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Sergio Marchionne : la vie à 100 à l’heure d’un faiseur d’argent

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Sergio Marchionne
Sergio Marchionne

Après plusieurs jours d’incertitude et de non-dit, l’annonce de la mort de Sergio Marchionne vient de tomber à quelques heures de la présentation des résultats trimestriels de FCA. Les derniers de l’ère Marchionne s’annoncent comme des records.

« Malheureusement, ce que nous redoutions est arrivé. Sergio Marchionne, l’homme et l’ami, s’en est allé » – John Elkann, Président de FCA

Une enfance dans les Abruzzes puis le Canada

Sergio Marchionne est né à Chieti en Italie le 17 juin 1952 d’un père et d’une mère italiens (sa mère est née en Istrie, région croate désormais, mais italienne à l’époque NDLA). Chassés de l’Istrie par la seconde Guerre Mondiale, les parents de Sergio Marchionne trouvent refuge dans la région natale du père, dans les Abruzzes.

En 1965, la famille émigre vers le Canada (à Ontario) et y retrouve des proches. C’est de là que Sergio Marchionne tient sa double nationalité, Italien et Canadien. Elève à la très sélect école privée St Michael de Toronto, Sergio Marchionne poursuit ses études à l’Université de Toronto, puis celle de Windsor où il décroche un diplôme en commerce puis un MBA (Master of Business Administration). On est en 1985, il a alors 33 ans.

Première partie de carrière au pas de charge

Deux ans avant son MBA, Marchionne rentre chez Deloitte, dans les domaines de l’économie, des taxes et de la comptabilité. Il quitte Deloitte pour rejoindre le groupe Lawson Mardon. Puis, quelques années plus tard, il devient vice-président exécutif de Glenex Industries et directeur financier de Acklands Limited. On est alors en 1992.

Le groupe Lawson est acquis par Alusuisse Lonza Group Limited (Algroup) et Sergio Marchionne déménage alors en Suisse. Il en devient le PDG en 1997, à 45 ans. Puis, il prend la direction du Lonza Group Ldt. Fusionnée avec Alusuisse en 1974, la société redevient indépendante sous sa direction. On est alors au début des années 2000. Déjà repéré par les grands groupes mondiaux, Sergio Marchionne devient PDG de la société suisse de certification SGS SA dont il était toujours à date, le Président.

L’opportunité FIAT, la belle endormie

C’est à ce moment-là que le clan Agnelli pense à lui pour la FIAT en capilotade. Le clan Agnelli est frappé par la mort des deux frères Gianni et Umberto qui avaient débuté la restructuration de l’empire. Luca di Montezemolo, Président de Ferrari prend alors la présidence de FIAT et va chercher Sergio Marchionne qu’il place en tant que Directeur Général. Cela ne manquera pas de sel plusieurs années plus tard quand ce même Marchionne poussera di Montezemolo vers la sortie.

Premier « tour de magie », Marchionne taille dans les coûts de production sans – trop – toucher aux effectifs. Il réussit même à faire accepter des conditions de travail en retrait. En un an, c’est le retour aux bénéfices pour un groupe qui annonçait plus de un milliard d’euros de perte auparavant. Le groupe était tellement endetté que la vente de FIAT auto à General Motors était entamée. Marchionne fait annuler le rachat. Fiat récupère entièrement le capital de Fiat auto et même 2 milliards de dollars (1,5 milliard d’euros à l’époque) de cash de la part de GM ! Tout est réinvesti dans la rénovation des gammes.

Les usines tournent de nouveau à plein régime, on se prend à rêver d’un renouveau de la FIAT qui traînerait derrière des dizaines d’autres société générant des milliers d’emplois. En fin stratège, Marchionne lance le rachat des parts de Ferrari vendues des années plus tôt pour générer de la trésorerie. Il sait que c’est l’une des pépites de FIAT et il a déjà dans l’idée de la faire sortir du capital pour la rendre indépendante et l’introduire en bourse.

L’omniprésent homme au pull marine

Le redressement est spectaculaire et Marchionne est dans tous les médias. Parfaitement trilingue (italien, français et anglais), il accapare les caméras, laissant John Elkann, « l’héritier », grandir et apprendre dans son ombre tel un padawan. C’est alors que le sort va encore faire une fleur à l’homme au sempiternel pull marine. En 2008, la crise économique mondiale fait vaciller les big three (Ford, GM et Chrysler). En 2009, Fiat prend 20% d’un Chrysler qui s’est mis sous la protection du « Chapter 11 » de la loi américaine sur les faillites d’entreprise.

