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Indycar 2012: analyse

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Parmi les championnats importants, l’Indycar est le premier à baisser le rideau. Nouveau châssis, choix entre plusieurs motoristes, nouvelle hiérarchie des pilotes et des écuries… Il a connu pas mal de bouleversements cette année. Analysons-en le bon et le moins bon.

Très bien

– Ryan Hunter-Reay. Le champion mérite forcément un satisfecit! D’autant plus qu’Hunter-Reay n’a pas eu une carrière facile: vainqueur de course dés sa première année en CART, en 2003, il est victime du déclin du championnat.
Mi-2007, après un an et demi sans volant, Rahal lui donne une chance en Indycar. Il est sacré meilleur débutant (face à Milka Duno, unique rivale.) Il remporte une victoire en 2008, mais Rahal ferme boutique en fin de saison.
En 2010, après une saison chez Vision, il recruté par Andretti. Avec une victoire par saison, il s’affirme d’emblée comme le meilleur élément d’Andretti, mais il est limité par les moyens de son équipe face à Ganassi et Penske.
Le nouveau châssis redistribue les cartes. Il se réveille à Milwaukee, puis enchaine deux autres victoires. En tête du championnat, il joue la régularité, décroche une quatrième victoire à Baltimore et remporte donc le titre à Fontana.

– Chevrolet. Pour son retour en Indycar, Illmor n’a pas fait les choses à moitié: 7 des 10 pilotes les mieux classés avaient un Chevrolet dans le dos! Le tandem Illmor/Chevrolet a remporté 11 des 15 courses.
Pour éviter un raz-de-marée, l’Indycar a autorisé Honda et Lotus à modifier leurs V6. Ca n’empêche pas Chevrolet/Illmor de placer ses voitures aux 6 premières places de Milwaukee!

– James Hinchcliffe. Meilleur débutant 2011 avec Newman-Haas, le Canadien est parti chez Andretti. Un cadeau empoisonné: remplaçant de Danica Patrick, on attendait de lui des podiums et des paillettes.
Avec 5 top 5, il fut carrément un temps en lice pour le lice. Il termina la saison à une prometteuse 8e place et  il peut désormais espérer au moins une victoire en 2013.
Dans les paddocks, le souriant pilote assure le spectacle! Affublé d’une perruque brune, il se fait appeler « Manica ». Le Canada s’est trouvé un nouveau héros (on y reviendra.)

– Simon Pagenaud. A l’instar d’Hunter-Reay, c’est un ancien du CART. Vice-champion de FR2.0 2004, il traversa l’Atlantique à l’appel de son pote Sébastien Bourdais. Vice-champion de Formule Atlantic 2006, il débuta en Champ Car en 2007 chez Walker (aux côtés de Will Power.) En 2008, il signait pour un mi-temps avec Conquest, mais se retrouve à pied suite à la fusion Champ Car-Indycar.
Pagenaud rongea son frein en ALMS. En 2011, il effectuait trois intérims en Indycar. Convaincant, Sam Schmidt lui offrit un temps plein. Les statisticiens retiendront que Pagenaud est le meilleur débutant. Très régulier, il a décroché 4 podiums et a été plusieurs fois le meilleur performer des Honda. Tout cela, avec l’unique voiture de la modeste écurie Sam Schmidt (ex-FAZZT, ex-Roth Racing.)

– Tristan Vautier. C’est l’autre frenchie de Sam Schmidt! Comme Pagenaud, il a traversé l’Atlantique faute de percer en Europe. Vice-champion de Star Mazda 2010, il était titré l’année suivante. Grâce à la « Road to Indy », il obtint un volant en Indy Lights. Face à des pilotes chevronnés comme Esteban Guerrieri ou Sebastian Saavedra, Vautier a tenu le coup. Après un passage à vide à mi-saison, il s’est repris en main, il gagna de nouveau, retrouva la tête du classement et fut titré à Fontana.
Le plus dur sera maintenant de « monter » en Indycar.
Signalons également les bonnes performances de l’Australo-américain Matthew Brabham (US F2000) et de l’Anglais Jack Hawksworth (Star Mazda.) Tous les deux découvraient les Etats-Unis et ça ne les a pas empêché de s’imposer dans leurs disciplines.

