Ford et Geely discutent d’un partenariat industriel et technologique en Europe, sur fond de transition électrique et de pressions réglementaires.
Ford et le groupe automobile chinois Geely sont engagés dans des discussions en vue d’un partenariat potentiel, selon plusieurs sources proches du dossier. Ces échanges interviennent dans un contexte de profonde mutation de l’industrie automobile mondiale, marquée par la montée en puissance des véhicules électriques, des voitures connectées et des technologies de conduite automatisée, ainsi que par une pression accrue sur les coûts de développement et de production.
Des discussions axées sur la production automobile en Europe
Selon plusieurs personnes informées des négociations, l’un des axes les plus avancés concerne la fabrication de véhicules destinés au marché européen. Geely pourrait utiliser des capacités industrielles de Ford en Europe afin d’y produire ses modèles, profitant ainsi d’installations existantes. Cette option permettrait au constructeur chinois de renforcer sa présence industrielle sur le continent, tout en limitant l’impact des barrières commerciales imposées aux véhicules électriques importés depuis la Chine.
Les discussions sur cet aspect industriel seraient plus avancées que les autres volets du partenariat. Une délégation de Ford s’est récemment rendue en Chine pour approfondir les échanges, après des réunions tenues dans le Michigan entre les dirigeants des deux groupes. Les discussions seraient en cours depuis plusieurs mois, même si leur périmètre exact et leur issue restent incertains à ce stade.
L’usine de Ford située à Valence, en Espagne, est citée comme un site potentiellement concerné. Ce choix s’inscrirait dans une tendance plus large observée chez les constructeurs chinois, qui cherchent à établir une production locale en Europe. Plusieurs acteurs ont déjà engagé des démarches similaires, en s’appuyant sur des partenariats industriels avec des groupes européens ou des équipementiers automobiles.
Technologie, compétitivité et retard à combler
Au-delà de la fabrication, Ford et Geely auraient également évoqué un cadre de coopération technologique. Les échanges porteraient notamment sur des technologies liées aux véhicules connectés et à la conduite automatisée, des domaines devenus stratégiques dans la compétition mondiale entre constructeurs automobiles. Pour Ford, un tel partenariat pourrait contribuer à réduire l’écart technologique avec certains concurrents, en particulier chinois.
Le directeur général de Ford, Jim Farley, a reconnu à plusieurs reprises le retard de son groupe face aux acteurs chinois dans les domaines des véhicules électriques et des logiciels embarqués. Il a qualifié le leadership technologique de la Chine dans ces segments de particulièrement marquant, soulignant l’urgence pour Ford de renforcer ses compétences afin de rester compétitif sur le long terme.
Toutefois, l’introduction de technologies automobiles chinoises sur certains marchés, notamment aux États-Unis, soulève des enjeux politiques et réglementaires sensibles. Les autorités américaines ont exprimé des préoccupations liées à la sécurité nationale, en particulier concernant la collecte de données et les systèmes de communication embarqués dans les véhicules connectés. Ces considérations pourraient limiter la portée géographique d’un éventuel partenariat.
Partenariats et contraintes géopolitiques
Le contexte réglementaire pèse fortement sur les discussions. Les constructeurs automobiles chinois sont aujourd’hui largement absents du marché américain en raison de droits de douane élevés et de restrictions visant les technologies d’origine chinoise. En Europe, l’Union européenne a instauré en 2024 des droits de douane provisoires pouvant atteindre 37,6 % sur les véhicules électriques produits en Chine, afin de contrer ce qu’elle considère comme des subventions excessives.
Dans ce cadre, produire localement en Europe représenterait un avantage stratégique pour Geely. Le groupe a déjà mis en œuvre des partenariats industriels avec d’autres constructeurs, notamment avec Renault en Corée du Sud et au Brésil, en s’appuyant sur les usines et les réseaux de distribution de son partenaire. Cette stratégie de coopération internationale illustre l’importance croissante des alliances dans un secteur automobile confronté à des investissements massifs et à des règles commerciales complexes.
De son côté, Ford a également multiplié les accords de partenariat ces dernières années, y compris en Europe pour la production de véhicules électriques. Néanmoins, toute coopération impliquant des technologies chinoises destinées au marché américain resterait soumise à un examen attentif des autorités et des législateurs, dans un climat politique toujours prudent vis-à-vis de la Chine.
Notre avis, par leblogauto.com
Les discussions entre Ford et Geely illustrent la recomposition en cours de l’industrie automobile mondiale, où les partenariats deviennent un levier clé face aux défis technologiques et industriels. La piste d’une production européenne commune répond à la fois aux contraintes commerciales et aux besoins de rationalisation des capacités industrielles. Reste que les enjeux géopolitiques et réglementaires pourraient fortement encadrer, voire limiter, la portée d’un tel accord. À ce stade, la prudence reste de mise tant que les contours précis du partenariat ne sont pas définis.
Crédit illustration : Geely.