Chrysler est pourtant encore lié à Daimler malgré la vente de 80,1% de Chrysler à Cerberus, fond d’investissement américain. Le groupe allemand a pris une participation pour des dizaines de milliards de dollars en 1998, et a investi autant dans les outils de production. Marchionne fait un nouveau tour de magie et Daimler se retire, cédant ses parts « pour rien ». Fiat a donc 20% de Chrysler et commence à investir dans un groupe que tout le monde enterre déjà.

En 5 ans, Marchionne fera grimper la participation de Fiat dans Chrysler de 20 à 100%. 1er août 2014, FIAT Chrysler Automobiles, alias FCA est créé. La fusion des deux groupes est entérinée. Marchionne sait faire de l’argent et le fait bien. Il met en bourse CNH Industrials, la division camions et tracteurs de la FIAT. Puis, c’est Ferrari qui y passe. Pour y arriver, il entame un bras de fer avec di Montezemolo qui se place en héritier de l’esprit du Commendatore, Enzo Ferrari. Di Montezemolo le paiera en étant poussé à la démission. Ferrari entre en bourse en 2015 et c’est le jackpot.

Préparer l’après Marchionne

Ensuite, Marchionne, 63 ans à l’époque, sait qu’il doit préparer sa succession. Il sait que son protégé, John Elkann est prêt. D’ailleurs, il prend de plus en plus de place devant les caméras, aux côtés de Marchionne. Surtout, il sait qu’il doit prévoir l’étape d’après. Le coup d’après, c’est la vente ou un nouveau mariage. FCA et l’empire valent plus de 60 milliards, 10 fois plus que lors de son arrivée. Un faiseur d’argent !

On parle d’un mariage avec le Coréen Hyundai. Mais, cela ne concernerait que la branche auto, et pas les bijoux de famille désormais séparés de FCA. Sergio Marchionne n’a pas que des admirateurs. Certes il a fait des tours de passe-passe énormes, sans lesquels la FIAT s’écrirait sans doute au passé. Mais pour cela, il a dû courir, s’épuiser, épuiser les collaborateurs qu’il évalue en permanence. Les favoris du jour ne sont pas ceux de demain. Gros stressé, il fume beaucoup aussi, trop.

Dans les réussites, on notera la santé insolente de Jeep. Le retour d’Alfa Romeo. Mais, Marchionne a aussi fait grincer des dents. Lancia est morte ou presque, Fiat ne vit que par la 500 et ses dérivés (et la Panda), la Punto n’est plus que l’ombre de ce qu’elle a été. Chez Maserati, on se sent trahi. Et, surtout, après les années d’euphorie dans les usines italiennes, le retour à la réalité fut dur. Les salariés ont accepté des assouplissements de condition de travail au début. Mais, depuis, les périodes chômées se sont succédées et surtout, Marchionne a fait fermer l’usine sicilienne de Termini Imerese (reprise depuis en partie par DR Motor qui assemble des Chery à la sauce italienne).

De FIAT à FCA, la consolidation d’un empire

En 14 ans à la barre de la FIAT, Sergio Marchionne a révolutionné cette vieille dame vénérable. FCA est un groupe mondial, sans dette depuis cette année. Un exploit quand on se rappelle qu’il y avait 7,7 milliards d’euros fin 2014 ! Les technologies ne sont pas forcément de première fraîcheur, mais l’alliance ou le mariage avec un groupe mondial devrait permettre de surmonter tout cela. L’oeuvre de Sergio Marchionne dans l’automobile est énorme.

En juin dernier, il fait une dernière apparition publique pour remettre les clés d’une Jeep Wrangler aux couleurs des Carabiniers italiens. Tout un symbole pour ce fils de Carabinier. Il entre ensuite à l’hôpital, officiellement pour une opération bénigne à l’épaule. Il souffre en fait d’un cancer du poumon qui s’est propagé à l’épaule. Victime d’une embolie durant l’opération il sombre dans le coma et son état de santé se dégrade rapidement. Il est décédé ce mercredi 25 juillet 2018, jour de présentation des résultats records de son oeuvre automobile.

