeuvre ! Pour en voir une aussi belle avec l’enjeu de la victoire, je dois poursuivre la rétrospective jusqu’à Aout 2000, Spa Francorchamps avec un Riccardo zonta se faisant passer par Schumi en tête d’un côté, et Hakkinen de l’autre, qui les passera tous les 2 !

On voit clairement la différence de puissance entre les 2 moteurs par ailleurs !

Merci pour cette rétrospective fort prenante !

AXSPORT
Invité

Sympa !!
😃

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