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20 ans déjà : crime de lèse-majesté de la Xsara Kit-Car

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Bugalski 99

En 1993, alors que le rallye est dominé par les voitures du Groupe A à transmission intégrale, la FIA donne le feu vert à une nouvelle classe plus libre destinée à attirer de nouveaux constructeurs : la fameuse catégorie des « Kit-Cars ».

Un lobbying très Français

Alors que la coalition anglo-nippone défend bec et ongles les 4RM, Renault et Peugeot pèsent dans les négociations pour promouvoir les 2RM, faisant miroiter leur retour officiel en mondial, au moment où le futur règlement est en pleine négociation. La FIA approuva dans un premier temps la base 2 roues motrices pour le futur WRC, avant de se rétracter quelques mois plus tard. Toutefois, la catégorie ne fut pas jetée aux oubliettes et validée dès 1994 pour la coupe du monde 2 Litres.

Les Kit-Cars sont issues de modèles de grande série, avec comme cahier des charges une carrosserie produite à au moins 25 000 exemplaires et 2500 pour le moteur. Ce sont des strictes deux roues motrices. La transmission intégrale est interdite, de même que moteurs turbocompressés. Les moteurs sont atmosphériques et limités à 2 litres de cylindrée. Toutefois, le poids minimum est fixé à seulement 960 kilos et de nombreuses modifications sont possibles sur les trains roulants, la caisse, etc. Le but est clairement d’attirer les marques ne disposant pas dans leur gamme de modèles turbo et 4RM.

Sacrées gueules

Le succès est immédiat avec l’apparition dès 1994 de modèles nombreux (Seat Ibiza, Skoda Felicia, Golf GTI) qui vont rapidement être dépassés par les voitures tricolores. Si la Clio Maxi peut être considérée comme la première vraie Kit-Car, elle cède bientôt la place aux Peugeot 306 Maxi et Renault Megane Maxi, qui se livrent un combat acharné en championnat de France. Elles régalent le public grâce à leur look agressif et au bruit strident caractéristique des moteurs 2 litres survitaminés. Avant tout conçues pour l’asphalte, les Kit-Cars, bodybuildées comme des voitures de supertourisme, font parler la poudre sur les tracés sinueux.

Nerveuses, pointues à conduire, elles vont pourtant réussir à rivaliser avec les nouvelles WRC 4×4 qui entrent en scène à partir de 1997. Si elles sont évidemment désavantagées par leur traction avant et l’absence de turbo, elles compensent par leur légèreté et leur grande agilité, affichant au bas mot 200 kilos de moins sur la balance que leurs grandes rivales du championnat du monde. Dès la Catalogne 1997, Gilles Panizzi affole le paddock en écrasant la concurrence lors de la 1ère étape. Cependant, les conditions changeantes puis une crevaison font reculer la lionne au classement. Au Tour de Corse 1998, François Delecour emmène sa 306 Maxi à la 2e place, à moins de 30 secondes de la Subaru Impreza de Colin McRae . L’Ecossais avait été exclu pour une usure anormale de ses pneus sculptés, avant d’être mystérieusement reclassé. Panique ? La FIA a-t-elle ouvert une boîte de Pandore ?

Le « Bug » de l’an 99

A partir de 1998, alors que Peugeot prépare son arrivée en WRC avec la 206, les 306 Maxi laissent leur place en championnat de France à leurs cousines des chevrons. Après l’éphémère ZX Kit-Car qui a remporté quelques succès en Espagne, Citroën revient officiellement en rallye après l’arrêt du programme ZX Raid et lance dans le grand bain la Xsara Kit-Car, une bête délivrant 300 chevaux à 8000 tours/min, soit plus de 150 chevaux par litre ! Fruit d’un important travail de développement, notamment au niveau électronique, la Xsara se montre encore plus redoutable que la 306, une sorte d’aboutissement ultime du concept Kit-Car. Dès la première saison, la Xsara décroche le titre national aux mains de Philippe Bugalski, qui bat dans la course au titre Simo Jean-Joseph et son Impreza 555. Mais en 1999, « Bug » fait plus fort. Le Français remporte coup sur coup le Rallye de Catalogne et le Tour de Corse, en battant à plates coutures les WRC 4RM. Sur l’île de Beauté, les Xsara remportent 13 des 16 spéciales et font même le doublé grâce à Bugalski et Jesus Puras ! Les deux premières victoires de Citroën en championnat du monde.

