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Peugeot 208 RC Cup, révélateur de votre nullité

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Quand les roues se bloquent, rien ne va plus.

Quand on a déjà participé aux 24 Heures de l’Audi Endurance Experience, qu’on teste régulièrement les meilleures voitures de sport de la planète et parfois de vraies voitures de course, rouler en Peugeot 208 pendant 24 Heures ressemble sur le papier à une reposante et distrayante balade dominicale. Laissez-moi bien vous expliquer.

Faut-il avoir confiance dans les journalistes automobiles ? Naturellement : ils passent leur temps à essayer toutes les voitures du marché, torturent régulièrement des sportives sur circuit sans en assumer les coûts d’utilisation et, entre deux tournées de bar à discuter de sujets aussi capitaux que la restauration de leur BMW E30 ou l’entretien de leur fabuleuse BX Phase 1 lorsqu’ils se retrouvent en voyage, mettent systématiquement à profit leur expertise pour vous expliquer quelle voiture choisir en toute impartialité. Qui de mieux qu’un journaliste automobile pourrait vous détailler avec exactitude le comportement dynamique d’une voiture de sport pilotée à la limite, riche de sa longue expérience et de son coup de volant aiguisé par autant de modèles éprouvés sur tous les terrains du monde ?

Il faudra donc plus qu’une participation aux 24 Heures de Magny-Cours dans le cadre des Rencontres Peugeot Sport pour impressionner un journaliste automobile déjà rompu aux courses de 24 Heures (Audi Endurance Experience en A1/A3) et à certaines authentiques machines de course comme la Mercedes-AMG SLS GT3, la Renault RS01 ou la Porsche 911 GT3 Cup. Faire la course dans une 208 de 140 chevaux équipée de pneus de route ? Pourquoi pas, ce sera l’occasion d’aller chercher la pole position et de passer un bon moment avec de sympathiques collègues. Un podium final nous ferait tous plaisir, et renforcerait nos égos de professionnels de la conduite automobile.

Notre superviseur Maud s’affaire autour du scrotum de David.

La très grosse claque

Certes, la pression augmente toujours un peu au moment d’enfiler sous-vêtements ignifugés, casque avec système Hans (et radio connectée au casque), puis de se glisser dans une machine à l’habitacle de vraie voiture de course, dotée par ailleurs d’un embrayage spécifique (et d’une simple boîte manuelle à cinq vitesses). Mais une fois lancé sur la grande piste de Magny-Cours en 208 RC Cup pour les essais libres du vendredi, cette légère pression laisse place à une profonde panique. Lors des premiers tours, des dizaines de concurrents vous doublent comme si vous rouliez au ralenti en bord de piste. Lors du premier gros freinage, le train avant se bloque complètement en diffusant une charmante odeur de gomme brulée dans l’habitacle alors que vous tirez lamentablement tout droit. Car ces étriers de compétition sur-dimensionnés freinent très fort, mais il n’y a aucun système d’assistance ou d’ABS pour les seconder. Et comme les pneus de route rendent les armes bien avant ce puissant système de freinage, la machine impose vraiment de doser la pédale centrale avec minutie. Dans le même temps, les premières inscriptions en virage s’accompagnent de violents mouvements de la poupe, pas vraiment du genre à vous mettre en confiance quand vous débarquez au milieu d’un peloton de spécialistes pour lesquels le comportement déroutant de cette machine n’a visiblement plus aucun secret. Un simple petit lever de pied en courbe peut suffire, si vous y réagissez de la mauvaise façon, à partir en tête-à-queue dans cette traction au caractère bien trempé. Il s’agit en fait de la grande spécificité de la 208 Racing Cup : réglée très mobile, la voiture impose de jouer en permanence avec son train arrière pour commencer à faire vraiment tomber les chronos. Notre voiture, réglée pour des pilotes-touristes puceaux de la discipline, adopte pourtant le set-up le plus calme possible. Nos pneus arrière se contentent ainsi de 2,6 bars de pression contre 4 bars à la plupart des autres autos, qui relèvent par ailleurs la hauteur de caisse à l’arrière pour augmenter au maximum sa mobilité en virage. Mais qui dit plus de mobilité dit aussi moins de stabilité dans le rapide ou au freinage. A cet instant précis, alors que j’ai l’impression de me battre avec une voiture sur-réactive que je ne comprends absolument pas, je me contente sans problème de ces 2,6 bars.

