Accueil Citroën Philippe Bugalski (1963-2012): le deuxième meilleur pilote de rallye

Philippe Bugalski (1963-2012): le deuxième meilleur pilote de rallye

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Il existe sans doute un univers parallèle où Philippe Bugalski est champion du monde de rallye. Très rapide, « Bug » aurait mérité sa place parmi les Makinen, McRae, Sainz et autres Solberg. Seulement voilà, pas assez « politicien », trop fidèle, il a toujours été au mauvais endroit, au mauvais moment.

La carrière de Bugalski débute au milieu des années 80, avec une Golf GTI, puis une Renault 5 turbo.

En 1993, il tente sa chance en WRC avec une Lancia Delta. Mais à l’époque, les Delta sont déjà dépassées et cela tourne au fiasco. Il remporte néanmoins sa première victoire en championnat de France, au rallye du Mont Blanc.
Maigre consolation: Carlos Sainz s’est lui aussi perdu en 1993 avec une Delta privée.

En 1994, il « redescend » en championnat de France. Il intègre le Team Diac, écurie officielle de Renault. La concurrence est rude: il y a le vétéran Jean Ragnotti, Alain Oreille et Serge Jordan -pur produit de la filière « rallye » de Renault-. D’ailleurs, son n’apparait même pas dans le dossier de presse!

A l’époque, PSA et Renault ont fait pression sur la FIA pour imposer le règlement kit-car (2 litres atmo, 2 roues motrices.) Elles sont censées remplacer les groupe A 4×4 à l’horizon 1996.

Bugalski est donc persuadé d’intégrer une future équipe de WRC.

Au rallye Grasse-Alpin, Bugalski sort violemment et son copilote, Thierry Renaud, est tué sur le coup.

Il poursuit néanmoins (navigué par « Coco » Chiaroni) et s’affirme comme le meilleur élève de Jean Ragnotti, champion de France « 2 litres » 1994.
Avec son visage juvénile, il incarne mieux que quiconque l’avenir du rallye français. Il possède même son propre fan-club.

En 1995, il s’affirme. Vainqueur des rallyes du Rouerge, du Limousin et du Mont-Blanc, il termine 2ème du championnat de France et 1er « 2 litres ».

Il est désormais le leader du Team Diac. Ragnotti passe au second plan et Oreille est exilé en Grande-Bretagne. « Jeannot » en est sûr: Bugalski ira en WRC!

En 1996, les Mégane kit-car remplacent les Clio. Les groupe A 4×4 sont maintenues en championnat du monde. Bugalski reste convaincu que Renault fera du WRC, avec une Megane 4×4.

En championnat de France, il tombe sur un os: Gilles Panizzi. Comme Bugalski chez Renault, Panizzi s’est imposé chez Peugeot face à des équipiers plus expérimentés.
Le duel est intense. Mais Panizzi a le dernier mot en 1996 et 1997.

Fin 1997, Renault dissout le Team Diac. C’est la douche froide pour Philippe Bugalski.

Il rebondit chez Citroën. Après l’arrêt du programme « rallye-raid », Guy Fréquelin (alors patron de Citroën Sport) a obtenu un projet « rallye ». Deux Xsara kit-car doivent rouler en championnat de France pour rôder la structure. Bugalski et le cobaye Patrick Magaud les pilotent.

La voiture a des défauts de jeunesse. En temps normal, Bugalski est invincible. Mais à force de devoir abandonner, il est rattrapé au championnat par le privé Simon Jean-Joseph. « Bug » décroche in extremis son premier titre de champion de France.

En 1999, Citroën Sport décide de n’aligner qu’une seule Xsara. Bugalski se retrouve bien seul en championnat de France et il remporte une deuxième couronne sans réelle opposition.

En parallèle, Citroën Sport s’offre deux sorties en WRC: la Corse et la Catalogne. Les kit-car sont impériales sur l’asphalte et « Bug » remporte les deux épreuves!
Notez que seules les WRC sont comptabilisées dans le classement. Pour la FIA, la première victoire de Citroën est le rallye d’Allemagne 2002, avec Sébastien Loeb.

Enfin, la Xsara T4 (4 roues motrices) effectue ses premiers tours de roue.