Philippe Bugalski réalise 9 temps scratch au Tour de Corse 1999

Clap de fin

Mais ce triomphe sonna en même le temps le glas des Kit-Cars. La « gêne » des autorités occasionnée par ce doublé Kit-Car ne fut rien à côté de la gronde des constructeurs, irrités par ce camouflet infligé aux WRC et agacés des « facilités » règlementaires accordées à la catégorie Kit-Car. Comme souvent, la mauvaise foi fut à l’honneur. David Richards, le patron de Prodrive qui engageait les Subaru, raille Citroën : « C’est trop facile de ne développer une voiture que pour un ou deux rallyes ». Carlos Sainz encaisse mal: « une deux roues motrices m’a narguée avec insolence ».

Cela en est trop pour les constructeurs, qui font pression sur la FIA pour que la règlementation évolue. Pour faire taire les insolentes, le poids minimum des Kit-Car 2 Litres est relevé de 40 kilos et le moteur est bridé ! La coupe du monde FIA 2 litres, pour laquelle peu de constructeurs s’étaient impliqués, disparut et fut remplacée en 2001 par le championnat Junior WRC basé sur la classe Super 1600, qui garda la même philosophie Kit-Car mais avec une nette baisse de puissance et de performances. Cependant, rien n’était perdu. La réussite de la Xsara Kit-Car servit de base au développement du projet WRC, qui allait connaître un succès phénoménal dans les années 2000 avec Sebastien Loeb.

Images : Tour de Corse, Flickr

 

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18 Commentaires sur "20 ans déjà : crime de lèse-majesté de la Xsara Kit-Car"

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The Stig
Invité

Joli résumé ! La 306 Maxi, je m’en rappelle encore, je rêvais de prendre cette kit-car en kit télécommandé thermique à l’époque… des gros souvenirs !

Thibaut Emme
Admin

C’est vrai qu’elles font encore leur petit effet !
La 306 Maxi que Loeb a racheté pour faire « mumuse » envoie encore du bois et fait tourner les regards.

La Xsara, je n’ai en poster, signé par Bug, Chiaroni, mais aussi Patrick Magaud et Guylène Brun qui ont assuré le développement sur le championnat France.
La photo est pas top : https://www.leblogauto.com/wp-content/uploads/2019/02/IMG_20190206_213313.jpg 😀

salociN
Invité

Hé bah… pareil. Kyosho, T2M, Nikko ? Pas Tamiya, c’était une électrique…

mum1989
Invité

des voitures fantastiques quelle dommage qu’elles eussent été remplacées par des pauvre 1600 avec un bruit bidon.

Thomas
Invité

Ceci dit les S2000 faisaient encore un bruit acceptable je trouve 😉

lataupe2B
Invité

Comme quoi les pilotes de haut niveau aiment les voitures radicales. Ces hurlements dans les lacets de mon île de beauté restent ancrés dans la mémoire

Christian
Invité

un camouflé ???

Thibaut Emme
Admin

On a tenté de camoufler le camouflet 😉
Merci du signalement.

salociN
Invité
Vu de l’extérieur, des autos sensas à voir et qui mettent tous les sens en éveil. Et dedans, on imagine bien que c’est encore pire ! Un commentateur en parlait ici il y a peu à l’occasion du MC, et je suis assez d’accord avec cette idée que les 2RM, avec leur style de pilotage vif et pointu ont été les grandes « formatrices » des tops pilotes français qu’on a eu depuis cette période, de Panizzi à Loeb en passant par Bulgaski et Ogier, à l’opposé de l’école finlandaise qui t’apprend surtout à glisser et à bien être cool avec la… Lire la suite >>
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