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par Nicolas Anderbegani

Rétro F1 25 ans déjà : Budapest 1997, Hill et Arrows frôlent l'exploit

Le grand prix de Hongrie 1997 a failli être le théâtre d'un des exploits les plus inattendus de la Formule 1, mais il y avait un tour de trop...

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Un champion mesestimé

Alors que l’issue de la saison 1996 approche, Damon Hill se retrouve dans une situation paradoxale : alors qu’il est sur le point de décrocher le titre mondial, Williams compte s’en séparer ! Après un Mansell éconduit en 1992, un Prost parti en 1993 usé moralement, voici que Williams va perdre un 3ème champion du monde dans la foulée du titre, un comble. La relation entre Williams et le fils de Graham Hill n’a jamais été simple.

Considéré comme un pilote travailleur et bon metteur au point mais sans talent naturel, Hill a débuté dans la cour des grands en 1993 aux côtés de Prost. Propulsé leader malgré lui après la mort de Senna, il a longtemps été sous-estimé, par les médias et même au sein de son équipe. Considéré comme fragile psychologiquement, n’ayant pas « l’âme d’un leader » malgré quelques exploits, il subit la loi de Schumacher en 1994 et 1995, et son patron Frank Williams ne manqua jamais de dire publiquement ses regrets de ne pas avoir recruté l’Allemand !

Malgré ces camouflets à répétition, Hill prend sur lui et 1996 est enfin la bonne année. La Williams domine, Schumacher est parti chez Ferrari qui panse encore ses plaies. La voie est libre pour le titre, mais la partie ne fut pourtant pas si facile, avec un coéquipier débutant nommé Jacques Villeneuve qui, impétueux et rapide, le poussa dans ses derniers retranchements jusqu’au bout. Peu importe que l’anglais gagne, Williams décide de s’en séparer pour 1997 et embauche Frentzen, qui a effectué des débuts remarqués chez Sauber et jouit d’une solide réputation, forgée au temps où il rivalisait avec Schumacher en F3 et en sport-prototypes.

Une Arrows, sinon rien

Au moment où les négociations avec Williams échouent, Hill est piégé, car le mercato ne l’a pas attendu et les bons baquets sont verrouillés chez Ferrari, McLaren ainsi que Benetton, même si Briatore a envisagé un instant de le prendre à la place d’Alesi en rompant le contrat de l’avignonnais, avant de renoncer face au coût de la rupture. Mais d’autres portes se ferment : Stewart va débuter avec l’appui de Ford, mais le géant US veut des pilotes plus jeunes. Jordan est intéressé, mais Peugeot ne veut pas de Hill, trop cher et pas assez « fort ».

Reste l’écurie Arrows qui est loin d’être un top team ! La petite structure anglaise a toujours vivoté en milieu ou fond de grille et vient de terminer la saison 1996 à une piètre 9ème place ! mais Tom Walkinshaw, le roublard patron de TWR, réussit à amadouer le champion anglais. Recrutant à tour de bras et ayant développé les installations, il promet un partenariat moteur privilégié, l’apport des nouveaux pneus Bridgestone et un budget confortable, garanti notamment par le recrutement de Pedro Diniz et ses généreux sponsors, afin de satisfaire les prétentions salariales du pilote anglais. N’ayant pas d’autre alternative, soucieux de mettre sa famille à l’abri financièrement après avoir vécu jeune le traumatisme du décès de son père, qui avait laissé sa famille endettée, Hill signe.

Mais la saison 1997 est loin d’être celle escomptée. L’Arrows est totalement ratée et le moteur V10 Yamaha, malgré les efforts de Judd, est un poumon ! C’est la débandade, avec un zéro pointé à mi-saison. Hill est démoralisé, malgré l’arrivée de John Barnard en renfort technique, et il prend langue avec d’autres équipes pour 1998. De son côté, la presse, qui n’a jamais été tendre avec lui, continue de le malmener. Une première lueur survient à Silverstone où, piqué au vif dans son orgueil, Hill arrache le point de la 6ème place devant une foule en délire qui l’ovationne comme jamais.

La surprise à Budapest

Arrive ensuite le grand prix de Hongrie. La saison 1997 a été marquée par l’arrivée du manufacturier Bridgestone, qui met un terme au monopole de l’américain Goodyear. Bridgestone créé la sensation en fournissant des gommes d’excellente facture, particulièrement décisives sur certains circuits cruciaux en adhérence et moins sensibles à l’usure, permettant parfois de bouleverser la hiérarchie. Sur le tourniquet hongrois, Hill étonne dès les essais libres en se montrant à l’aise. Les Bridgestone sont très efficaces, le faiblard moteur Yamaha est moins handicapant et Hill met à profit ses talents de metteur au point pour mettre le doigt sur le bon setup.  Il signe ainsi la 3ème position sur la grille de départ.

Dès l’entame de la course, Hill prend la seconde place met la pression sur son vieux rival Michael Schumacher, qui est rapidement confronté à une usure prématurée de ses pneus. Image étonnante que de voir la Ferrari traquée par la modeste Arrows. Et au 11e tour, c’est l’estocade : mieux sorti du dernier virage, Hill prend l’aspiration dans la ligne droite, déboite à l’intérieur, Schumacher essaie de le tasser mais l’anglais ne cède pas et prend les commandes ! Imprimant un rythme incroyable, Hill s’envole et compte jusqu’à 30 secondes d’avance sur Villeneuve à 15 tours de l’arrivée. Arrows, cette petite équipe ayant débuté en 1977, n’a, en vingt ans d’existence, jamais gagné, se contentant de quelques podiums, dont le dernier à l’époque remonte à 1989. La délivrance est proche !

Un tour de trop. Si près de l'exploit !

Mais soudain, à trois tours de l’arrivée, Hill roule bien plus lentement. On pense qu’il assure, mais non ! Un problème affecte sa monoplace ! Hill poursuit sa route, donne des coups de volant et zigzague. On croit alors à une panne d’essence imminente mais en réalité son système hydraulique qui commande la boîte de vitesses et l'accélérateur commence à se dérégler ! le Britannique avance péniblement. Villeneuve, prévenu par radio, attaque et le rattrape, n’ayant que trois secondes de retard à l’entame de la dernière boucle.

Dernier tour. L'Anglais roule lentement et se place au milieu de la piste au pied de la montée du 1er secteur. Villeneuve arrive sur lui à pleine vitesse, le contourne par la gauche, met deux roues dans le gazon et s'empare ainsi du commandement. Douche froide pour Arrows, qui voit la victoire lui échapper cruellement ! À un tour près, Damon Hill offrait à l'écurie Arrows sa première victoire en vingt années d'existence. Eprouvé er déçu, Hill retrouve Villeneuve, son ancien équipier, au pied du podium. Ils tombent dans les bras l’un et l’autre.

Cet exploit hongrois sera un feu de paille. L’Arrows retombe dans ses travers, et Hill prendra la direction de Jordan pour 1998, remportant une ultime victoire sous la pluie à Spa, avant de prendra sa retraite à l’issue d’une saison 1999 de trop. Quant à Arrows, elle vivotera encore quelques années, changeant de moteur comme de chemise au gré de la valse des investisseurs, des sponsors, des pilotes plus u moins payants. Le destin des équipes en sursis, avant de disparaître définitivement fin 2002 sans avoir jamais gagné un grand prix.

 

Pour résumer

Damon Hill avait trouvé refuge dans la petite équipe Arrows en 1997, après avoir été éconduit de chez Williams. La saison fut ue galère, mais à Budapest, l'anglais signa une course superbe et frôle une victoire historique pour son équipe. Dommage !

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