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Marques disparues, épisode 11 : Dual-Ghia, l’éphémère

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Dual-Ghia logo

Traversons l’Atlantique pour ce nouvel épisode sur les marques disparues. Aujourd’hui, nous allons parler de Dual-Ghia qui n’a vécu que 2 petites années.

Ghia, en Europe, nous connaissons surtout pour être une griffe du constructeur Américain Ford. Mais, avant cela, ce fut une carrozzeria fondé en 1915 par Giacinto Ghia. Dans les années 1950, le fondateur est mort et la carrosserie va connaître l’un de ses plus grands succès avec la Karmann Ghia. Aux USA, Ghia travaille sur la Lincoln Futura (qui sera transformée par George Barris en Batmobile).

Virgil Exner, de son côté, a été recruté par Chrysler en 1949 pour moderniser et dynamiser le style des modèles de tout le groupe. Il part en Italie rencontrer Luigi Segre qui dirige alors Ghia. L’une de leur première collaboration est la Chrysler K-310 de 1951 à travers laquelle on sent déjà poindre le style de la future Dual-Ghia. On peut aussi signaler la Chrysler D’elegance entamée par Exner et terminée par Segre. La Chrysler D’elegance sera d’ailleurs l’inspiratrice du concept Chrysler Chronos de 1998.

Le groupe Chrysler donne alors carte blanche au duo pour concevoir des concepts plutôt délirants. Dans le même temps, Luigi Segre conçoit la sublime Cadillac Series 62 Coupé Ghia. Le style est très proche l’Alfa Romeo 1900 Sprint Speciale Supergioiello et de ce que sera la Dual-Ghia des années plus tard. Sex symbol des sex symbols, l’actrice Rita Hayworth possédera l’un des deux seuls modèles assemblés.

Les Dodge Firearrow et Firebomb en génitrices

Tous les deux travaillent sur une série de concepts pour Dodge, les Firearrow et Firebomb. Le premier modèle est présenté en 1953. C’est un roadster au look particulier. Les pare-chocs avant se poursuivent sur tout le long de la voiture. En même temps est présenté la Dodge Firebomb, elle aussi un roadster. La Dodge Firearrow II suit en 1954, toujours en roadster, puis la Firearrow III qui elle est un coupé sport et la Firearrow IV qui est de nouveau un roadster au physique proche du coupé sport.

Chrysler veut contrer Ford et Chevrolet qui préparent la Thunderbird d’un côté et la Corvette de l’autre. Exner dessinera même un autre concept, sans Ghia, la Chrysler Falcon, moins « fin ». Étrangement, Chrysler ne franchira jamais le pas ni pour la Falcon ni pour la Firearrow. Dommage.

Cependant, le concept Firearrow III n’est pas qu’une carrosserie. Betty Skelton, célèbre aviatrice, battra en juin 1954 un record de vitesse sur l’ovale de Chelsea dans le Michigan (centre d’essai de Chrysler). 233 km/h en robe et talons, dans une carrosserie moderne mêlant la démesure américaine au style italien.

Eugene Casaroll la veut !

La voiture tape dans l’oeil de Eugene Casaroll. Ce denier qui a fait fortune dans le transport de voitures et possède une société d’éléments mécaniques pour camions, la Dual Motors Corporation. Comme Dodge ne veut pas la produire cette Firearrow III, et bien lui, Eugene Casaroll, la produira.

Pour cela, il rachète les droits à Chrysler et Ghia. Un prototype est construit en 1955. Il hérite énormément de la Firearrow III tout en récupérant aussi des détails de la Firebomb. Les lignes sont plus fines que la fantasque Firearrow I. La voiture reste tout de même un gros modèle puisqu’il dépasse les 5 m de long. Pour la mouvoir, Casaroll fait appel à Dodge évidemment et récupère un V8 hémi de 5,2 l.

Casaroll lance également une nouvelle marque : ce sera Dual-Ghia. La voiture s’appellera D-500 et sera finalement un cabriolet 4 places. L’homme d’affaire connait du beau monde à Hollywood ou dans l’industrie phonographique. Il compte bien leur vendre sa voiture. Mais, la mise au point de la voiture prend du temps. L’Italie n’est en effet pas proche des Etats-Unis et la conception nécessite d’incessants allers-retours au-dessus de l’Atlantique.