Mi-figue, mi-raisin

– Will Power. A croire qu’il le fait exprès! Pour la troisième année d’affilée, l’Australien jouait le titre dans l’ultime épreuve de la saison… Et pour la troisième année, il est reparti bredouille.
Les années précédentes, le championnat était un duel entre Dario Franchitti et lui. Cette année, c’était nettement plus ouvert. L’Australien a su gérer relativement bien l’opposition. La statistique (dévoilée par l’intéressé lui-même) qui fait mal, c’est que lors des 3 manches sur ovale, il a terminé 3 fois dans le mur. Incontestablement, Power manque de polyvalence.
Son autre talon d’Achille, c’est les performances en dent de scie de ses équipiers. Helio Castroneves et Ryan Briscoe sont trop souvent aux abonnés absents.

– Honda. Par définition, lorsqu’on passe d’un monopole à une concurrence ouverte, le fournisseur historique est chahuté. Il avait tendance à profiter de son monopole pour lever le pied sur la R&D. En plus le nouvel entrant cherche souvent à mettre le paquet.
Dans ce contexte, il n’est pas surprenant que Honda ait perdu l’Indycar. En prime, la firme japonaise s’est un temps tâté sur un possible retrait fin 2011 et ça leur a couté du temps. En fin de saison, la situation était relativement plus ouverte.

– Dallara. Contenir les coûts, c’était déjà l’objectif de l’Indycar en 1996. L’ancien châssis avait plus que fait son temps. Néanmoins, en ces temps de crise, lancer une nouvelle monoplace (et donc forcer les équipes à investir) était risqué.
Le plateau est resté relativement stable. Le seul point noir a été Indianapolis, où l’organisateur a rempli ses 33 places avec n’importe quoi et n’importe qui. Au moins, sur l’ensemble de la saison, on n’a pas vu de pilotes « rapides commez Cresus. »
L’échec de la nouvelle formule, c’est le « budget limité ». En théorie, une écurie pouvait s’en tirer pour environ un million de dollars (850 000€) par pilote et par an. En pratique, Dallara (qui possède le monopole de la distribution de pièces détachées) a gonflé les prix. Quant aux 5 moteurs par saison, seul Franchitti est resté dans les clous.

– Rubens Barrichello. L’Indycar a « vendu » le Pauliste comme la nouvelle star de la série. En plus, il fait équipe à Tony Kanaan, son ami de 20 ans. L’hiver dernier, les chronos s’affolaient et on a cru retrouver le Rubinho des grandes heures…
En fait, mis à part une 4e place à Sonoma, on n’a pas beaucoup vu sa Dallara/Chevrolet. Par contre, à l’automne, on a retrouvé le Rubinho pleurnichard et son sempiternel « c’est pas de ma faute, mettez moi dans une bonne équipe et vous verrez. » Pour sa défense, Kanaan n’a guère fait mieux que lui.

Pas glop

– Lotus. Ca restera LE bide de l’année. Le constructeur avait visiblement bâti sa stratégie autour de KV -son partenaire depuis 2010-. Mais ce dernier signait avec Honda. Les autres grandes équipes ayant déjà un partenaire, Lotus se tourna vers des seconds couteaux. Faute d’argent, les V6 Judd sont livrés peu avant l’ouverture, à St Petersburg. Le moteur était poussif, fragile et en cas de casse, il n’y avait même pas de bloc de rechange!
Au printemps, la plupart des équipes changèrent de crémerie. Jean Alesi fut la victime collatérale. L’Avignonais débarqua à Indianapolis sans le moindre mile d’essai avec une Dallara terminée dans les stands.
Lotus termina la saison avec une seule voiture, pour Simona de Silvestro. Judd trouva quelques chevaux supplémentaires.
Dans un contexte post-Bahar de réduction des coûts, Lotus a très probablement baissé le rideau de fer à Fontana. En effet, le programme coute cher, Lotus est carbonisé dans le paddock et poursuivre avec une voiture n’a aucun intérêt.

– Dario Franchitti. Après 3 titres consécutifs, l’Ecossais était LE favori logique pour le titre 2012. Son début de saison est plutôt modeste. A Indianapolis, il se réveillait et se replaçait dans la course. Malheureusement, ce fut un feu de paille. Ses fans continuaient d’y croire, échafaudant des plans de plus en plus incroyable. Mais non, il n’a même pas réussi à transformer ses 5 poles en succès. Il termina à une très moyenne 7e place.
Une grande déception.