Illustration : FCA

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49 Commentaires sur "Sergio Marchionne : la vie à 100 à l’heure d’un faiseur d’argent"

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robert
Invité

Comme évoqué depuis plusieurs jours sur ce site et par les habitués, marchionne ne faisait l’unanimité. Mais ce jour, je me borne au silence.

AlphaSyrius
Invité

Pas mieux.

ART
Invité

C’est toujours triste la mort d’un homme, surtout après avoir travaillé comme un bourrin pour ne rien en profiter…

Certes, il y a certainement des sujets qui prêtent à discuter dans ce qu’il à réaliser. On repense aussi ici au même abruti qui nous sortait continuellement en commentaire du « grandeeee Sergiooo » à n’en plus finir.

wizz
Membre
« grandissimoooooo sergioooooo » merci pour le terme « abruti » !!! tu vois art, la différence entre toi et moi, c’est le respect, le langage et autres toi, tu te mets souvent à dire des contradictions, choses dont je ne manque pas d’y faire la remarque. Et en retour, tout ce que tu peux faire, c’est adopter un comportement agressif. Tes contradictions montrent ta méconnaissance du monde de l’automobile. Un lecteur occasionnel ne l’aurait pas remarqué. Mais pour des participants réguliers, on finit par se souvenir de la nature de des gens ici. Christophe, on sait son crédo. Ou encore SGL, ou Labradaauto,… Lire la suite >>
greg
Invité

Bah, je veux pas dire mais Bruce il brille pas par ses lumières et il était franchement très très lourd. On aurait dit un gamin de 5 ans.

Bruce
Invité

Tu sais ce qu’il te dis bruce
C’est pas le moment …

greg
Invité

Il me dit qu´il va s´améliorer et grandir un peu? 🙂

Leperelavertu
Invité

Bruce va nous dire qu´il s´excuse d´avoir gavé tous le monde avec ses réactions puériles de petit fanboy?
Sa dernière action au sein de FCA aura été de mentir sur son opération.

ART
Invité
C’est bien wizz, tu es toujours très assidu aux articles et posts du LBA 🙂 Tu dois tenir un vrai inventaire des interventions de chacun, intéressant ! Maintenant, le classe G est il un SUV ? Depuis combien de temps le classe G existe ? Peut-on parler d’engouement pour le G65 en particulier pour un véhicule de niche ? N’en est-ce pas moins savoureux comme démarche de coller un V12 bi-turbo dans un truc aussi archaïque ? C’est parfois intéressant de réfléchir à deux fois (ou tourner sa langue 7 fois dans sa bouche) plutôt que de répondre comme un… Lire la suite >>
SGL
Invité

RIP Sergio Marchionne.
La politique du groupe va-t-elle changé ?
… Certainement trop tôt pour y répondre correctement.

miké
Invité

Décidément beaucoup de petits anges qui partent trop tôt cette année.

Lapo
Invité
Purée mais qu’est-ce qu’il faut pas lire… Au delà du respect du au défunt et à sa famille devant cette disparition, il faudrait voir à ne pas écrire n’importe quoi non plus. Marchionne n’était pas non plus l’Abbé Pierre ou Mère Teresa, c’était un business man, dans son expression la plus agressive du terme, avec tout ce que ça veut dire (recherche du profit, licenciements, aggravation des conditions de travail, etc). Alors le terme « petit ange », je suis désolé mais si c’est pour écrire des idioties comme ça autant ne rien faire (je reste à espérer que ce soit du… Lire la suite >>
miké
Invité

C’est effectivement du second degrés.

beniot9888
Invité

Ce n’est pas mieux si c’est sarcastique, tu sais.

miké
Invité

Comme dit plus haut, c’etait ni mere theresa, ni l’abbé pierre, ni un héros de la nation, encore moins un copain. Donc bon..

Thomas Gilbert
Invité

C’est peut être une idiotie à ton sens mais tu peux éviter d’en rajouter.

zafira500
Invité

Personnage très contesté, je ne l’ai jamais porté dans mon cœur. Mais j’aurais largement préféré qu’il se fasse virer ou pousser à la retraite anticipée que ÇA.
RIP Sergio.

ART
Invité

Très très bon article. Merci Thibaut

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