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    Le film du samedi : Gung ho, du saké dans le moteur

    Joest Jonathan OuaknineJoest Jonathan Ouaknine17 août 2013Aucun commentaire
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    Depuis quelques semaines, nous évoquons des films ayant trait à l’automobile. A chaque fois, certains commentaires disent grosso modo : « Effectivement, ce film n’était pas génial. Mais vous allez voir, avec Rush… » On peut être dubitatif sur Rush. D’une part, les Jour de tonnerre, Driven et autres Michel Vaillant promettaient également de réconcilier amateurs de voitures et amateurs de cinéma. D’autre part, Ron Howard s’est déjà intéressé à l’automobile, pour un résultat assez inégal.Parenthèse

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    En fait, Gung ho est le 2ème film de Ron Howard évoquant l’automobile. En effet, en 1977, il tourne (et joue) Lâchez les bolides (Grand Theft Auto en V.O.), une comédie truffée de courses-poursuites et de crashs.

    Néanmoins, c’est un film de commande. Howard est alors lassé d’être Richie Cunningham. Il veut passer derrière la caméra. Mais personne ne veut miser un dollar sur lui… Sauf Roger Corman. Pape de la série B à budget étriqué, il voit une opportunité de mettre une tête connue en haut de l’affiche. Il accepte donc de financer le premier film d’Howard, à condition qu’il joue dedans. Comme ça, il pourra mettre « réalisateur » sur son CV. Lâchez les bolides est donc davantage un Corman, qu’un Howard. Il n’est donc pas significatif dans la carrière de ce dernier.

    Le contexte

    A la fin des années 70, l’automobile occidentale traverse une grave crise. C’est la « malaise era ». Il semblerait que les constructeurs ne savent carrément plus concevoir des voitures fiables et qui plaisent au public. En France, en Grande-Bretagne, en Italie, aux Etats-Unis et en Australie, la production s’effondre, des usines ferment et des marques disparaissent.

    En ces temps troubles, une industrie surnage : les Japonais. Des produits fiables, des constructeurs ambitieux, qui grignotent des parts de marché chaque année… En quelques années, ils ont marginalisé les autres constructeurs de motos. L’automobile est la prochaine sur la liste. Ultime pied de nez, ils ouvrent des usines là où d’autres en ferment : aux Etats-Unis, Nissan s’installe à Smyrna (dans le Tennessee), Toyota, à Fremont (en Californie) et Honda, à Marysville (dans l’Ohio.) Faut-il protester face à cette invasion étrangère ? Ou s’associer avec les nouveaux maîtres ?

    L’action de Gung Ho se déroule à Hadleysville (NDLA : en hommage à l’Hadleyville du Train sifflera trois fois?) L’usine locale de voitures a fermé. Après bien des tractations, le Japonais Assan (toute ressemblance avec Nissan…) accepte de reprendre le site, pour y assembler ses modèles.

    Malgré ses sonorités asiatiques, « Gung Ho » est une expression yankee, qu’on peut traduire par « accrochez-vous ». Pour la France, le film est sous-titré « du saké dans le moteur ».

    Notez que faute d’avoir accès à une vraie usine de voitures japonaises, Ron Howard envoie sa deuxième équipe filmer chez Sevel, en Argentine. Les « Assan » sont ainsi des Fiat 127/Spazio et Regata (de quoi pouffer de rire lorsqu’ils en vantent la « qualité supérieure ».) Voilà pourquoi personne ne roule en Assan à Hadleysville…

    Bon démarrage

    Le film bénéficie d’un casting 3 étoiles.

    Michael Keaton, le héros, est un cadre intermédiaire, Hunt Stevenson. En tant que tel, il se retrouve à diriger les ouvriers (qui sont souvent des amis d’enfance.) Néanmoins, il n’avait pas assez de galons pour être réaffecté lorsque l’usine à fermé. Chez Assan, il est en permanence écartelé entre la direction japonaise et les ouvriers. Doit-il préserver sa carrière ou aider ses copains ? Il n’arrive pas à se décider, quitte à apparaitre pour un traître dans les deux camps !

