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Nürburgring 1935 : la « victoire impossible » de Nuvolari

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Tazio

Juillet 1935. Plus de 300 000 spectateurs se sont massés sur le circuit du Nurburgring, dans le massif de l’Eifel, pour voir triompher les flèches d’argent et admirer les gladiateurs des temps modernes, à une époque où la mort guettait à chaque virage. Mais la course ne va pas se passer comme prévu…

Deutschland über alles ?

Depuis le début de la saison, le championnat est outrageusement dominé par Mercedes, qui a remporté le grand prix de Monaco avec Luigi Fagioli et les grands prix de France et de Belgique avec Rudolf Carraciola. Auto-Union, l’autre constructeur Allemand, est en embuscade avec la Type B tandis qu’Alfa Romeo, Maserati et Bugatti essaient de sauver l’honneur mais sont condamnés à faire de la figuration. Il faut dire que depuis 1934, grâce à d’importantes subventions étatiques, les constructeurs Allemands sont arrivés en force dans le championnat d’Europe avec des monoplaces largement supérieures à la concurrence. Au Nurburgring, les Silver Arrows sont présentes en force avec 4 Auto Union et pas moins de 7 Mercedes.

Le jour de la course, le temps est particulièrement mauvais et la piste est détrempée. Les dignitaires du régime nazi sont en nombre pour assister à cette course qui doit, sur le vertigineux toboggan de 22,8 kilomètres, consacrer un triomphe germanique que la propagande saura exploiter à merveille. La ligne de départ est dominée par un alignement ostentatoire de drapeaux flanqués de la svastika.

Sur la grille de départ (qui est tirée au sort à l’époque), Hans Stuck, sur la puissante Auto Union (moteur 16 cylindres 5 litres ), devance Tazio Nuvolari qui pilote une Alfa Romeo P3 Tipo B. Certes, l’agile monoplace engagée par la Scuderia Ferrari est efficace dans les secteurs sinueux du circuit et  bénéficie en Allemagne d’une évolution du V8, porté à 3,2 litres et 330 chevaux (contre 2,9 litres et 265 chevaux à la version de base). Cependant, le bolide milanais accuse le poids des ans et souffre d’un déficit de puissance flagrant face aux Allemandes qui délivrent au moins 50 chevaux de plus. Dans les lignes droites, la P3 rend 40 Km/h à la Mercedes W25…

Début de course compliqué pour Alfa

La pluie a inondé le vertigineux tracé mais a cessé avant le départ, qui, pour la première fois, sera donné par un système de signaux lumineux. Pour la Scuderia Ferrari, les premiers tours sont catastrophiques. Brivio et Louis Chiron abandonnent dans les premiers tours, tandis que Nuvolari a raté complètement son envol ! Dès le premier passage, il accuse 14″ de retard sur Carraciola. Au 5e tour, le champion Allemand (Mercedes) devance l’idole du Reich Bernd Rosemeyer (Auto Union) de quelques secondes, alors que Nuvolari, qui a effectué un tête à queue au 2e tour, n’est que 6e, à plus d’une minute !

La Remontada

Après quelques tours sur une piste mouillée qui aida un peu à niveler les écarts de puissance, le circuit s’assèche. Le « Mantouan volant » remonte le peloton. Au 9e tour, il est le premier à tourner sous les 11 minutes et reprend d’un coup 30 secondes à Carraciola. Au tour suivant, il se permet de pointer en tête à la mi-course mais les 4 premiers se tiennent seulement en dix secondes.

AU 11e tour, Nuvolari, Rosemeyer et Von Brauchitsch s’arrêtent simultanément aux stands. Mais pour L’Italien, c’est une nouvelle fois la catastrophe : ayant cassé la poignée de la pompe à essence, les mécaniciens doivent ravitailler la P3 manuellement avec de vulgaires entonnoirs. Alors que Brauchitsch ne s’est immobilisé que 47 secondes, l’arrêt de Nuvolari s’éternise 2 minutes et 14 secondes ! Il repart 5e et distancé, et c’est désormais un trio Mercedes Fagioli-Von Brauchitsch-Carraciola qui mène les débats.

Impossible n’est pas Nuvolari !

Cette mésaventure n’est pas du genre à refroidir Tazio Nuvolari. Reparti le couteau entre les dents, l’intrépide Italien prend tous les risques et conduit à la limite. AU 15e tour, il récupère la 2e place mais compte encore 1’17 » de retard sur Manfred Von Brauchitsch (le neveu du chef d’état-major de la Wehrmacht), qui a roulé à tombeau ouvert et tapé dans ses pneus pour creuser l’écart.

