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Marques disparues, épisode 16 : Teilhol l’Auvergnat

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Encore une fois, intéressons-nous à une marque dont l’histoire se confond avec celle de son fondateur : Raoul Tailhol. Renault Rodeo, Citroën Tangara…des noms qui parlent.

Raoul Teilhol est né en 1922. Carrossier de formation, il travaille pour d’autres avant de s’installer à Courpière dans le Puy-de-Dôme. On est en plein Livradois et naturellement son atelier prend le nom de « Ateliers de Construction du Livradois » ou ACL. Teilhol répare et prépare des utilitaires. On est dans la France de l’Après-Guerre et les ateliers de ce genre foisonnent en France.

Surtout, la révolution de cette époque s’appelle polyester. Les polyesters se retrouvent un peu partout, et pour ce qui nous occupe, les carrosseries. Fini les carrosseries acier ou aluminium façonnées à la main chez les artisans. Avec le « poly », on peut à peu près tout faire, tout imaginer.

Chez ACL, on signe un accord avec Renault. Teilhol fabriquera les toits surélevés en polyester pour les Estafettes (voir ici). Pour les ateliers du Livradois, c’est un bol d’air (et d’argent frais) alors que les autres artisans qui sont restés sur l’acier tirent la langue, voire, mettent la clef sous la porte.

Le logo de la marque, quand ce n’est pas ACL en bleu-blanc-rouge.

La Renault Rodeo pour contrer la Citroën Mehari

A la fin des années 60, les « voitures de plage » font fureur aux USA. Ces « dune buggys » inspirent de ce côté de l’Atlantique et Citroën et Renault se lancent dans l’aventure. Pour Citroën, ce sera la Citroën Mehari ! Légère, abordable, fun tout en étant rustique, elle exploite à fond l’insouciance et le vent de liberté des années 68/69. Surtout, elle utilise l’ABS (Acrylonitrile Butadiène Styrène) pour sa coque, un équivalent, côté légèreté, des polyesters.

Pour Renault, c’est la Renault 4 Plein Air, lancé un jour avant la Citroën. Mais, contrairement à la Mehari, la Plein Air est une voiture classique découpée et adaptée. La Plein Air est assemblée chez Sinpar (époque Léon Demeester). C’est un bide et la Régie décide de revoir sa copie. Et quoi de mieux que de copier celle qui a l’air de vouloir prendre en France, la Mehari ?

Pour cela, Renault lance un appel aux artisans : partir de la Renault 4 et en faire un vrai véhicule de plage. A.C.L. remporte la timbale avec sa maîtrise du polyester. La base sera la Renault 4 Fourgonette. Les salariés de Raoul Teihlol vont rivaliser d’ingéniosité pour faire baisser les coûts. L’armature métallique ajoutée se limite aux côtés arrières, le reste de la carrosserie plastique se fixe sur le châssis et la partie avant de la R4. Les feux, les organes mécaniques sont issus de la Renault 4. Cependant, avec sa carrosserie anguleuse, difficile de reconnaître la petite Renault. Elle singe même les 4X4 baroudeurs de l’époque.

La Renault Rodeo est présentée en 1970 et va très vite évoluer. En fait, les premiers modèles sont siglés ACL Rodeo. Ce sont les plus rares, avant que Renault n’y mette son losange. En 1972, elle devient Rodeo 6 sur base de R6. Là encore, Teihlol intègre des éléments de grande série et s’adapte aux évolutions de cette série justement. C’est pour cela que trouver deux Rodeo parfaitement identiques relève de la gageure. Certaines ont des pare-chocs en plastique, d’autres en métal, certaines ont des feux arrières de R4, d’autres d’Estafette. C’est un peu le monstre de Frankenstein. Ci-après une Rodeo 6 d’après 1979 avec son avant reconnaissable.

1980 Renault Rodeo 6 Teilhol

La Teilhol Citadine, véhicule électrique urbain avant l’heure

Pendant ce temps, Raoul Teilhol, amateur de vitesse, perd son permis. Il a donc l’idée de construire une voiture de poche, sans permis. En tout cas, c’est l’anecdote souvent relatée pour expliquer le lancement de la Citadine, une voiture électrique ! En 1972 ! Teilhol est alors en plein boum et l’usine de Courpière a été rejointe par une autre sise à Arlanc (au sud d’Ambert, patrie de la fourme du même nom) et une troisième, à Ambert même.

Pour sa Citadine, Teilhol a une idée, elle doit être petite, légère, maniable, urbaine mais en lui permettant de faire Courpière – Arlanc soit un peu plus de 50 km. Raoul Teilhol imagine des villes remplies de ces « microvoitures ». La surface au sol est réduite, le coût d’utilisation aussi, et elles sont silencieuses dans leur fonctionnement. Teilhol Véhicule Electrique (TVE) est créé pour ne pas mélanger les activités. Robert Broyer de chez Renault est débauché pour dessiner et concevoir la voiture.