La coqueluche du gratin…pendant un temps

La Dual-Ghia D-500 est enfin prête. Elle a son petit succès d’estime et de plus ou moins grandes stars d’Hollywood l’acquièrent comme Dean Martin, Frank « The Voice » Sinatra ou même Ronald Reagan (qui était encore acteur de série B). Richard Nixon, futur 37e Président des USA, en achète une aussi. La légende veut même que Reagan perdra son exemplaire dans une partie de poker avec Lyndon Johnson (36e Président, en exercice à ce moment). Les « amis » de Casaroll n’hésitent pas à faire la « retape » de la Dual-Ghia D-500.

Hélas, la D-500 a des défauts. Pas un souci de carrosserie, ni de mécanique (le V8 Hemi 315 cu développe 230 chevaux), mais de prix en premier lieu. La voiture est vendue plus cher que les plus chères des Américaines de l’époque. Mais les stars n’en ont cure.

L’autre souci, le principal, de la D-500, c’est le temps de construction. En effet, le châssis équipé du moteur aux USA est envoyé en Italie où Ghia installe la carrosserie et une partie de l’intérieur. Les véhicules font alors le chemin inverse pour être terminé aux USA, dans les ateliers de Dual-Ghia à Detroit. Un concept de nouveau modèle la Dual-Ghia 400 est construit en 1958. Il n’a pas l’élégance de la D-500.

Mais, la clientèle de la Dual-Ghia D-500 est aussi riche que papillonneuse. Ils se lassent assez vite et la voiture à la mode change rapidement. Dual-Ghia n’est pas rentable et Casaroll arrête les frais à la fin 1958. La marque Dual-Ghia n’aura donc vécu que de 1956 à 1958 avec un unique modèle, la D-500.

Concept Dual-Ghia 400 (1958)

Petite cote pour un modèle très rare

117 voitures seront construites. Très peu (une trentaine) sont parvenues jusqu’à nos âges et leur rareté fait leur cote actuelle. En 2014, un modèle de 1958 s’est vendu à 385 000 dollars à Monterey, par Sotheby’s. Plus récemment un modèle 1957 de la collection Thomas F. Derro a été vendu en 2017, toujours par Sotheby’s, à 341 000 dollars.

Le tout premier modèle de production (numéro 101) a été acheté par Dennis Collins et son compère Richard Rawlings (Gas Monkey) en 2015 et remis à neuf. Vendu à Pebble Beach en 2017, ce pourtant premier exemplaire a trouvé preneur à $379,500.

Par rapport aux autres voitures « mythiques » de l’époque, la cote est forte grâce (ou à cause) de cette rareté. Un très beau modèle de Chevy Corvette 1956/1958 se négociera à 100 000 dollars environ. Alors la Dual-Ghia D-500 un futur gros hit des ventes aux enchères ?

Un exemplaire a dépassé les 400 000 dollars avec $418,000 en 2013. Elle est surtout l’occasion d’admirer les nombreuses photos de ce modèle de 1958.

Épilogue : la Ghia L6.4 de 1960

L’arrêt du soutien financier de Casaroll signifie l’arrêt de la marque Dual-Ghia, mais pas de la voiture. En effet, Paul Farago, ancien vice-président de Dual Motors, croit dans cette voiture. Il fait modifier la D-500 pour créer un coupé un peu plus élancé. Ghia dessine la L6.4. Le style est proche et sous le capot on trouve désormais un V8 de 6,4 litres de cylindrée, toujours du groupe Chrysler.

La voiture est présentée en 1960 et Farago réussira l’exploit d’en vendre 26 ! Exploit car c’est l’une des dernières voitures sur-mesure de l’époque. Comme pour la Dual-Ghia, la voiture fait des allers-retours USA-Italie. Mêmes causes, mêmes effets. La production s’arrête et avec elle, définitivement, le rêve un peu fou d’un homme tombé amoureux d’un concept au point de lui créer une marque rien que pour lui.

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3 Commentaires sur "Marques disparues, épisode 11 : Dual-Ghia, l’éphémère"

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gigi4lm
Invité

Encore un excellent article bien documenté sur une marque qui m’était inconnue.

Motörhead
Invité

Le délire stylistique américain des années 50/60, certaines réalisations étaient un peu baroque mais fallait surenchérir sur la concurrence

gigi4lm
Invité

C’est principalement Harley Earl le styliste de GM à qui Alfred Sloan avait donné carte blanche qui donnait le la du style année après année.
Les autres suivaient avec plus ou moins de bonheur … et d’extravagances.
Son successeur Bill Mitchell calma un peu les délires « avionesques » de son prédécesseur.

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