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F1: la tentation du retour

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Ainsi, Michael Schumacher ne se sentait pas prêt pour remplacer Felipe Massa. A 40 ans, cela ressemblait bien à une dernière chance. Le simple fait qu’il ait songé à revenir trahit qu’il n’est pas facile de tirer un trait définitif sur la F1. Comme le disait Flavio Briatore (propos hors contexte): « La F1, c’est comme une jolie fille, on ne peut jamais dire « jamais ». »

Peu avant le Grand Prix du Brésil 2006 (qui devait être la dernière course de Michael Schumacher), Auto-Hebdo avait interrogé différents anciens pilotes sur leur état d’esprit lors de leur retraite. La plupart déclaraient grosso modo: « C’était une décision mûrement réfléchie, je n’avais plus rien à prouver, j’ai posé mon casque et je suis parti sans regrets. »

Un joli mensonge.

Arrêter la F1 est psychologiquement difficile. A fortiori lorsqu’on a été champion du monde. Certains pensaient avoir tout préparé: un pied-à-terre, un nouveau job, etc. Mais après quelques mois, ça leur reprend. Même l’immense Juan-Manuel Fangio a voulu replonger, mais sous un pseudonyme car « parfois, c’est difficile de s’appeler Fangio. »

Comme vous pouvez le voir ci-après, de nombreux champions du monde n’ont pas pu résister à la tentation d’un retour.

Sir Jackie Stewart (champion 1969, 1971 et 1973): non, non et non!

Parmi la trentaine de champions du monde, seuls trois ont raccroché définitivement au lendemain d’un titre: Mike Hawthorn, Sir Jackie Stewart et Alain Prost (avec le cas particulier de Jochen Rindt, mort avant d’être couronné.) Les autres pensaient: « J’ai obtenu n titres, si je reste, je pourrai obtenir n+1 titres… »

Hawthorn s’est tué quelques mois après avoir pris sa retraite.

Stewart comptait arrêter après la dernière épreuve de la saison 1973. Ainsi, il aurait disputé exactement 100 Grands Prix. Ce qu’il ne savait pas, c’est que son équipier, François Cevert, allait mourir lors des essais de cette course.

Tyrrell perdit ainsi ses deux pilotes. « Oncle Ken » tenta de persuader Stewart de rester. Sans succès. A 34 ans, l’Ecossais n’allait plus jamais disputer la moindre course. Il n’en gardait pas moins une grosse cote dans le paddock. Ainsi, il s’est vu offrir de nombreux essais, dont un rôle de « caméraman » aux essais du Grand Prix de Monaco 1978 (ci-dessus.) Frank Williams lui a même proposé une F1 pour le Grand Prix des Etats-Unis 1982, alors qu’il n’avait plus couru depuis 9 ans!

Niki Lauda (champion 1975, 1977 et 1984): exemplaire

Il restera L’exemple (avec un grand « L ») d’un come back réussi.

En 1979, il jugeait la Brabham/Alfa-Romeo non-compétitive. Il annonça sa retraite sportive, pour fonder sa compagnie aérienne, LaudaAir (dont il pilotait lui-même l’un des appareils.)

Les débuts de son entreprise furent financièrement difficiles.

Il revint sur les circuits comme commentateur TV, richement payé. Puis il négocia au prix fort un retour derrière un volant. Renault était prêt à le payer (mais…), alors c’est chez McLaren qu’il ira en 1982. Malgré 3 saisons sans F1, il est presque d’emblée compétitif. Il remporte même un troisième titre de F1, en 1983 (pour un demi-point face à son équipier, Alain Prost!)

L’année suivante, il considère qu’il a gagné suffisamment d’argent et que sa motivation s’est émoussée. Alors il parti définitivement.

Alan Jones (champion 1980): au secours!

Champion du monde 1980, avec Williams, il jeta son casque l’année suivante. Motif: il n’est pas assez privilégié face à son équipier Carlos Reutemann, ce qui (d’après lui), lui a coûté un deuxième titre. Pourtant, Sir Frank avait été jusqu’à saboter la voiture de l’Argentin!

Peu après la fin de la saison, Williams le fait tester sa 6-roues. Mais l’Australien est intraitable sur son projet de retraite.

Il eu moins de scrupules, en 1983, face à un chèque pour piloter l’Arrows.