    George Wendt est Buster, le meilleur ami de Stevenson. C’est un proche cousin du Walt de The big Lebowski : un gars jovial, plein de bonnes intentions, mais tellement idiot qu’il finit par aggraver la situation. Archétype du beauf Américain, il promène sa bonne humeur dans l’usine… Même après en avoir été viré.

    John Turturro, future « gueule » des frères Coen, est hélas sous-utilisé. Il n’est que l’acolyte de Buster.

    Mimi Rogers, alias Audrey, joue la copine de Stevenson. Véritable plante verte, son principal texte est -ô ironie- un moment où elle dit à Stevenson qu’elle n’est pas sa bonniche.

    Le premier tiers du film est intéressant. Howard filme une ville en pleine déconfiture : chômeurs complètements paumés, magasins qui ferment, absence de perspective… Michael Moore s’en inspirera visiblement pour le scénario de Roger et moi.

    Ensuite, les Japonais débarquent. C’est le choc culturel, tant au travail que dans la vie de tous les jours. L’espoir renaît, mais les ouvriers ont des réticences à travailler pour des étrangers. D’autant plus que la paye est moins bonne. Les nouveaux patrons se considèrent en terrain conquis. Sur l’archipel, être envoyé à l’étranger est une punition (car professionnellement, c’est une voie de garage), alors ils vont se venger sur leurs ouvriers. Au milieu de cela, le syndicat (l’UAW est quasiment nommé) se montre complètement coupé des tristes réalités : il préfère organiser une grève, quitte à faire fuir le dernier employeur.

    Accident industriel

    Néanmoins, on n’est pas chez Ken Loach ou Stephen Frears. Plutôt que de s’attarder sur les tensions sociales, Howard préfère tourner une bonne vieille comédie. Et par « comédie », le réalisateur entend un humour de vaudeville des années 50.

    Keaton/Stevenson passe ainsi de cadre désabusé à héros comique. Il s’agite dans tous les sens et même Franck Dubosc ou Michael Youn trouveraient qu’il en fait des tonnes !

    Faire tourner des Japonais est compliqué. La langue a des sonorités particulières et les acteurs bilingues sont rares. S’ils apprennent leur texte par cœur, ils risquent de le réciter ensuite, sans émotion (cf. Parking ou Wasabi.) L’échappatoire, c’est de prendre des comédiens americano-asiatiques (comme Fast & Furiuous III.) Problème: ils n’ont pas l’air Japonais. En plus, Howard tient à les faire parler japonais entre eux. Or, c’est une langue avec plein de sous-entendus. Du coup, il trouve que les phrases sont trop courtes ! Pour meubler, il fait rajouter des mots sans aucun sens à la fin des phrases ! Et parce qu’on est dans une comédie, il faut enfiler les stéréotypes. C’est bien connu, les Japonais pratiquent tous le karaté et le tai chi, tout en se gavant de sushi à longueur de journée !

    Lorsqu’on pense toucher le fond, le réalisateur nous colle un interminable happy end rempli à ras-bord de guimauve.

    A trop vouloir être drôle et grand public, Howard finit par saboter son film. Il réalise un score honnête au box office: 36 millions de dollars de recette pour 18 millions de dollars de budget. Il donne naissance à une mini série-TV. Puis il est rangé dans un coin. D’après la légende, Toyota l’utiliserait comme contre-exemple de management d’employés américains. Néanmoins, c’est l’une des rares fictions centrées sur l’industrie automobile. En tant que tel, le film mériterait davantage de reconnaissance.

    La morale, c’est qu’Howard n’a pas de volonté d’être un « auteur ». Il veut faire du divertissement et des films rentables. Ce qui n’est guère encourageant pour Rush…

    Crédits photos: Sony (sauf photo 3, Nissan et photo 4, Fiat)

    A lire également:

    Le film du samedi: Jour de tonnerre

    Le nanard du samedi: Michel Vaillant, le film

    Le nanard du samedi: Tarzaan, the wonder car

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