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Essai Renault Kangoo Be Bop : Ludospace Invader

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Si vous êtes à peu près dans le même état d’esprit que moi avant de lire ces lignes, le mot « Kangoo » vous fait probablement penser à la petite camionnette Darty qui sponsorise la météo sur TF1, ou à l’exemplaire jaune qui apporte chez vous le courrier et les factures tous les matins. Bref, « Kangoo » rime généralement avec une vocation utilitaire loin d’en faire une auto glamour même si le Kangoo est aussi très répandu dans des versions de type VP, comme la nouvelle mouture que Leblogauto essayait en janvier 2008. Mais plus de dix ans après la commercialisation du premier Kangoo et alors qu‘il est bien installé en tête des ventes de sa catégorie, Renault se lance dans un défi ô combien périlleux : éradiquer totalement le moindre aspect utilitaire de son ludospace pour en faire un véhicule vraiment sympa et accessoirement, s’infiltrer dans une nouvelle niche au sein de la production automobile. Alors, Be Bop ou Be Flop?

Avant d’observer de plus près cette étonnante auto rondouillarde et colorée, une petite ( et ennuyeuse ) rétrospective historique s’impose.

Introduit par Renault en 1997, le Kangoo passait à sa seconde génération lors de la fin de l’année 2007. Une seconde mouture qui était précédée par un concept-car présenté par la firme au losange à l’occasion du salon de Francfort, le Kangoo Compact Concept, une étude de style représentant un ludospace bien plus coloré que d’habitude. La présence de ce concept car en Allemagne était très loin d’être anodine. Prévue pour venir sonder les avis du public, ses réactions enthousiasmantes pousseront les décideurs de Renault à valider un nouveau programme de produit : jusqu’ici, le Kangoo était décliné en version particulière, en version commerciale longue et en version commerciale courte. Désormais, il sera aussi vendu dans une version particulière à châssis court très spéciale.

Niche douillette

Une nouvelle version baptisée « Be Bop » reprenant à peu près tout du Kangoo Compact Concept vu à Francfort : un traitement plutôt osé avec une finition bicolore et des teintes flashy, un châssis raccourci, une très grande surface vitrée et seulement quatre places à l’intérieur. Le Be Bop est conçu pour ne rentrer dans aucune catégorie, même pas celle des ludospaces qui font généralement tout pour offrir la meilleure habitabilité et le meilleur volume de chargement. C’est bien simple, Renault veut explorer une nouvelle niche et imagine déjà un type de clientèle précis intéressé par sa nouvelle création, les couples multi-motorisés. On reviendra un peu plus bas sur ce nom barbare et la cible qu’il représente.

Un Kangoo roux au milieu des chevaux

Disponible à travers quatre teintes différentes au catalogue, il paraissait assez improbable de manquer notre modèle d’essai à son passage en raison de sa  peinture. Rien que le nom de la teinte annonce la… Couleur : « Orange Étincelle », soit une combinaison mêlant un orange très vif avec un capot gris clair ( presque façon Spoon Honda ! ) conjugué à un intérieur tout bleu.

Difficile de manquer un tel engin? Sans doute oui en temps normal mais l’essai se déroulait en Camargue et là, ça change tout. De ma vie, je n’ai jamais vu autant de Kangoo au même endroit et au même moment. En moyenne, on croisait un Renault Kangoo toute les 30 secondes qu’il soit sur la route ou garé à coté d’un troupeau de chevaux derrière un étang. A croire qu’en plus des flamants roses, des taureaux et des chevaux, la Camargue est aussi la patrie des Kangoo. Du coup, les -rares- passants semblaient presque ignorer la présence de ce Kangoo à peine plus voyant que les centaines d’autres.

Muni de seulement deux portières et d’une troisième porte à l’arrière s’ouvrant par la droite, le Be Bop est à peine plus long qu’une Twingo ( 3,87 mètres ) et ressemble carrément à un jouet lorsqu’on observe la découpe de ses vitres latérales et la forme générale de profil, lisse et ronde à la fois. Vu de derrière avec les feux verticaux et le dessin de la porte qui remonte vers la droite, on dirait presque un Land Rover Discovery. Presque.