En 2000, Citroën Sport s’offre un mini-programme WRC. Comme la Xsara T4 n’est pas présente sur l’ensemble du championnat, elle ne peut être homologuée. Et c’est avec les Xsara kit-car que Bugalski et Jesus Puras courent en championnat du monde…

Le promoteur du championnat de France s’en est ému et il crée une catégorie « French Rally Car » taillée sur mesure pour la Xsara T4.
Bugalski s’offre une troisième couronne.

De toute façon, il regarde déjà vers 2003, lorsque Citroën Sport sera enfin présent à temps plein en WRC. Il se voit déjà en haut de l’affiche avec la future Xsara WRC…

Sauf qu’entre temps, une nouvelle tête apparait: Sébastien Loeb.

A l’origine, il n’est qu’un jeune, un peu marlou, à qui Fréquelin donne un strapontin: une manche de championnat de France avec la Xsara T4. Il impose (devenant au passage le plus jeune vainqueur du championnat, battant un record tenu par un certain Didier Auriol.)
Fréquelin lui offre un double programme pour 2001: junior WRC avec la Saxo S1600 et championnat de France avec une vieille Xsara kit-car… Et l’Alsacien remporte les deux titres!
Le « grizzly » commence à regarder d’un autre œil ce surdoué. En plus, le courant passe bien entre les deux hommes. Au San Remo 2001, Loeb hérite d’une Xsara WRC et il termine deuxième.

Ainsi, grâce à ce parcours sans faute (euphémisme), l’Alsacien passe de « simple figurant » à « pilote de pointe » de Citroën Sport. Désormais, on le juge quasiment au niveau de Bugalski et Puras…

En 2002, Loeb est un véritable rouleau-compresseur. Vainqueur du Monte-Carlo (mais pénalisé et finalement deuxième), il devient LE leader de Citroën Sport.

Bugalski, jusqu’ici irréprochable, multiplie les sorties de route. Il a craqué sous la pression. Sa troisième place en Catalogne est insuffisante pour sauver son bilan.

En 2003, Citroën dispute enfin l’intégralité du championnat. Mais Bugalski, leader déchu, n’obtient qu’un mi-temps. Loeb a fait le ménage et pour le suivre, il faut bien un Carlos Sainz ou un Colin McRae!

« Bug » est complètement largué.

En fin de saison, il annonce sa retraite sportive. Le pire, c’est que le public a les yeux braqués sur Loeb et l’évènement passe inaperçu.

Bugalski reste présent chez Citroën Sport, mais en tant que pilote d’essai. Il joue également les ambassadeurs pour les opérations de communication de la marque au chevron.

Il reprend Automeca, où il se tient à l’arrière-plan.

Au rallye d’Alsace 2010, il reprend le volant, le temps de jouer les ouvreurs du rallye d’Alsace.

La photo ci-dessous date de 2012. On reconnait Bugalski, à droite, avec notamment Loeb. Il représente le « canal historique » de Citroën Sport.

Vendredi dernier, dans sa propriété de Vichy Vaudoué, il fait une mauvaise chute d’un arbre et meurt. Un point final tragique à une si courte vie.

Crédits photos: Citroën, sauf photo 2 (Lancia) et photos 3, 4, 5, 6 et 7 (archives Joest)

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16 Commentaires sur "Philippe Bugalski (1963-2012): le deuxième meilleur pilote de rallye"

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Dam'
Invité

C’est la « FIA », pas la F1…

Algerist
Invité

Paix à son âme… J’ai beaucoup aimé ses exploits lorsqu’il était sur Mégane maxi, Le meilleur des Outsiders Français.

DarkKane
Invité

RIP à l’un des meilleurs pilotes de route au monde tout simplement.
Je suis sous le choc de la nouvelle ! Il a bercé mon enfance notamment dans la Xsara et je me prenais un peu pour lui avec les divers jeux vidéos de rallye.

luis
Invité

j’avais 12 ans lorsque j’ai commencé à le suivre…
j’en ai 27 et énorme chagrin
RIP grand homme de l’ombre !

4aplat
Invité

Un grand bonhomme discret s en va

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