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Saga de l’été 2019 : les Vélocars Mochet

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Mochet_Velocar

Charles Mochet et son entreprise les Établissements Charles Mochet à Puteaux (de 1924 à 1958) sont typiques de la mode des microcars nées du Plan Pons après la 2nde Guerre Mondiale.

Tout part des vélos

Charles Mochet nait en 1880 au Maroc. Touche-à-tout, il donne dans l’aviation à ses débuts avant de s’intéresser à l’automobile. Il travaille notamment sur le moteur sans soupape, un moteur sous licence issu d’un modèle pour avion d’Hispano. Mais, son dada c’est le 4 roues à pédales à mouvement alternatif.

On connait tous les vélos à mouvement rotatif. Les jambes entraînent un pédalier rond (ou ovale) et servent de « bielles ». Avec un pédalier alternatif on appuie avec les jambes de haut en bas sur des bras qui transmettent le mouvement linéaire à un axe. Un peu comme sur un stepper pour les accros aux salles de sport.

Charles Mochet va alors se lancer dans ce qu’il nomme les Vélocars. Ce sont des engins à 4 roues, mus par la force des mollets avec le fameux mouvement alternatif. Mais, il les pourvoit d’une carrosserie rudimentaire légère et même d’un toit, souple. Certains modèles sont même des vélo couchés carrossés (on doit ces engins à Ch. Mochet). A peine plus coûteux que deux vélos, les Vélocars Mochet permettent de rouler plus vite qu’un tandem et même « presque » de rouler sous la pluie. Les vélocars ont leur succès (plus de 6 000 furent vendus en 25 ans) alors que les voitures avant-guerre sont toujours très chères.

microcarmuseum.com

Une motorisation qui vient naturellement

Charles Mochet disparaît en 1934 et c’est son fils Georges qui hérite de l’entreprise familiale. Il poursuite la production des Vélocars. Mais, il faut toujours forcer ! Georges Mochet ajoute donc moteur deux temps Ydral de 100 cc. D’autres propriétaires bricoleurs ne l’avaient pas attendu d’ailleurs.

Durant la guerre, les Vélocars seront surtout motorisés avec des moteurs électriques et des batteries au plomb. C’est plutôt lourd, mais il n’y a pas trop le choix.

A la sortie de la guerre, les établissements Mochet sortent surtout des vélocars motorisés. Des carrosseries rudimentaires, on arrive à des formes plus arrondies, plus abouties. La Type H motorisée par un 100 cm3 est remplacée par la Type K « tout acier » et toujours avec un 100 cm3 refroidit par air. Vient enfin la Type CM (en hommage à son père) à laquelle nous allons nous intéresser.

La Type CM est désormais équipée d’un moteur 125 cm3. Cela ne demande pas de permis et le modèle est un 2+1. Le troisième passager peut se mettre perpendiculairement et n’est pas très bien installé. Mais cela dépanne. Des modèles de livraisons sont équipés d’une caisse haute à la place de ce potentiel 3e passager.

Les roues avant (plutôt étroites par rapport à ce dont on a l’habitude désormais) sont surmontées de petits garde-boue rattachés à la carrosserie. Eux-mêmes sont surmontés par deux phares qui permettent de rouler de nuit. A l’arrière, les roues sont rapprochées et protégées par la carrosserie. Cela améliore l’aérodynamisme. Un simple feu arrière doit vous signale pour les autres usagers de la route.

Trois fois moins cher qu’une Citroën 2CV A

Ce premier Velocar Type CM dispose de 3 vitesses (2 sur certains modèles) et permet de filer sans effort à plus de 30 km/h. Et le tout, à moins de 3 litres aux 100 km ! Comparé aux automobiles de l’époque, c’est une révolution et cela attire bon nombre d’acheteurs. On est en 1950 environ et le CM est proposé à 125 000 Francs environ et 10 000 pour le toit. Pour donner une idée, 125 000 Francs (anciens) c’est l’équivalent de 4 000 euros de 2019. Avec le toit, le CM est à 4 350 euros environ.

Cela peut paraître vraiment abordable. Cependant il faut voir qu’un employé homme gagnait en moyenne 3 200 à 3 500 Francs net par an ! Dans le même temps, la première voiture populaire, la Citroën 2CV débutait à 350 000 Francs (pour un modèle A avec son 375 cm3). Pratiquement trois fois plus.

Le Type CM sera développé en Type CM 125. C’est celui des photos ci-après prises au Grand-Prix de Bressuire 2018. Encore plus abouti que son prédécesseur, il est plutôt craquant avec sa bouille ronde. Toujours mû par un 125 cm3 avec 3 vitesses, le Vélocar Type CM 125 a une carrosserie plus imposante ainsi qu’une capote plus pratique. Le dessus a un axe de plus. Cela crée une « bosse » et cela évite de se plier quand on est grand.

Le pare-brise peut être basculé pour faire un véhicule totalement ouvert. Sur ce modèle, vous remarquerez les plaques d’origine, mais aussi l’emplacement du réservoir. Ce dernier est situé dans une partie du cadre milieu, juste derrière la banquette avant ! Certaines motos « custom » utilisent aussi cette technique. A l’arrière, le coffre à bagage peut accueillir 2 ou 3 enfants. Des ceintures ? Mais quelle idée.

Mochet ne survivra pas aux années 50

Le CM 125 s’affiche à 160 000 Francs avec un moteur Zurcher (bien connu des fans de motos anciennes). Une version commerciale est aussi fabriquée dans les ateliers de Puteaux. Elle coûte 20 000 Francs de plus et peut emmener 100 kg de charge utile. Très peu seront produites, elles subissent la concurrence de modèle comme le Piaggio Ape (le triporteur).

Georges Mochet va dériver sa CM 125 en version « Grand Luxe ». Ici, elle récupère une face avant de voiture et sera construite en parallèle de la CM 125. La Grand Luxe est vendue 260 000 Francs en 1953 tandis que la CM 125 « de base » est à 230 000. Elle reste une petite découvrable. Mochet crée alors la CM 175 Y fin 1954 pour une commercialisation en 1955. Le moteur, toujours un Ydral, passe à 175 cm3 et il faut désormais un permis. Les roues s’élargissent et surtout, cela devient une conduite intérieure. Une vraie petite voiture. Un prototype avec un moteur 750 cm3 et 40 ch sera construit.

Mochet CM 125 Y 1954 (Buch-t domaine publique)

Mais, les établissements Mochet fermeront en 1958 sans que cette voiture ne soit produite. Il faut dire que la France vient de réformer ses permis en 1954 et de mettre en place un permis (A1) pour les cylindrées de 50 à 125 cm3. C’est rédhibitoire pour Mochet qui ne peut pas mettre un 49,9 cm3 dans sa « voiture ». C’est la fin des établissements Mochet. Reste donc de la saga Mochet, Charles et Georges, cet attachant CM 125. Environ 3000 unités ont été produites mais beaucoup ont disparu.

Aujourd’hui, une belle Mochet restaurée se négocie à 10 000 euros. Certains modèles vont même au-delà. Un Mochet CM 125 Luxe (ci-dessous) s’est vendu récemment (décembre 2018) pour 25 200 dollars lors d’une vente aux enchères par RM Sotheby’s.

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2 Commentaires sur "Saga de l’été 2019 : les Vélocars Mochet"

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georges
Invité

Merci pour l’article.
La Mochet CM 125 Y 1954 (avant dernière verte) a un air de famille avec la Mini (ou l’inverse).

Bizaro
Invité

Vroum Vroum ! De jolis jouets.

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