Au final, la Teilhol Citadine est un mélange d’Isetta et de voiture plus classique. On entre par l’avant qui se soulève et on prend place sur une banquette 2 places. Comme une voiture tamponneuse, la Citadine est protégée par un boudin de caoutchouc qui court le long de la carrosserie polyester. Cette dernière est posée sur un châssis tubulaire. La Citadine reprend des éléments de grande production comme le train avant de Fiat 500 ou des pièces de chez Renault.

Le succès n’est pas au rendez-vous

Evidemment, on n’a pas encore inventé les batteries lithium-ion et la Citadine a des batteries au plomb. C’est lourd, c’est peu performant, mais cela fonctionne. Un pack 48 volt permet d’aller à 25 km/h, un pack optionnel passe en 96 V et offre un 50 km/h sur 75 à 100 km. 610 kg dont 275 de batterie… C’est une trois-roues avec la roue arrière motrice et les roues avant directrices.

La voiture est déclinée sous différentes carrosserie. Il y aura la Messagette, voiture de loisir ressemblant à une voiturette de golf, la Citacom (Citadine Commerciale), version à plateau arrière de la Citadine, la Handicar, 4 roues, qui permet à une personne en fauteuil de monter par l’arrière qui s’abaisse totalement. Autant de véhicules qui étaient largement en avance sur leur temps. La Citadine ressemble furieusement à l’AirPod de Guy Nègre, la Citacom aux petits utilitaires électriques Goupil, et la Handicar à la Kimsi par exemple ou la MIA dans son dessin.

Le logo des Teilhol électrique. Il devient le logo officiel, embossé sur la carrosserie de la Tangara.

Techniquement, la Citadine était aussi en pointe. Le pack de batteries était totalement isolé de l’habitacle (bonjour les vapeurs d’acides sinon). Surtout, on pouvait le changer en quelques minutes. Une trappe sur le côté donnait accès aux batteries qui sortaient sur un plateau. Un mini-chariot suffisait à la manipulation.

Ainsi avec deux packs de 8 batteries 12 V, on pouvait s’éviter l’attente de la recharge des batteries au plomb. C’est l’une des premières, si ce n’est la première voiture électrique grand public. Les autres tentatives étaient restées à l’état de prototype (Juvaquatre électrique) ou n’était pas vendues aux particuliers.

Les essais de la presse automobile sont bons et on parle déjà de voiture suffisante pour les trajets du quotidien avec un coût de revient 10 fois moindre qu’une voiture essence de l’époque. Sauf qu’elle coûte horriblement cher à l’achat avec le prix d’une Renault 12 ! Malgré l’implication d’EDF dans le projet, cela ne suffira pas et environ 500 Teilhol Citadine seront produites en 12 ans.

Renault plante Teilhol, presque sauvé par Citroën

Cela permettra tout de même à Raoul Teilhol de « sauver la baraque ». En effet, Renault décide d’arrêter la Rodeo en 1986, après 14 ans et 3 versions : Rodeo 4, Rodeo 6 et Rodeo 5 sur base de Renault 4 GTL. Le style a évolué et de la rusticité de la première Rodeo 4 ne reste plus grand chose. La Rodeo 5 est un échec comparée aux précédentes versions et Renault stoppe l’aventure.

Sans son principal client, ACL, devenu Teilhol en 1978 dépose le bilan en 1986. Mais, Raoul Teilhol n’en a pas fini et contracte avec Citroën. Retour sur les utilitaires, comme au début. L’usine va fabriquer des C15 rallongés. Au début, il ne s’agit que de cela. Mais, très vite, Citroën va lui confier le rallongement du C35, la transformation en version entreprise/commerciale de l’AX et même des BX utilitaires.

Ce nouveau partenariat redonne des ailes à Teilhol. Raoul avec son fils Guy, planche sur une remplaçante de la Citroën Mehari. Cette dernière va tirer sa révérence en 1987 après près de 20 ans de service et les Auvergnats pensent qu’il y a matière à un successeur.

La Teilhol Tangara, le successeur de la Mehari

Ce sera la Teilhol Tangara présentée en 1987. Fidèles à leur habitude, chez Teilhol on puise dans les pièces de grande série. La base est une 2CV 6, le moteur est d’ailleurs celui de la deux-pattes tout comme le volant et les instruments. Ces derniers sont intégrés dans une planche-de-bord maison en polyuréthane. Les sièges sont ceux du Citroën C15, les feux avant ceux de la 2CV 6, les feux arrières ceux de Peugeot 205, les rétroviseurs sont ceux du Renault Express, les clignotants ceux des Renault 11/Express et le plafonnier est d’une Ami 8.