Pendant ce temps, tout va bien dans l’équipe des patrons de PSA.

Après une demi-heure d’errements en piste à la fin de laquelle je commence à peine à augmenter les vitesses de passage en courbe tout en retardant les freinages -les rares fois où je ne regarde pas dans les rétroviseurs pour laisser passer des troupeaux entiers de 208- je rentre au stand pour laisser le volant au coéquipier suivant. Trempé de la tête aux pieds (il fait environ 50 degrés dans la voiture au soleil), je suis douché une seconde fois quand je constate que mes chronos, comme ceux de mes coéquipiers, se situaient à plus de 9 secondes du meilleur temps en piste ! Littéralement sonnés après cette première séance d’essai tristement révélatrice, nous réalisons que notre équipage ne pourra pas viser à la régulière mieux que les 10 dernières places d’une grille comptant 47 voitures. Il est relativement facile de réaliser le meilleur temps absolu en piste au volant d’une Audi A3 pendant les 24 Heures de l’Audi Endurance Experience, où seul compte la gestion des freins, des pneus et de l’ESP très intrusif (qui flingue les plaquettes de frein dès que vous essayez de rouler trop fort). Mais en 208 Racing Cup, aucune entrave mécanique, aucune bride électronique ne rentre dans l’équation. Ici, il faut simplement rouler le plus fort possible, tout le temps. Notre team manager nous recommande bien de ne pas trop sauter les vibreurs pour préserver un minimum la suspension. Mais à voir les autres voitures décoller souvent de trois roues au-dessus de la piste en les court-circuitant sans arrière-pensée, il y a visiblement de la marge avant de tout casser.

Ils sautent quasiment tous comme ça.

Profil bas

Vous souvenez-vous de votre vie décousue d’étudiant, quand vous sortiez d’un examen avec la certitude de pouvoir viser une bonne note qui se révélera finalement catastrophique ? Le sentiment éprouvé après votre premier relai au volant d’une 208 RC Cup plombe à peu près autant le moral. Faut-il, après une telle humiliation, envisager un abandon du métier de journaliste automobile ? Viser une reconversion d’influencer sur Instagram ? Tenter de faire fortune dans le Bitcoin ? Après une qualification guère plus réjouissante terminée à la 42ème position pour notre équipage numéro 308, nous nous efforçons de trouver quelques éléments de motivation pour la course du lendemain. Nous chercherons donc simplement à battre la seconde voiture de mauvais débutants (numéro 208). Et si possible, à terminer pas trop loin de l’auto pilotée par les patrons Carlos Tavares et Jean-Philippe Imparato (numéro 215).

Il manque peut-être quelques fils à notre équipe.

Patrick Garcia, le rédacteur en chef du magazine EVO -dont le nom dit sans doute quelque chose aux vieux briscards du BlogAuto– prendra le départ en sa qualité de pilote le plus rapide de notre équipage. Et s’il parviendra brillamment à se blottir juste dans l’échappement de la « Tavares », notre second objectif se voyait contrarié par la présence d’un des meilleurs pilotes officiels du plateau (Aurélien Comte) dans la numéro 208, chargé du premier relai en épaulant ses équipiers (le DJ Producteur Kavinsky, le photographe Mathieu César, deux illustres Vloggeurs automobiles et un rédacteur du site lesvoitures.com). Il signera le record chrono absolu de la course un peu plus tard, et reviendra à son stand avec un tour d’avance sur la nôtre après son heure de roulage. Enfouis dans les profondeurs du classement vers la 38ème place, nous savons bien qu’il ne faudra pas commettre la moindre erreur si nous voulons conserver une chance de remonter au classement de cette course si relevée.

