par Thibaut Emme

Les carburants sont-ils vraiment plus chers ?

Alors que la journée de mobilisation du 17 novembre 2018 approche à grands pas, penchons-nous sur le déclencheur de cette grogne. Les récentes hausses de carburants ont été "la goutte d'eau qui fait déborder le vase". Mais, sont-ils aussi chers qu'on le pense ?

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Quid de l'inflation ?

Pour comparer le prix des carburants, plusieurs méthodes s'offrent à nous. La plus évidente est encore de convertir les prix qui étaient en Francs pour tout mettre en euros. Oui, mais. Cette méthode n'est valable que si on convertit en "euros constants". C'est à dire, si on corrige les prix de l'inflation. Et chaque année, il y en a de l'inflation dans nos pays développés.

Avec l'inflation, 1 Franc de 1973 équivaut, à quelques dixièmes de centimes près, à 1 euro de 2018 ! Une parité qui change tout. En 1970 (avant le 1er choc pétrolier NDLA) le litre d'essence ordinaire était de 1,1 Franc. C'est à dire 1,26 euro de 2018. Mais, en 1973, le litre passe alors à 1,7 Franc environ. Soit 1,65 euro de 2018. D'ailleurs, grâce aux données officielles des prix de 1985 à nos jours, on peut suivre l'évolution du prix au litre, corrigé de l'inflation ou non.

En fonction des conflits, des chocs pétroliers, des crises économiques (cf. le plongeon de 2009), les moyennes annuelles fluctuent beaucoup. Cependant, par rapport aux années 1992, 1993 et 1994 les prix flambent en effet. Comptez +35 centimes environ soit +33% ! On constate également le rapprochement des prix des deux carburants.

Et par rapport au salaire minimum ?

Cependant, il y a d'autres méthodes de comparaison. En effet, on peut calculer le rapport avec le salaire minimum, mais aussi le salaire moyen et le salaire médian. En gros, en travaillant 1 h, combien je peux me payer de carburant ?

Ce graphique est intéressant car il montre que grosso-modo, depuis 1986, il faut environ entre 8 et 9 minutes pour se payer (en salaire brut) un litre d'essence. Si on poussait le calcul plus en arrière dans le temps on aurait des surprises. En effet, en 1970, le SMIC horaire passe à 3,50 Francs. Dans le même temps, l'essence ordinaire coûtait 1,1 Franc le litre. Soit un ratio de 0,31. Il fallait deux fois plus de temps pour se payer un litre d'essence !

En 1996, le salaire moyen net en France (source INSEE) était de 1 509 € mensuels, en euros courants. Le Sans Plomb 95 coûtait alors 0,909 euro le litre (toujours en euros courants). Cela donne un ratio salaire/prix de 1 660. En clair, on pouvait se payer 1660 litres de SP95 avec le salaire moyen net.  En 2014 (dernières données disponibles), le salaire moyen est passé à 2 194 euros nets mensuels. Dans le même temps, le SP95 était en moyenne à 1,484 €/l soit un ratio de 1 478. En baisse d'environ 11%.

Et donc ?

On voit donc qu'en fonction de l'indicateur choisi, le prix des carburants varie peu (par rapport au SMIC), un peu ou beaucoup. On peut donc présenter l'évolution des prix sous l'angle qui arrange le propos. Certains parlerons d'une flambée de plus de 30% quand d'autres pourront parler de stagnation des prix.

De plus, cela dépend de quelle période on parle. Nous avons vu en effet que par rapport aux début des années 90 on a une forte hausse. Mais, si on prend les années 70, on est alors en forte baisse.

Ainsi, la perception que l'on a des dernières hausses des carburants va dépendre totalement de son emploi, mais aussi de sa génération. Les plus âgés qui se souviendront des années 70 n'auront pas forcément la même vision que les plus jeunes qui ont connu un litre de gazole à 1 euros en 2005 à peine. D'autres encore se souviendront de 2012/2013 et d'un prix à la pompe qui atteignait des sommets avec un pétrole très cher.

Autres données, et non des moindres, la part des ménages équipés d'au moins une voiture est passée de 73% environ en 1985 à 83% actuellement. De plus, si la tendance est à la baisse depuis les années 2000 pour le kilométrage annuel de chaque voiture, par rapport aux années 80, et même 70, il reste deux fois supérieur. On dépense donc beaucoup plus aussi parce que l'on roule plus.

La perception du prix des carburants peut aussi être influencée par tout ce que l'on paie en plus chaque mois et que l'on ne payait pas forcément "avant". Mobile, télévision, internet, abonnements divers.

Illustration : T. Emme/Leblogauto.com

Pour résumer

Alors que la journée de mobilisation du 17 novembre 2018 approche à grands pas, penchons-nous sur le déclencheur de cette grogne. Les récentes hausses de carburants ont été "la goutte d'eau qui fait déborder le vase". Mais, sont-ils aussi chers qu'on le pense ?

Thibaut Emme
Rédacteur
Thibaut Emme

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