2 ans et demi plus tard, il revient, cette fois chez Beatrice-Haas. Le paddock découvre un Jones grisonnant avec des « abdos Foster’s ». Il y restera jusqu’à la dissolution de l’écurie, fin 1986. L’ex-champion du monde n’était plus que l’ombre de lui-même, jouant les chicanes mobiles.

Au moins, Jones aura prouvé au paddock qu’il pouvait être encore plus ridicule que lorsqu’il portait les couleurs du « team Durex ».

Alain Prost (champion 1985, 1986, 1989 et 1993): oui et finalement non

Un peu plus haut, j’écrivais que Prost était le seul pilote, avec Hawthorn et Stewart, à être parti au lendemain d’un titre.

En fait, sa fin de carrière fut compliquée. Fin 1991, il est viré de Ferrari après avoir critiqué son équipe. Il tente alors de rebondir chez Ligier, où il aurait été copropriétaire et pilote. Hugues de Chaunac, aurait du faire parti de l’aventure. Après quelques tests, il renonce et Erik Comas hérite du volant.

En 1993, il revient, chez Williams/Renault cette fois. Il décroche le titre et annonce bruyamment qu’il s’arrête définitivement, alors que son contrat portait sur 2 saisons. Raison officielle: après 14 saisons, il avait peur de ne plus être aussi compétitif. Raison officieuse: il n’a pas envie de cohabiter de nouveau avec Ayrton Senna, déjà embauché pour 1994.

Prost fut ensuite l’Arlésienne de la F1. On l’annonce au volant de la McLaren/Peugeot, pour 1994. Un an et demi plus tard, McLaren cherche un « vrai » pilote après le départ de Mansell et lui propose le volant. Le Français jouait alors les hommes-sandwich pour Renault, un rôle qui commençait à l’exaspérer et il a failli accepter.
Début 1996, il a cette fois un rôle de consultant/pilote d’essai dans l’écurie. Ron Dennis craignait que Hakkinen ne se soit pas remis de son grave accident, lors du Grand Prix d’Australie 1995 et il aurait voulu le quadruple champion du monde comme intérimaire.

McLaren était alors au creux de la vague. Ce qui a retenu Prost de disputer un 200e Grand Prix fut sans doute la peur de se retrouver en milieu de grille.

En 1997, il reprit Ligier, avec la seule casquette de patron. Bridgestone rêvait de le voir derrière un volant, mais Prost venait de tourner définitivement la page.

Nigel Mansell (champion 1992): la fin sans fin

Nigel Mansell a annoncé son retrait de la F1, non pas une fois, mais trois fois!

La première annonce eu lieu fin 1990, alors qu’il était chez Ferrari. Lui qui fut le dernier pilote embauché par Enzo Ferrari, n’avait pas supporté d’être réduit au rôle de porteur d’eau de Prost.

Sa « retraite » fit long feu, car Sir Franck Williams l’embaucha pour les saison 1991-1992. Fin 1992, le titre en poche, il annonce de nouveau sa retraite. C’est sa deuxième annonce publique. Raison officielle: Williams vient d’embaucher Prost et il ne veut pas revivre sa saison 1990 chez Ferrari. Raison officieuse: « le moustachu » se trouve sous-payé par rapport au Français et il avait menacé de partir s’il n’était pas augmenté. Sir Franck accepta ses prétentions salariales, mais l’ultimatum fixé par « le phoque » était déjà dépassé et fidèle à sa réputation de [censuré], Mansell parti en Indycar.

Un an et demi plus tard, après la mort de Senna, la F1 se retrouve privée de star. Bernie Ecclestone pense que Mansell est le seul pilote capable de battre Schumacher. Il convainc Carl Haas (patron de Mansell en Indycar) de le « libérer » et Sir Franck Williams de l’embaucher. Mansell retourne ainsi en F1 presque à son insu!

Il remporte le dernier Grand Prix de la saison, mais Williams lui préfère Coulthard pour 1995. McLaren, qui lorgnait également sur l’Ecossais, engage Mansell à sa place. « Il leone » commence par se plaindre que la voiture est trop étroite pour ses bourrelets. Il manque les trois premiers Grand Prix, le temps qu’on lui construise une version « B », au cockpit plus large. Deux courses oubliables plus tard, Ron Dennis et Norbert Haug se retrouvent face à un Mansell en colère, qui décrit sa voiture avec des noms d’oiseau, exige une troisième voiture… Et demande une augmentation. A la place, on lui montre la porte. Cette fois-ci, il n’a pas fait de conférence de presse.