A l’intérieur, on retrouve le même genre d’associations hautes en couleurs. Le Be Bop est proposé dans deux finitions différentes : « Be Fun » ou « Be Chic », selon que vous soyez adepte d’un peu d’excentricité, ou légèrement plus timides : le « Chic » associe du noir avec un peu de rouge et reste assez sobre, alors que le « Fun » reprend les mêmes codes de couleurs que le Kangoo Compact Concept du Salon de Francfort 2007 : Beaucoup de bleu et une touche de orange. Mais le gros point fort du Be Bop se trouve ailleurs…

Et si l’espace, c’était le luxe?

La luminosité intérieure était l’une des idées principale du Kangoo Compact Concept et les chefs du projet Be Bop tenaient à reprendre ce principe sur leur nouvelle auto. En plus du pare brise plus ou moins panoramique, le toit du Bep Bop est presque entièrement vitré : un carré de verre au dessus du conducteur, un autre sur la tête du passager, un rectangle au niveau de la séparation des sièges et une grande vitre à l’arrière, soit quatre mètres carrés de vitrage au dessus des têtes. Tout ça ajouté à la grande surface vitrée latérale fait que la luminosité à bord est remarquable. Et là, on rentre vraiment dans le raison d’être du Be Bop : il n’y a que quatre places à bord de l’auto, deux devant et deux passagers derrière avec des sièges très facilement escamotables.

Les maîtres du projet ont décidé de sacrifier la cinquième place sur l’autel de l’espace individuel. A l’arrière, les deux sièges sont surélevés par rapport à ceux de devant. On s’y sent tellement bien qu’avec un volant et des pédales à cet endroit, on conduirait le Be Bop avec autant de facilité que sur le siège du chauffeur !

La plus grosse surprise du Be Bop se cache au niveau de sa proue. Toute la partie arrière du toit peut coulisser ( via une manipulation vraiment très simple, trois secondes suffisent ) pour venir se poser sur l’avant. Mieux encore, la vitre arrière est commandée électriquement via un bouton au dessus du frein à main : baissez-la complètement lorsque le toit est en position ouverte, et vous obtenez un quasi-cabriolet façon Suzuki Santana, les montants latéraux en plus. Et ça, c’est vraiment intéressant car le potentiel d’utilisation laisse soudainement place à la créativité. Planches de surf, meubles en tout genre, skis nautiques… Tout rentre par l’arrière d’une auto qui, l’été, pourrait faire office de Mehari contemporaine en bord de plage. En largement moins glamour, certes. Il faut juste éviter de rouler « décapoté » dans un milieu très poussiéreux, sinon toute la poussière est aspirée par l’arrière ( expérience vécue ) jusqu’à recouvrir tout l’habitacle d’une grosse couche de sable et faire suffoquer ses occupants.

Même pas besoin d’ouvrir les portes avant pour accéder aux sièges arrières puisqu’il suffit de passer par la porte de derrière ! Par contre attention si vous préférez passer par l’avant en levant le siège : Il n’y a pas de mémoire dans les réglages du siège passager.

Autant d’espace individuel c‘est bien, mais du coup le volume de chargement du coffre devient presque ridicule. Seulement 174 dm3 lorsque les sièges arrière sont en place, autant dire rien. Bien évidemment, tout change lorsque ceux-ci sont escamotés avec un volume de 1462 dm3 mais dans ce cas vous serez obligés de voyager à deux.

Coté équipement, il n’y a quasiment pas d’options sur le Be Bop et la plupart des équipements sont tous disponibles de série ( là aussi, c’est une volonté de Renault ). Parmi ces quelques options, on peut citer le régulateur de vitesse ( 220 euros ), l’aide au parking arrière ( 250 euros ) et surtout le système GPS Carminat à 900 euros pourtant indispensable si votre sens de l’orientation est aussi mauvais que le mien.