Pour garder cette objectif en vue, nous devions aussi gagner en rythme sans jamais planter la voiture, ni prendre de pénalités. Alors, j’essayais de progresser de toutes mes forces. La grande courbe numéro 1, par exemple, devait impérativement se prendre à fond pour ne pas perdre trop de temps. Mais lors de l’inscription à près de 150 km/h en cinquième, la moindre erreur de pilotage s’y traduit par de violentes sorties dans le bac à gravier. Tour après tour, vous vous obligez à ne jamais relâcher les gaz et à limiter au maximum vos impulsions au volant dans ce gauche très rapide. A chaque passage, le souffle se coupe et une petite contraction rectale se fait même sentir lorsqu’un concurrent perd le contrôle de sa 208 juste devant vous sur cette portion si délicate : un lever de pied au plus mauvais instant peut déboucher sur un sur-accident catastrophique, comme nous le verrons plus tard dans la course. Mais les tours passants, l’équilibre très particulier de la 208 RC devient de plus en plus familier. Les chronos de chacun basculent enfin sous la minute 21, et nous parvenons à éviter le moindre fait de course en tournant comme des horloges. Peu avant la tombée de la nuit depuis la voiture, j’observe avec satisfaction la numéro 208 plantée dans le bac à gravier. Malgré les relais supersoniques de leur pilote Peugeot Sport en renfort et des relais honorables du reste de l’équipe, leurs quelques erreurs de pilotage les feront rétrograder à 4 tours derrière nous pendant la nuit. J’aurai même le plaisir de lui prendre un tour supplémentaire juste avant l’arrivée du petit matin.

Nous adorons voir nos adversaires dans cette position.

Ce moment du petit matin restera d’ailleurs le plus beau souvenir de course de toute ma vie. Après une nuit marquée par de nombreuses sorties de pistes et autres accidents, au-dessus d’un tarmac désormais jonché de graviers derrière quasiment tous les virages, la lumière s’éclaircit à peine alors que vous sortez enfin de cette période si piégeuse. A fond au volant de votre modeste voiture de course, vous repensez à ces scènes des 24 Heures du Mans qui vous ont fait tant rêver lorsque vous étiez petit. Chaque fois que vous doublez une autre voiture, vous vous prenez pour Tom Kristensen ou Yannick Dalmas. La grosse moitié de pilotes plus rapides que vous, qui reviennent tôt ou tard dans vos rétroviseurs, vous ramènent fatalement à la réalité de votre niveau de débutant. Mais l’aube d’une course de 24 Heures se grave à jamais dans votre esprit de pilote néophyte. Il aurait fallu dormir après ce relai de fin de nuit, mais l’excitation nous aura tous empêché de fermer l’oeil plus de 1h30 (dans des postures gênantes à l’arrière du garage). Compte tenu du niveau d’adrénaline dans l’organisme dès que vous prenez le volant de la 208 RC Cup, n’imaginez pas somnoler comme sur une autoroute limitée à 90 km/h.

Le terrible coup de théâtre

Il ne reste qu’un peu moins de quatre heures de course lorsque nous réalisons que nous figurons désormais en 26ème position du classement. Aucune pénalité, aucune sortie de piste, aucun aléa ne sera venu perturber notre remontée. Nous aurons bien perdu un tour à la faveur d’un pit limiter bloqué, et subi l’assaut d’un concurrent trop optimiste qui sera dûment pénalisé pour nous avoir joliment enfoncé la portière en tirant tout droit sur un freinage. Mais grâce à notre surprenante habilité à rester sur la piste sans encombres, nous nous situons juste derrière la voiture de Tavares. Plus d’un tour derrière elle, tout de même.

Et là, c’est le drame.

Fiers de notre remontée de beaux loosers, nous commençons à célébrer le résultat inespéré qui se dessine quand tout à coup, notre numéro 308 disparaît de l’écran du positionnement sur le circuit. « La voiture a tapé, elle est morte », entend-on au talkie-walkie. Mais alors que nous nous préparions à arracher la tête de notre coéquipier Jean-Christophe au retour (pourtant auteur d’une course solide jusque là), la véritable explication tombe lorsque la voiture rentre derrière notre stand sur un camion : Jean-Christophe se préparait à négocier le grand virage du 180 degrés quand soudain, une biellette de direction a lâché ouvrant littéralement le train avant. Nous aurons passé 21 heures à éviter soigneusement d’escalader les vibreurs, laissant la plupart des autres autos risquer un bris de suspension en avalant goulûment le moindre bord de piste. Mais pour une raison inconnue, le sort aura choisi de foudroyer notre innocente 208. Vous n’imaginez pas le déchirement que cet arrêt brutal peut infliger à une équipe galvanisée par la bonne ambiance et sa remontée tout au long de la course. Grâce à la rapidité de notre équipe GM Sport, la 208 numéro 308 repartira en piste après un peu plus de 40 minutes de temps perdu. Mais avec 15 tours perdus dans l’opération, nous naviguons désormais esseulés en 38ème position, plusieurs tours derrière et plusieurs tours devant les autres concurrents. La rage au corps et puisqu’il n’y a plus vraiment d’enjeu, j’en profite pour tester de nouvelles choses afin de réduire davantage mes chronos. Tiens, et si j’essayais de passer le pif-paf avant le château d’eau presque à fond ? Mauvaise idée, me voilà en tête à queue juste avant le bac à gravier. Et une fois reparti juste devant la numéro 208, je n’aurai même pas réussi à la garder derrière moi avant l’abaissement du drapeau à damier, alors qu’elle naviguait déjà avec 7 tours d’avance. Dommage pour l’orgueil.

