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Le nanard du samedi: Michel Vaillant, le film

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Les fans attendaient une adaptation de Michel Vaillant depuis 1957! En 2003, la BD devient enfin un long-métrage. « Franchise » en pleine forme, producteur fan de BD, gros moyens, grosse ambition… Michel Vaillant, le film a tout pour réussir. Hélas, comme le dira Stéphane Guillon: « Grosse sortie de route! Une semaine d’exploitation, puis retour définitif aux stands! »Le contexte

Michel Vaillant est donc une série remontant à 1957. Le talent de Jean Graton, son auteur, est d’avoir su inclure de vraies personnes et de vraies courses, pour renforcer le réalisme. En plus, il montre l’envers du décor du sport auto: éclosion d’un talent, préparation d’une voiture, démarchage de sponsors, manœuvres politiques… C’est une vraie plongée dans ce monde.
La série connait son apogée dans les années 70-80. Elle repart à la fin des années 90, grâce à internet, qui permet de ressouder les fans. Graton donne son imprimatur à différentes opérations (Courage « Vaillante » du Mans, série limitée Honda Civic, berlinette Hommel recarrossée…) Cette renaissance se poursuit avec Les dossiers de Michel Vaillant. Graton en profite pour capitaliser sur ce succès: réédition d’albums, tentative aux USA (sous le nom de « Michael Vailliant »)… Le film s’impose, d’autant qu’il y a déjà eu une série TV et un dessin animé.

Pour l’adaptation, qui de mieux que Luc Besson?

Réalisateur phare des années 80-90 (Le Grand Bleu, Nikita, Le cinquième élément…) Besson crée un studio, Europa Corp. Ses productions renouvelle le film de genre: des moyens « américains », mais une vraie originalité. Qu’il s’agisse de films d’actions (Taxi…) ou de comédies (15 août, Moi César…), la jeune compagnie multiplie les succès.

Surtout, Besson est un vrai fan de BD. Le cinquième élément est directement inspiré des univers de Valérian et de John Diffool (dont les auteurs respectifs dessineront des décors.) Il possède donc la sensibilité et la crédibilité pour s’attaquer à Michel Vaillant.

Du lourd!

Besson choisi d’adapter l’album Le 13 est au départ. Cet album a pour toile de fond les 24 heures du Mans. Il possède son lot de suspens : au début de l’histoire, le héros meurt! A l’époque, il parait en épisode dans Le journal de Tintin. Le premier épisode s’achève juste après la mort, ce qui met en émoi les fans!

Pas question de se contenter de stock-shots! A l’instar de Steve McQueen, Besson filme lui-même l’épreuve mancelle.

De plus, il s’associe à DAMS (sans programme en endurance depuis le retrait de Cadillac.) L’équipe récupère sa Lola/Judd (repeinte en bleu « Vaillante ») et s’offre une Panoz LMP1 (qui jouera la « Leader ».) Les deux voitures sont effectivement engagées aux 24 heures 2002, bardées de caméras. Elles roulent sans jouer la gagne. Du coup, l’ACO impose à Europa Corps de construire un stand pour elles. Accessoirement, elles sont bardées de -vrais- sponsors. De quoi faire des rentrées avant même la première projection!

En prime, à l’automne, l’équipe de tournage revient au Mans, pour faire des images supplémentaires. Ils ont également investi le circuit du Mas du clos (qui jouera la piste d’essai de Vaillante) et se sont offert des 206 WRC.

Bref, de gros moyens, qui augurent de grandes ambitions.

Sortie de route

Hélas, le résultat est déplorable…

Commençons par le casting.
Michel Vaillant est un héritier des héros des années 50. Un mélange de Tintin et de justicier US (la mèche qui rebique rappelant Superman…) Donc un personnage hyper-droit, très moralisateur, mais ayant beaucoup de charisme. Le rôle est confié à Sagamore Stévenin, qui n’a aucune présence. Il campe un Vaillant solitaire (alors que dans la BD, c’est un chef de clan) et un peu mystique (un thème récurrent chez Besson.)
Steve Warson est le « comic relief » de Vaillant. Une caricature de l’Américain bas-du-front: blagueur, macho, bagarreur et ayant un grand cœur. On attendait Matt Schulze (Le Transporteur, Fast & Furious), mais c’est Peter Youngblood Hills qui a le rôle. Il joue un sous-Jacques Villeneuve sous Tranxène.
Normalement, Vaillant est marié à une certaine Françoise. En bonne épouse des années 50, elle est assez transparente. L’autre personnage féminin, c’est Julie Wood. Une motarde féministe apparue dans les années 70. Besson fusionne les deux dans une Julie Wood (jouée par Diane Kruger) assez inexistante.
La « chef des méchants », c’est Ruth Wong. Un personnage complexe: ex-pilote de Vaillante, ex-amante de Warson (donc rivale de Wood), un peu Juive, un peu Américaine, mais fille de Chinois… Il est confié à Lisa Barbuscia, qui a deux lignes de dialogues! En effet, Besson a cru bon de créer le personnage d’Odessa (Jeanne Mauran), qui en reprend l’essentiel.
Reste Bob Cramer, le méchant typique des BD d’après-guerre: quelqu’un de foncièrement mauvais, prompt aux mauvais coups (comme par hasard, il est basané…) Il est campé par François Levantal, une vraie « gueule » de cinéma. Son rôle consiste à faire des rictus et Levantal est très doué pour ça.