Orange pas pressée

Deux moteurs sont proposés sur le Be Bop. D’une part, le diesel dCi 105 chevaux qui semble constituer le meilleur choix pour propulser le petit ludospace (  240 Nm, 142 grammes de CO2 au kilomètre, 5,4 l/100 km en cycle mixte ), et d’autre part un bloc essence 1,6L 105 chevaux qui parait beaucoup moins intéressant.

C’est le moteur essence qui équipait notre version d’essai et ce pauvre petit quatre cylindres est largement dépassé par un châssis qui pèse pas moins de 1400 kilos sur la balance. Manquant cruellement de couple ( 148 Nm à 3750 tours/ minute ), il devient aussi très bruyant à fond de cinquième au-delà de… 110 km/h.

Pour le reste, le châssis semble bien équilibré et rassurant ( les trains roulants sont issus du Scénic ). Il avalait sans aucun problème les très gros nids de poules présents sur les petits chemins en terre autour des étangs et restait très confortable sur route nationale.

J’ai trouvé la boite de vitesse un peu désagréable à manier mais comme c’est un reproche que je fais à la totalité des autos que j’essaie, je pense que le problème vient de moi. Par contre, la position de l’accélérateur est vraiment trop à droite, à tel point qu’au début j’appuyais vainement sur la commande de frein en attendant une réponse du moteur.

Le Be Bop est extrêmement maniable. Son diamètre de braquage est vraiment très appréciable puisqu’il tourne mieux qu’une Twingo ( 9,65 mètres ). En ville de part ses dimensions, il est d’une simplicité remarquable et même les embouteillages sont moins difficiles à endurer grâce au toit vitré.

Bling Bop

Le Be Bop a un prix, ou plutôt deux prix. 16 990 euros en essence et 17 800 euros en version dCi, ce sont quand même des sommes conséquentes pour une petite auto capable d’embarquer seulement un passager de plus qu’une McLaren F1. Mais c’est clairement un parti pris de Renault qui imaginait cette auto parfaite pour les couples multi motorisés où monsieur et madame possèdent chacun une auto de même valeur.

Be Bop est presque égoïste et ne fait aucune concession aux familles nombreuses «  standard » qui devront laisser le petit dernier dans le coffre. Mais Be Bop n’est vraiment pas pensé pour être un utilitaire qui rend simplement des services et qui emmène tout le monde. En tant que ludospace, il est logiquement tourné vers des activités ludiques tout en se fabriquant une image fun et colorée.

Sorte de petit salon roulant à quatre places, le Be Bop est plus excentrique qu’un Fiat Fiorino Qubo par exemple. Son système de toit escamotable à l’arrière en fait une auto vraiment craquante surtout l’été où rouler toit ouvert doit être réellement agréable, même en centre ville dans les bouchons.

Mais quitte à produire un Kangoo excentrique et même s’il est déjà capable de s’aventurer un peu plus loin que sur les routes « conventionnelles » pouvant même être équipé de pneus tout chemins, je me demande s’il n’aurait pas fallu pousser le concept encore plus loin en faisant de ce Be Bop un espèce de petit cross-over aux capacités ludiques encore plus développées. Justement, Renault veut voir comment se vent ce Kangoo pas comme les autres et pourrait lancer une nouvelle variante d’ici quelques mois si la réussite commerciale est là. J’imagine très bien ce que pourrait être cette seconde variante…

En résumé, le Kangoo Be Bop est une auto excentrique, colorée, très spacieuse, peu habitable à cause de son architecture quatre places, pratique mais tarifée assez chère. Elle n’est pas vraiment amusante à conduire, mais très sympa à vivre. Ressemble-elle encore à un utilitaire? Peut-être un peu lorsqu’elle est de profil, mais sinon c’est clairement devenu autre chose.

Galerie : Essai Kangoo Be Bop en Camargue

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