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Carnet noir : John Paul Jr et Aldo Andretti

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Andretti

Deux anciens pilotes américains nous ont quittés ces derniers jours. Si le second est surtout connu pour sa parenté avec l’immense Mario, le premier fut un pilote de grand talent mais à la réputation et au parcours sulfureux.

John Paul Jr (1960-2020)

Très peu connu en Europe, si ce n’est évidemment des amateurs pointus de sport automobile, John Paul Jr a connu une trajectoire atypique et tragique, liée aux démêles judiciaires de sa famille.

Né en 1960, John Paul Jr débute par la Formule Ford et la célèbre école de conduite de Skip Barber en 1979, avant de rejoindre dès 1980 l’écurie de course de son père, John Paul Senior, immigré néerlandais, qui est engagé en Endurance et en IMSA sur des Porsche 935. Le père a un bon coup de volant, puisqu’il a remporté la classe IMSA des 24 heures du Mans 1978, mais c’est aussi un sulfureux hommes d’affaires que l’on soupçonne d’être impliqué dans du trafic de drogue. Son fils est d’ailleurs appréhendé en 1979 en possession de grandes quantités de marijuana dans une camionnette, écopant d’une grosse amende et d’une période probatoire de 3 ans. Malgré tout, sa carrière se poursuit et il connaît la consécration en 1982 : avec son père, il réalise sur Porsche 935 le doublé 24 heures de Daytona / 12 heures de Sebring et décroche le titre IMSA GT, à seulement 22 ans !

Tout bascule en 1983 lorsque son père tente d’éliminer un témoin fédéral puis est arrêté, avant de s’évader et de partir en cavale. L’écurie de course est démantelée. Le père est finalement retrouvé en Suisse en 1985 puis extradé aux USA, avant d’être condamné en 1986 à quinze ans de prison. Malgré ces déboires, Paul Jr poursuit sa carrière et de quelle manière : toujours en 1983, il s’engage en Indycar et gagne dès sa 4e course dans u duel face à Rick Mears. Il poursuit sa carrière en Endurance et termine 2e du Mans en 1984 aux côtés de Jean Rondeau. Seulement, en 1986, son passé sulfureux finit par le rattraper. Ayant refusé de témoigner contre son père et accusé de complicité de trafic de drogue, il est condamné à 5 ans de prison.

Paul Jr est relâché en 1988 mais on aurait pu croire que sa carrière était définitivement terminée, or, dans les années 90, il parvient à se refaire. Il reprend le volant et montre qu’il n’a rien perdu ni son talent ni de son éclectisme: on le voit aux 500 miles d’Indianapolis, dans le championnat IMSA, d’abord en catégorie GT puis WSC ainsi que dans le nouveau championnat Indy Racing League. En 1997, il remporte une nouvelle fois les 24 heures de Daytona sur Riley puis en 1998 la course du Texas en IRL.

En 2001, alors qu’il teste une Corvette GT1, Paul Jr constate que les données de télémétrie ne correspondent pas du tout à son ressenti derrière le volant. Des examens sont effectués et confirment la terrible nouvelle : Paul Jr est atteint de la maladie de Hutington, une maladie neurodégénérative progressive et héréditaire. Cela marque l’arrêt définitif de sa carrière. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, toujours en 2001, son père, qui avait fini de purger sa peine en 1999, disparaît encore dans la nature, après que le FBI ait souhaité l’interroger sur la disparition de sa compagne de l’époque qui ne donnait plus signe de vie. Paul Senior n’a jamais été retrouvé, bien que des témoins l’aient signalé dans différents pays depuis.

On imagine ce qu’aurait pu être la carrière de John Paul Jr sans ses déboires judiciaires, car son talent naturel était indéniable.

Aldo Andretti (1940-2020)

Terrible année 2020 pour le clan Andretti. Frère jumeau de Mario Andretti, oncle de Mickaël et Jeff, grand-oncle de Marco, Aldo a eu la douleur de perdre en début d’année l’un de ses fils, John Andretti, ancien pilote de Nascar et d’Indycar, victime d’un cancer. Il rejoint son fils au paradis des pilotes, en succombant au Covid-19.

« Aldo Andretti, mon frère jumeau bien-aimé, mon partenaire dans le crime et mon fidèle meilleur ami tous les jours de ma vie a été appelé au paradis la nuit dernière. La moitié de moi est allé avec lui. Il n’y a pas d’éloquence. Je suis secoué. au coeur  » a twitté Mario Andretti, le patriarche.

Aldo et Mario

Aldo fut en effet l’alter-égo du grand Mario, celui avec lequel il a attrapé le virus de la course, notamment après avoir eu le privilège d’assister au grand prix de Monza au milieu des années 50 et de voir courir Ascari. Né en 1940 en Istrie, quand celle-ci était italienne, il fuit avec sa famille cette région qui est annexée par la Yougoslavie suite au traité de Paris de 1947 et où les populations italophones subissent de violentes persécutions.

Après plusieurs années passées dans un camp de réfugiés à Lucca, la famille obtient l’autorisation de migrer en Amérique et s’installe à Nazareth en Pennsylvanie. C’est là qu’avec son frère jumeau Mario, il découvre une piste ovale en terre dédiée aux courses de sprint et stock cars. Les deux frères commencent à mettre la main à la pâte et à retaper des vieilles voitures pour courir, alors qu’ils sont encore mineurs, sans en piper mot à leur père. Aldo remporte quelques courses régionales pendant sa brève carrière, et participe également à des épreuves du championnat USAC (l’ancêtre de l’Indycar) mais dans l’ombre de son frère. Plusieurs accidents amenuisent ses capacités puis l’éloignent définitivement des circuits. En 1959, il se fracture le crâne et subit un coma. En 1969, un terrible accident en Sprint Cars à Des Moines sonne le glas de sa carrière. Son véhicule heurte violemment l’enceinte du circuit et se retourne. Il subit de multiples fractures aux os du visage et à l’orbite droite, étant obligé de subir une longue convalescence avec reconstruction faciale. Mario le persuade alors de raccrocher le casque.

Par la suite, Aldo a créé des entreprises, d’abord comme revendeur Firestone puis une société d’usinage pour lits d’hôpitaux. En parallèle, il a joué un rôle très actif dans la saga Andretti en sport automobile. Pour l’anecdote, lors des 500 miles d’Indianapolis 1969, Mario Andretti réalise le 2e temps des qualifications mais, suite aux brûlures au visage qu’il a subies lors d’un crash pendant les essais, il ne souhaite pas poser pour la traditionnelle photo souvenir de la 1ère ligne et s’est fait remplacer par son frère jumeau ! images : wikipedia et Andretti autosport archives (réseaux sociaux)

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2 Commentaires sur "Carnet noir : John Paul Jr et Aldo Andretti"

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Thomas
Invité

R.I.P. 🙁

Roma
Invité

😭😭

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