Le jour d’après

Depuis ce week-end de la fin juillet, je me remémore souvent les moments forts de la compétition. Je me rappelle des désillusions chronométriques, du choc de la confrontation avec cette meute de talentueux spécialistes, mais surtout de l’extraordinaire ambiance qui régnait au sein de notre équipage. David Bouillaux (Auto Plus) aura finalement réussi à voler le meilleur tour de notre auto à Patrick Garcia, avec un temps en 2:18:1 contre 2:18:6 pour Patrick, alors que je reste désespérément bloqué au-dessus des 2’18 » en 2:19:04. Mais chaque jour qui passe depuis, nous nous demandons comment faire pour approcher des meilleurs temps. Aurélien Comte, le pilote Peugeot Sport officiel et l’homme le plus rapide en course, aura signé un temps hallucinant de 2:13:5 (plus rapide d’une seconde pleine que le second !). Il existe forcément une part incompressible que seul le talent pur permet de faire sauter, un talent qui fait malheureusement défaut à la plupart des journalistes automobiles comme moi. Mais nous brulons tous d’envie de reprendre la 208 en explorant cette fois les possibilités de réglage et les données télémétriques.

Il faut vraiment se retrouver dans l’une de ces meutes pour comprendre à quel point le Relais 208 vous fait passer par toutes les émotions. Un évènement comme l’Audi Endurance Experience reste nettement plus facile à aborder pour les néophytes, tout en apportant déjà un joli lot de sensations et de souvenirs marquants. Mais au moment où vous sortez de la voie des stands au volant de votre modeste 208 RC Cup de 140 ch, tout devient immédiatement plus inoubliable. A 2000 euros par pilote pour une course de 6 heures ou un peu moins de 5000 euros pour un course de 24 Heures, vous ne trouverez pas non plus de formule aussi attractive dans le paysage de la compétition automobile. Attention car il s’agit bien d’un engagement pour pilote averti : même si les coûts d’engagement restent très attractifs, le week-end peut vite virer au cauchemar si vous tombez dans un accident en piste (il y en aura eu de gros pendant notre course). Une auto pliée, comme celle partie juste devant moi la nuit à cause d’une auto en perdition sur la piste, imposera une rallonge imprévue de 20 000 euros environ à son équipage. De vraies responsabilités de sport automobile, quoi.

Ils n’y sont pour pas grand chose, mais leur 208 est détruite.

Depuis ce week-end, à chaque fois que je croise une banale 208 dans la circulation, même en version société à jantes tôlées, je me rejoue ce mémorable morceau de pilotage au lever de soleil sur le circuit de Magny-Cours dans ma tête.

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25 Commentaires sur "Peugeot 208 RC Cup, révélateur de votre nullité"

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ema
Invité

merci pour ce bel article !

un vrai plaisir à lire, merci d’avoir si bien partagé cette expérience .

Vincent
Invité

Superbe article, merci!

DiZeL
Invité

Merci d’avoir rappelé que quand on pose des roues sur une piste (même pour une simple journée circuit) faut être prêt à assumer la destruction de sa caisse !

ema
Invité

Et sinon, la participation de Carlos Tavares à ce type d’événement me parait plutôt chouette : il continue à pratiquer sa passion, en se mettant au niveau des quidams, au contact des autres passionnés moins fortunés.

furyo
Invité

Franchement, il n’a aucun contact avec le reste de la troupe qui ne cherche d’ailleurs pas à en avoir. C’est un chauffeur lambda parmi la troupe.
Cela n’a rien de chouette…Il roule juste car il aime cela et le reste basta…

furyo
Invité

Pourquoi un -1, ce n’est que la réalité et cela n’a rien de désobligeant, Bien au contraire, Tavarès vient juste comme un conducteur Lambda, se fait plaisir, comme il sait se mêler de manière quasi anonyme à la foule à Lohéac

MINI_Stig
Invité

Bel article ! J’adore le titre et le « dur retour à la réalité » 😀
On s’y croirait !!

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