– Qindao et autres blagues. L’Indycar a un problème récurrent de circuit. Les anciens tracés du Champ Car (Laguna Seca, Surfers Paradise, Road America…) sont encore bannis. L’accident de Las Vegas a jeté l’opprobre sur les petits ovales (comme New Hampshire.) Ainsi, cette saison, l’Indycar s’est ainsi surtout produit sur des tracés urbains sans intérêts.
A l’été, on sombra dans le ridicule. La très improbable manche de Qingdao (qui n’existait que dans l’esprit de ses obscurs promoteurs) a été annulée. Et l’Indycar de chercher une épreuve de remplacement en catastrophe. Une improvisation digne de feu la Superleague!
Le calendrier 2013 aurait du être annoncé début septembre. Puis cela a été repoussé à Fontana. Les responsables ont fait la tournée des projets de courses -y compris les plus bancals-. Aujourd’hui, on n’a toujours pas d’annonce sérieuse concernant 2013 et/ou des arrivées de nouvelles épreuves.

– L’Indy Lights. Certes, l’escalier semble fonctionner. Mis à part l’infortuné JK Vernay, tous les autres animateurs des derniers championnats (JR Hildebrand, James Hinchcliffe, Charlie Kimball, Josef Newgarden…) sont aujourd’hui en Indycar. Néanmoins, le plateau 2012 faisait de la peine à voir: seuls 8 pilotes ont disputé l’intégralité du championnat. Andretti, Moore et Sam Schmidt étaient les seuls équipes présentes à temps plein. Belardi, Fan Force United (qui s’est perdu dans l’engagement d’Alesi à Indy) et Juncos ont fait tourner les pilotes payants. Et malgré cela, à certaines courses, il n’y avait qu’une dizaine de voitures au départ.

– Paul Tracy. « PT », c’est le Mansell Canadien! Un personnage pittoresque, qui assure le show. Comme le moustachu, Tracy a tendance à agir d’abord et à réfléchir ensuite. Éventuellement. Ainsi, il a remporté 31 victoires (autant que Bourdais et Franchitti), mais décroché qu’un seul titre. C’est un bon « client » pour les journalistes: avec lui, on est soit un « ami pour la vie », soit on est un « [censuré] de [censuré] de fils de [censuré] de plouc ». Comme l’Anglais, Tracy possède un grand nombre de fans dans sa terre natale et il peut remplir les gradins. Bien sur, à la longue, Tracy et Mansell ont scié la branche sur laquelle ils étaient assis.
Gerald Forsythe étaient bien le seul à supporter le comportement du Canadien. Seulement voilà, Forsythe n’a pas fait le saut du Champ Car à l’Indycar. La série est néanmoins consciente du potentiel médiatique du canadien à domicile et lui trouve des baquets sur mesure.
A 44 ans, Tracy a compris que sa carrière est derrière lui. Il voulait faire un baroud d’honneur en 2012. Une à une, ses pistes se sont asséchées (Dale Coyne, Michael Shank, Fan Force United…) PT fut l’Arlésienne de l’Indycar. Faute de mieux, il roulait en Grand-Am dans une équipe de deuxième zone.
Le pire, c’est qu’avec James Hinchcliffe, les Canadiens semblent s’être trouvé une nouvelle star. La page PT est déjà tournée…

Crédits photos: Indycar, sauf photo 3 (GM), photo 4 (Andretti), photos 5 et 12 (Honda) et photo 11 (Lotus)

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Indycar 2012: Fontana

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4 Commentaires sur "Indycar 2012: analyse"

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Glop
Invité

On pourrait également citer l’officialisation de Luca Filippi qui ne s’est jamais concrétisée en piste…

Claudio
Invité
Quelques remarques: – Barrichello: « à part une 4e place à Sonoma… », sauf que Sonoma était l’antépénultième manche de la saison, qu’il a fini 5ème la manche suivante à Baltimore et qu’il était bien parti pour faire au minimum un Top 10 à Fontana avant que la mécanique en décide autrement. Pour moi, c’est le signe qu’il y a eu progrès tout au long de la saison et il sera intéressant de le suivre l’an prochain, lorsqu’il n’aura plus le désavantage d’apprendre tous les circuits (et les ovales). D’autant qu’effectivement, son équipe KV n’avait probablement rien de l’équipe Newman-Haas qui avait… Lire la suite >>
Absolument!
Invité

Joest aime provoquer, on ne va pas le changer 🙂

Une simple remarque quand même sur Dario Franchitti, parce que là faut pas déconner. Certes il est passé à côté de son championnat, mais il a tout de même remporté l’Indy 500, ce qui, en ce qui me concerne (et lui aussi je pense) est bien plus important et prestigieux que le championnat ! De ce fait, il a gagné le jackpot et son année est donc, malgré tout, largement réussie.

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