On rajoute des enjoliveurs de GSA, et on a un joli petit monstre franchement pas vilain. Elle est disponible en différentes carrosserie, sans capote, avec une capote simple, complète, hard-top, pick-up, et même une version avec pare-buffle. Selon la publicité, elle était « Patricle, Agréable, Libre ». « La voiture agréablement utile ».

La Tangara ne sera pas complètement adopté par Citroën même si certains modèles portent le nom de la marque à l’arrière. Cela lui coûtera sans doute sa carrière et la survie de l’entreprise Teilhol. Pourtant elle avait du charme et était même disponible en 4 roues motrices. Un vrai SUV ! Mi-P4, mi-Vitara, elle va connaître un petit succès d’estime et Teilhol va la faire évoluer comme avant elle la Rodeo. Il y aura même un dérivé sur base d’AX, la Théva.

Clap de fin en 1990

Raoul et Guy Teilhol jettent l’éponge en 1990 et la société est liquidée. Mais l’histoire ne s’arrête pas complètement là. En effet, en 2006, la société 2CA (Concept Composites Auvergne) héritière de Teilhol et toujours sise à Arlanc, a relancé un temps la fabrication de pièces des Teilhol. Les moules ont, depuis, été cédé. On doit pouvoir donc se lancer dans la restauration d’une Citadine, d’une Rodeo 4, 6 ou 5, ou même des Tangara et Théva. Quant à Raoul Teilhol, il est mort à 86 ans en 2008.

Moins « branchées » que la Citroën Mehari, les Teilhol Rodéo et Tangara, c’est pourtant le même esprit et méritent d’être sauvées. Elles sont une partie du patrimoine automobile français.

De temps en temps on voit passer des Rodeo dans les enchères. Plutôt faciles à restaurer vu la quantité de pièces sur le marché, leur cote reste basse. On croise encore Tangara outre-mer. Quant aux Citadine, leur centaines d’exemplaires produits ont fondu. Quelques musées en ont comme celui de Châtellerault.

Petite synthèse lexicale : la nature et l’automobile

Si le nom de la Citadine veut dire ce qu’il veut dire, les autres noms de voitures croisés dans cet article ont différentes origine.

La Rodéo vient de l’espagnol « rodeo », terme utilisé lors du comptage ou du marquage du bétail et qui consiste à tourner autour pour les maintenir en groupe. Cela a dérivé plus tard sur des fêtes locales et désormais spectacles durant lesquels un « cowboy » doit rester le plus longtemps possible sur un taureau ou un mustang (tiens autre nom de voiture).

La Mehari de son côté tient son nom du mehari qui est un dromadaire utilisé, bâté ou monté, lors des déplacements des caravanes de bédouins et désormais aussi pour balader les touristes.

Le Tangara est un nom générique pour plus d’une centaine d’espèce d’oiseau. Moins aventure désertique que la Mehari ou même bête de somme. Quand à la Théva, elle tient son nom de l’hébreux Teva qui signifie la nature.

Crédits illustration :

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8 Commentaires sur "Marques disparues, épisode 16 : Teilhol l’Auvergnat"

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Joel Raimondi
Invité
Merci et bravo pour cet article a la mémoire de Raoul Teilhol que j’ai eu plaisir de rencontrer chez lui a Courpierre au moment de sa maladie… j’étais alors heureux propriétaire d’une Citadine (la No 28, derniere produite?) Elle coule aujourd’hui des jours heureux au conservatoire MobilEco http://www.mobil-eco.com/joomla/historique/category/1.html M Teilhol véritable visionnaire m’avait dit qu’il avait produit quelques 1500 VE tous modeles confondus en déclinant a l »infini (a la demande) ses modeles messagettes (la fameuse citadine n’ayant été produite qu’a 28 exemplaires) Il continuait d’utiliser au quotidein sa messagette perso ainsi qu’une Tangara magnifique en déplorant la fiin tragique de… Lire la suite >>
Luc
Invité

Bonjour,
Merci pour l’article.
Pour la Méhari ce n’est pas du polyester mais un ABS (Acrylonitrile Butadiène Styrène) injecté, et ca n’a absolument rien à voir.

Benjamin Laluque
Invité

Merci pour cet article.
Petite correction toutefois : 2CA, qui a repris le site d’Arlanc et qui fabrique toujours (entre autre) des pièces en polyester, ne fabrique plus par contre de pièces pour les voitures autrefois fabriquées par TEILHOL. Les moules ont été cédés il y a quelques années.

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