Le parti-pris de Besson est de choisir des comédiens pas ou peu connu. En filigrane, il compte faire un Michel Vaillant 2, voir un « 3 » et il faut que les acteurs soient assimilés à leur personnage. On notera qu’hélas, à part Kruger et Levantal, presque tout le casting se noiera dans Michel Vaillant

En théorie, le réalisateur est Louis-Pascal Couvelaire, un des yesmen d’Europa Corp. En pratique, comme d’habitude, Besson est omniprésent: il tient la caméra, fignole le scénario, s’occupe de la musique, choisi l’affiche, etc.

Et Besson semble pris d’hyper-activité: chaque plan doit durer une seconde et il faut de l’action en permanence! Pendant 103 minutes, la caméra fait des mouvements digne d’Epic Mickey. Même pour filmer un enterrement, Besson prend un hélicoptère et tourne autour des acteurs!

Ensuite, il prend un malin plaisir à se mettre à dos les amateurs de sport auto. La réalité n’est pas assez spectaculaire! Bienvenue dans un monde où les carrosseries en carbone font des étincelles en cas de contact et où les LMP1 rebondissent en cas de tonneau! Sans oublier les effets dramatiques foireux: un lac gelé qui se fissure en plein rallye, la mort d’un inconnu, dont tout le monde se contrefiche (y compris les Vaillant) ou la bulle de chewing-gum d’Odessa (pour figurer une crevaison imminente.)
Et les autres? Ce genre de film est censé s’adresser à un « public large ». Il est comme un train fou: pas le temps de s’attarder sur les intrigues ou le jeu des acteurs, il faut que l’action continue coûte que coûte! Les intrigues secondaires sont laissées en friche (en vue d’un « 2 »?) Les méchants sont méchants et les gentils, très gentils (voir un peu benêts.) Surtout, on devine tout à l’avance… Car Besson insiste lourdement sur les sabotages en préparation chez Leader!

Drapeau noir

En bref, on s’attendait à un remake de Le Mans, façon BD, et on obtient à la place Les Yamakasi font du sport auto. A la limite, ça passerait pour un téléfilm du samedi après-midi sur la TNT. Mais payer 10€ pour ça…

Malgré le battage, c’est un bide. Michel Vaillant fera date dans l’histoire d’Europa Corp: c’est son premier film qui perd de l’argent! Besson se défausse: il a manqué de temps et d’argent pour faire mieux.
Le projet de « 2 » est bien sûr envoyé aux oubliettes. Pour se venger, Besson massacrera d’autres BD (Blueberry, Adèle Blanc-Sec…)

Crédits photos: Europa Corp (photos 1, 3, 6, 7 et 8), Michel Vaillant (photos 2 et 4) et Lola (photo 5 et 9)

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25 Commentaires sur "Le nanard du samedi: Michel Vaillant, le film"

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Damien
Invité

Par contre, il y avait un truc excellent dans ce film, c’est sa bande son ! Le groupe Archive avait été recruté pour l’occasion et ils ont sorti quelques titres qui valent clairement le détour ! Morceaux choisis : Calling ; Bridge Scene (l’addition de « Main Bridge » et « End of Bridge » ; l’excellent « Nightmare is over » ou encore « Friend ».

VLM
Invité

C’est juste que la bande son est pas mal… Pour le reste je me souvient qu’un de mes amis s’était endormi au cinéma, dieux sait que j’aime le sport auto et le cinéma mais là ça n’a pas fonctionné malgré les moyens déployés, mention spéciale à l’apparition d’une Pagani Zonda, en même temps la transition entre BD et grand écran est souvent périlleuse et source de nombreux ratés…

Thibaut Emme
Admin

En même temps sans faire injure à Jean Graton, le scénario des bédés n’était guère plus passionnant ou épais que celui du film.
La connaissance des modèles, le dessin, l’histoire du sport-auto, c’est cela qui fait le succès de Michel Vaillant sur papier.

GREG
Invité

Exact, les personnages sont en carton (d’affreux boy-scouts toujours à la perfection), c’est très très moralisateur….
Seuls les véhicules et l’univers décrit sauvent Michel Vaillant de la catastrophe.

John
Invité

Personnellement, je n’ai lu que « Champion du Monde », bon… le dessin est joli, c’est sympa de voir ça inclus dans la vraie histoire… Mais bon…le scénario est mince, le dénouement reste fictif donc on y apprend pas grand chose, on sait qu’en plus il va gagner.

Je préfèrais étant jeune lire l’anthologie de la GP par GP raconté par Combrac et plus tard un comic de Batman, Tintin, Star Wars ou autre…

carrera6
Invité

Puisque vous le citez, le seul passage intéressant se situe lorsqu’ils font des essais au Mas du Clos, un bel hommage pour ce circuit magnifique, les prises de vue sont magnifiques.

ThR
Invité
Je partage votre avis sur ce film plutôt raté. On peut au moins lui reconnaître, à l’instar de la BD, de mettre en scène des bagnoles plus expressives que les personnages… Au-delà de cette regrettable fidélité, on a quand même perdu cet aspect « vieille France », avec la patriarche Vaillant qui traite sa femme comme une véritable boniche. Pour le reste, j’ai été dérangé par un élément de votre article : vous écrivez que Ruth est « un peu Juive, un peu américaine ». J’ai lu à peu près tous les Michel Vaillant sans jamais relever d’indice sur la supposée « judéité » de ce… Lire la suite >>
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