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La White Triplex

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Après la Bloody Mary Special de John Bolster et le Showboat de Tommy Ivo, voici une nouvelle voiture délirante. La White Triplex était une voiture de record équipée de trois moteurs d’avion!

Les années 20-30 sont l’âge d’or des records de vitesse pure.

David Abott Jenkins n’a pas encore popularisé le lac salé de Bonneville. Alors c’est sur la plage de Daytona que les bolides vrombissent.

Mais le sable de Floride ne pardonne pas.

En 1926, l’Anglais John Godfrey Parry Thomas achète la Higham Special. Il s’agissait de l’un des nombreux monstres du comte Zborowski. Thomas la fait modifier le renomme « Bab’s Special » (ci-dessous.)
Pour qu’un record soit homologué, il faut faire un aller-retour. A l’aller, Thomas est l’homme le plus rapide du monde. Mais au retour, un roulement casse, l’énorme chaine de transmission (Zborowski ne croyait pas à la transmission par arbre) devient folle et elle emporte la tête de l’infortuné pilote.

En 1927, Frank Lockhart, le nouveau ténor des speedway, arrive à Daytona avec la Stutz Black Hawk (ci-dessus.) Il s’agit en fait d’une Miller équipée de deux moteurs et qui n’est que sponsorisée par Stutz (alors en mal de publicité.) Lors de la tentative, Lockhart perd le contrôle de son engin, qui part en tonneau et le tue sur le coup.

Deux Anglais dominent les records de vitesse: sir Malcolm Campbell et sir Henry O’Neal de Hane Segrave and Gar Wood (pour des raisons évidentes, on l’appelle « sir Henry Segrave ».) Cela énerve Jim White, un industriel Américain, qui souhaite que l’homme le plus rapide du monde soit l’un de ses compatriotes.

A l’époque, il y a de nombreux moteurs d’avions de la première guerre mondiale en surplus. La Bab’s, ainsi que les Sunbeam de Campbell et Segrave possédaient des moteurs d’avions. White s’oriente donc vers des mécaniques Liberty.
Pour info, les moteurs Liberty étaient produits par Henry Leland (fondateur de Cadillac) dans l’usine d’où sortiraient les premières Lincoln.

White décide néanmoins d’installer non pas un (comme les trois autres), mais trois moteurs dans sa voiture de record: un à l’avant et deux à l’arrière. D’où son nom de « White Triplex ». Les chiffres sont impressionnants: 36 cylindres, 81l de cylindrée totale et 1 500ch théoriques.

Pour la piloter, White embauche Ray Keech, un pilote d’Indycar chevronné.

Le législateur impose une marche arrière aux engins de record (où au moins un moyen de la faire reculer.) White fait d’abord installé un moteur électrique, mais il est incapable de tirer l’ensemble. Finalement, ils font monter un deuxième train arrière, avec sa propre boite de vitesse. Les officiels jugèrent que c’était suffisant, même s’il ne fut pas démontré qu’il fonctionnait.

Le 22 avril 1928, Keech dépasse les 332km/h. White a gagné.

Hélas pour lui, le 11 mars 1929, sir Henry Segrave atteint 370km/h avec sa Golden Arrow.

White veut retourner à Daytona avec la Triplex Special.

Keech refuse d’en reprendre le volant. Il connait le prix du danger. Lockhart était un ami et il était avec lui le jour de sa tentative avec la Black Hawk (ci-dessous, de gauche à droite, Campbell, Lockhart et Keech.)
Lockhart avait déjà préparé une Miller en vue des 500 miles d’Indianapolis 1928 et Keech allait triompher avec lors de l’édition 1929, en mai.

White se tourne vers Lee Bible, un mécano méconnu de Floride, qui a tout juste couru sur les pistes cendrées. Bible était sans doute le seul homme assez fou pour piloter la White Triplex. Néanmoins, d’emblée, les observateurs doutent de sa capacité à maitriser un tel engin.

Le 13 mars 1929, deux jours après le record de Segrave (encore présent sur place) Bible s’élance. A l’aller, il réalise une modeste pointe à 297km/h. Au retour, il atteint 323km/h, mais peu après le passage du chronomètre, il a sans doute relâché trop vite les gaz. La White Triplex devient folle. Un caméraman qui filmait la tentative panique, tente de s’enfuir et est renversé par la voiture. Bible et lui meurent sur le coup.

Keech et Segrave eurent un destin funeste. Fin mai, Keech s’impose donc à Indianapolis avec l’ex-future voiture de Lockhart. Deux semaines plus tard, il dispute une épreuve sur piste en terre à Altoona, où il se tue.

Segrave pensait pouvoir atteindre 380km/h avec la Golden Arrow. Mais en voyant l’accident fatal de Bible, il décide d’abandonner les records sur terre et de se lancer ceux sur mer.
Le 13 juin 1930, Segrave s’élance sur le lac Windermere, en Angleterre, à bord de son Miss England II. Il est accompagné de Michael Willcocks, son ingénieur et W. Hallwell de Rolls-Royce. Le temps est calculé d’après la moyenne obtenue sur un aller-retour d’un mile. Segrave n’est pas satisfait par ses deux runs (il a battu le record, mais il ne le sait pas) et s’élance pour une troisième longueur. A mi-chemin, Miss England II fait une embardée (faute de pilotage? Obstacle flottant?) Hallwell s’est noyé. Willcocks pourra être ranimé. Segrave se réveillera, le temps d’apprendre qu’il a battu le record de la bouche de son épouse, avant de mourir d’une hémorragie pulmonaire.

Source:
The Selvedge Yard

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