Si la pelouse du Concours d’Elégance rassemblait des voitures exceptionnelles appartenant à des collections privées, le hall voisin du tout nouveau et somptueux complexe immobilier de Tokyo Midtown abritait un groupe proposé par les constructeurs partenaires de l’événement et qui, hétéroclite au premier abord, était très révélateur des fantasmes automobiles locaux.
Auteur/autrice : Pierre-Laurent Ribault
La star absolue du salon de Tokyo 2007, la Nissan GT-R, ne s’est pas arrêtée dans son strip-tease à tomber le masque. Pour bien montrer ce qu’elle a dans le ventre, Nissan l’a littéralement ouvert, ce ventre, grâce à un grand classique toujours apprécié des salons autos: une coupe longitudinale de la voiture devant laquelle on passerait des heures si les violents spots éclairant les entrailles de la nouvelle Miss Nordschleife ne cuisaient le visiteur subjugé comme ils cuisent les engrenages compliqués de la boîte de vitesses à double embrayage.
Parmi les constructeurs japonais, le plus petit est aussi le plus fascinant, même si le style pour le moins extravagant de ses créations ne s’exporte pas aussi bien que les mangas et les consoles de jeu qui ont su se faire une place dans la pop-culture mondiale. Et c’est dommage, car si on accepte les excentricités à prétention aéronautico-guerrière de certain constructeur italien à emblème ruminant, pourquoi ne pas embrasser avec autant d’enthousiasme la fantasmagorie proposée par l’Orochi, premier supercar à puiser son inspiration dans les contes et légendes du Soleil Levant ? Deux poids, deux mesures !
Le concept Mazda Taiki, sans conteste la ligne la plus épurée de ce salon de Tokyo et dont les références sont profondément japonaises, est l’écrin du nouveau moteur rotatif Renesis développé par Mazda, quarante ans après la Cosmo de 1967. Ce moteur, le 16X est le premier rotatif à utiliser l’injection directe, et Mazda espère à l’aide de cette technologie réduire la consommation, le talon d’Achille de ce type de moteur dans lequel le constructeur d’Hiroshima continue de croire vaille que vaille.
Etonnante petite voiture que ce concept Round Box. Au delà d’un design très distinctif qui n’a aucune chance de descendre dans la rue avant longtemps, l’idée, quatre places dans un petit monospace sans toit, est nouvelle et pas forcément aberrante. Les premières images officielles étaient déroutantes, l’objet vu de près permet d’un peu mieux saisir ce que les designers de Nissan ont voulu faire: une auto qui vise la convivialité et les joies du grand air pour tous les occupants.
Ambiance électrique, à mi-chemin entre le concert de rock et l’élection du pape: la nouvelle GT-R, dévoilée par Carlos Ghosn, qui avait payé de sa personne deux jours avant lors du journal du soir de Fuji TV, arrivant sur le plateau de la Christine Ockrent locale au volant de la nouvelle tueuse de… tout, ou à peu près. L’introduction à la conférence de presse est constituée par un tour du Nürburgring sur écran géant, le chrono s’arrêtant sur 7 mn 38. La nouvelle GT-R sanctifiée par l’enfer vert, terrain de jeu habituel des allemandes qui ont servi de référence tout au long du développement, le ton est donné.
Serpent de mer maintes fois annoncé par la presse au cours de la longue carrière de la S2000, la Type R n’a jamais pointé son museau en public autrement que sous forme d’impression d’artiste dans les magazines japonais. Il ne reste plus grand espoir, maintenant que le superbe roadster Honda attaque ce qui sera vraisemblablement sa dernière année modèle. D’autant qu’Honda a décidé de faire dans la demi-mesure, avec une Type S qui accompagne les quelques changements mineurs de la S2000 2008 au Japon. Les observateurs attentifs auront reconnu la S2000 CR présentée au printemps au Salon de New-York, avec ses appendices aérodynamiques qui privilégient l’efficacité au détriment de l’esthétique toujours aussi réussie, toutes ces années après.
Mini, dont l’image moderne est fondée sur le style, aime expérimenter avec stylistes et artistes, suivant l’exemple de la maison mère BMW qui a depuis 30 ans instauré une tradition de commander des oeuvres d’art basées sur ses voitures aux artistes contemporains. A l’occasion de la FIAC, c’est Robert Combas qui a pris pour toile un Clubman (Mini France a choisi le genre masculin pour son nouveau modèle: une Mini, mais un Clubman).