Fin 1996, Jordan cherche en vain un pilote. Mansell est approché et il teste la voiture. Même avec des pneus neufs et un réservoir vide, il n’arrive pas à approcher les temps de Ralf Schumacher (seul pilote alors confirmé pour 1997.) Il renonce à revenir. C’est sa troisième annonce officielle.

Ca ne l’empêchera pas d’être un temps annoncé chez Williams, pour 1999!

Notez qu’en 2004, il a piloté une Jordan, le temps d’une démonstration dans les rues de Londres.

Jacques Villeneuve (champion 1997): gag en cours

En 2003, la cote de Villeneuve dans le paddock était au plus bas. La faute à ses caprices chez BAR et à sa technique de la terre brûlée, face au nouveau patron, David Richards.

Le Québécois est viré en vue de Suzuka, où Honda préfère installer Takuma Sato dans son baquet.

Le champion du monde 1997 se retrouve sans volant pour 2004. Bernie Ecclestone fulmine: d’après lui, Villeneuve peut triompher face à Schumacher. Il tente de le recaser chez son ex-employeur, Williams, puis il propose à Ferrari de le prendre gratuitement.
A mi-saison, Flavio Briatore vire Jarno Trulli (il a eu l’audace de vouloir se séparer de son manager, un certain Flavio B.) Franck Montagny (alors 3ème pilote Renault) tient la corde, mais le lobbying de l’un et la francophobie de l’autre (pourtant manager de Montagny) permirent à Villeneuve de revenir.

Chez Renault, il ne marqua pas le moindre point. Il signa néanmoins chez Sauber pour 2005. Craig Pollock (manager de Villeneuve) ayant persuadé Peter Sauber que Villeneuve a un nom magique qui permet de mobiliser les sponsors.
La saison 2005 de Villeneuve fut moyenne, quant aux sponsors, Sauber les attend encore. BMW a racheté Sauber et ils veulent un autre pilote. Comme chez BAR, le Canadien s’accroche à son contrat et comme chez BAR, au premier faux-prétexte, il est viré.

Après avoir tenté sa chance chez Peugeot en ALMS, puis en Speedcar Series, il rêve désormais d’un deuxième come back (chez US F1 GP?) pour 2010.

Mika Hakkinen (champion du monde 1998 et 1999): moi ou rien.

On l’a dit, il est difficile de résister aux sirènes de la F1.

Fin 2001, Hakkinen annonçait qu’il prenait « une année sabbatique ». Le double-champion du monde avait connu une série de malchances (comme un moteur qui s’éteint dans le dernier tour du Grand Prix d’Espagne, où il était en tête), qui l’ont empêché de jouer le titre.

Il semblait bien parti pour rester à Monaco avec sa femme Erja et son fils Hugo. Fin 2002, alors que McLaren annonce ses pilotes pour 2003, les journalistes voient les images d’un Hakkinen sérieusement empâté. Sans surprise, il confirme que son retrait est définitif.

Deux ans plus tard, Williams se cherche au moins un pilote pour 2005. Sir Franck comptait reprendre Jenson Button, mais il ne semblait pas aussi « libre » qu’il en avait l’air vis-à-vis de son employeur de l’époque, Honda. Alors Williams se tourne vers Hakkinen. Le Finlandais a changé d’avis: la course lui manque. il a maigri et s’est entrainé en vue d’un éventuel retour.

Néanmoins, il ne veut pas être le « plan B » de Williams. Tant pis pour la F1. Mercedes lui propose alors un volant en DTM et il y fera 3 saisons.

En 2006, on a pu revoir Hakkinen au volant d’une McLaren, le temps du festival de Goodwood. Puis il a testé le fameux simulateur F1. A l’intersaison, l’écurie se demandait qui aligner (Lewis Hamilton? Pedro de la Rosa?) et une piste Hakkinen fut évoquée. Ron Dennis donna finalement sa chance au débutant Hamilton et il n’a pas vraiment démérité.

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