Alors que Brauchitsch commence à ralentir, Nuvolari continue de foncer et d’attaquer en poussant la P3 au maximum de ses limites. A raison d’une quinzaine de secondes reprises à chaque boucle, l’écart entre les deux pilotes tombe alors à 35 secondes à l’entame du dernier tour ! Mercedes était prêt à changer les pneus, mais le pilote Mercedes continue. Dans un effort ultime, Nuvolari fond sur Von Brauchitsch lorsque ce dernier voit son pneu arrière gauche exploser. L’Italien passe et l’emporte devant une foule et des officiels nazis médusés ! Von Brauchitsch, le grand vaincu du jour, termine sur la jante seulement 5e.

Kolossal Tazio

Le public, dans un premier temps stupéfait mais finalement bon joueur, applaudit Nuvolari. Par contre, les représentants du Reich sont très irrités. Et que dire des organisateurs, quelque peu confus au moment de la cérémonie du podium : sûrs de la victoire germanique, ils ne disposent pas d’une partition de l’hymne italien…

A l’issue de la course, Nuvolari répond aux journalistes dans un échange qui est resté célèbre et que n’aurait pas renié Iceman :

Le journaliste : – Où trouvez-vous le courage de grimper à chaque fois dans votre cockpit ?
Nuvolari : – Et vous ? Où espérez-vous mourir ?
Le journaliste : – Moi ? Chez moi, j’espère ! Dans mon lit !
Nuvolari : – Où trouvez-vous le courage de vous glisser chaque soir dans vos draps ?

Pos. No. Pilote Equipe Voiture Type Moteur Tours Temps

1. 12 Tazio Nuvolari Scuderia Ferrari Alfa Romeo Tipo B/P3 3.2 S-8 22 4h08m40.2s
2. 1 Hans Stuck Auto Union AG Auto Union B 5.0 V-16 22 4h10m18.8s + 1m38.6s
3. 5 Rudolf Caracciola Daimler-Benz AG Mercedes-Benz W25B 4.0 S-8 22 4h11m03.1s + 2m22.9s
4. 3 Bernd Rosemeyer Auto Union AG Auto Union B 5.0 V-16 22 4h12m51.0s + 4m10.8s
5. 7 Manfred von Brauchitsch Daimler-Benz AG Mercedes-Benz W25B 4.0 S-8 22 4h14m17.4s + 5m37.2s
6. 6 Luigi Fagioli Daimler-Benz AG Mercedes-Benz W25A 4.0 S-8 22 4h15m58.6s + 7m18.1s
7. 8 Hanns Geier Daimler-Benz AG Mercedes-Benz W25A 3.4 S-8 21 4h11m47.8s
8. 2 Achille Varzi Auto Union AG Auto Union B 5.0 V-16 21 4h15m35.6s
9. 4 Paul Pietsch Auto Union AG Auto Union B 5.0 V-16 20 4h11m47.6s
10. 21 Hans Rüesch H. Rüesch Maserati 8 CM 3.0 S-8 20 4h12m22.2s
11. 16 Goffredo Zehender Scuderia Subalpina Maserati 6C-34 3.3 S-6 20 4h14m43.2s
12. 18 Pietro Ghersi Scuderia Subalpina Maserati 8CM 3.0 S-8 20 4h19m29.4s
Ab 17 Philippe Etancelin Scuderia Subalpina Maserati 6C-34 3.3 S-6 19 4h13m14.4s moteur
Ab 9 Hermann Lang Daimler-Benz AG Mercedes-Benz W25A 3.4 S-8 16 moteur
Ab 10 R. Mays / E. von Delius H. W. Cook ERA B 2.0 S-6 12 misfire
Ab 20 László Hartmann L. Hartmann Maserati 8 CM 3.0 S-8 10 incendie
Ab 14 Louis Chiron Scuderia Ferrari Alfa Romeo Tipo B/P3 3.2 S-8 5 differentiel
Ab 23 Piero Taruffi Automobiles E. Bugatti Bugatti T59 3.3 S-8 4 moteur
Ab 15 Antonio Brivio Scuderia Ferrari Alfa Romeo Tipo B/P3 3.2 S-8 1 différentiel
Ab 11 Renato Balestrero Gruppo Genovese San Giorgio Maserati 8C 3000 3.0 S-8 0 accident

 

 

Source : 8W, Golden era of Motor racing

 

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9 Commentaires sur "Nürburgring 1935 : la « victoire impossible » de Nuvolari"

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labarda3000
Invité

magnifique pour le récit ! merci.

lataupe2B
Invité

Oui bel article. La richesse de l’histoire automobile est formidable.

Michel Adriaensen
Invité

Merci de nous avoir fait revivre cette fantastique course. Des histoire comme cela, on en redemande.

JC Juncker
Invité

Cette course et son coup de théâtre me rappelle la targa florio 1924 et le GP de tripoli 1939

Scal
Invité

La vidéo est impressionnante. Il fallait « en avoir » pour piloter à la limite avec ces machines, sur ces pistes ! Et ça, sur 4h10 de course. Dingue …

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