par Nicolas Anderbegani

Lancia : résurrection en trois actes d'ici 2028

Ah, Lancia. Aurelia, Fulvia, Stratos, Delta et j'en passe. Forgée par les triomphes en compétition et la sportivité, la marque turinoise est une "belle endormie" depuis des lustres. L'espoir semble de mise sous l'ère Stellantis, avec un plan de relance qui doit s'articuler autour de trois modèles phares.

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La Lance brisée

Jusqu'au début des années 1990, Lancia déchaîne les passions des amateurs de voitures racées et sportives, en grande partie grâce à l'incroyable saga des modèles de rallye. De la Fulvia à la Stratos, de la 037 aux monstrueuses Delta S4 puis Delta HF Integrale, la légende Lancia se forge sur les lacets du WRC et les circuits. Intégrée au groupe FIAT à partir de 1969, Lancia est regroupée avec Alfa Romeo en 1987 dans l'entité Alfa-Lancia Industriale et entame, lentement et surement, son déclin : perté d'identité progressive face aux économies d'échelle et à la synergie de groupe, crise financière du groupe FIAT au début des années 2000 qui freine drastiquement les investissements, errements styistiques, avant d'être achevée par un repositionnement axé sur le luxe et l'élégance qui n'a pas pris, et enfin, sous l'ère FCA, par une gamme paresseuse se contentant de proposer des Chrysler rebadgées et un désintérêt net de Sergio Marchionne.

Depuis 2014, Lancia survit grâce à un seul modèle, l'inoxydable Lancia Ypsilon, qui n'est vendue que sur le marché italien. Malgré tout, les ventes se maintiennent, grâce à l'arrivée récente d'une version hybride légère et à de nouvelles séries exclusives comme l'"alberta Ferretti" conçue avec la célèbre styliste italienne. L'Ypsilon, rentabilisée depuis fort longtemps, s'écoule annuellement à 40/45.000 exemplaires et permet au blason de ne pas définitivement rejoindre le cimetière des marques disparues. Mais côté plaisir et sensations fortes, il faut se tourner vers l'univers du Restomod, qui nous a gratifiés ces dernières années d'une MAT Stratos ou d'une Kimera EVO37.

Trois modèles de 2024 à 2028

Le PDG de Lancia, Luca Napolitano, a confirmé aujourd'hui que la marque, faisant partie au sein du groupe Sellantis du pôle premium avec Alfa Romeo et DS, va repartir quasiment de zéro avec 3 nouveaux modèles programmés entre 2024 et 2028. L'élégance et le raffinement seront toujours de mise, en "carressant le côté féminin de l'automobile" (sic) et en mettant aussi l'axe sur la durabilité, avec l'ambition d'uitiliser 50% de matériaux recyclés pour les intérieurs.  « Contribuer avec Alfa Romeo et DS à la croissance du cluster premium Stellantis, en multipliant les bénéfices par cinq et en augmentant les revenus de 4 à 11 % ». Dit comme ça, ça fait moins fantasmer mais c'est inévitable. Carlos Tavarès a donné 10 ans aux marques affaiblies comme Alfa Romeo et Lancia pour se redresser.

Le premier étage de cette fusée sera une nouvelle Lancia Ypsilon dont l'arrivée est prévue pour 2024. Ce sera toujours une berline compacte 5 portes qui, cependant, aura des dimensions légèrement plus grandes que le modèle actuel, atteignant près de 4 mètres de longueur et partageant sans nul doute bon nombre d'éléments avec ses cousines Peugeot 208 et Opel Corsa. La voiture arrivera sur le marché dans un premier temps avec une version entièrement électrique mais aussi avec des versions équipées de moteurs hybrides et essence. L'Ypsilon aura une approche plus "européenne" et montera en gamme, sans pour autant vouloir défier frontalement ses rivales germaniques comme l'Audi A1. "Pour l'instant, nous ne visons pas à concurrencer Mercedes ou BMW , mais plutôt de lui ménager une place pour réussir en Italie et en Europe, comme c'est le cas pour d'autres secteurs du Made in Italy très appréciés à l'étranger, de la gastronomie au vin en passant par la mode ».

Suivra ensuite l'Aurelia. Lancia ressuscitera ainsi un nom historique et légendaire, puisque la Lancia Aurelia originelle, produite entre 1950 et 1958, avait marqué son temps. Premièr modèle ayant obtenu des succès de course notables, l'Aurelia avait une ligne élégante emblématique du style italien et surtout fut la première voiture de série au monde à être équipée de quatre roues indépendantes et surtout d'un V6 de série. La "nuova Aurelia" ne sera cependant pas dans la lignée de la berlie tricorps qui l'a précédée. Elle s'apparentera davantage à un SUV polyvalent, au profil de coupé, dans les 4,60 mètres de long, qui recevrait ainsi la plate-forme STLA Medium qu'elle partegerait avec sa cousine premium DS7 Crossback.

Enfin, le troisième modèle prévu en 2028 serait lui aussi en charge de raviver un nom prestigieux, celui de la Delta, en cousinage avec la Peugeot 308 et la DS4, voire une nouvelle Giulietta. Il ne faut pas s'attendre à la résurgence de la virile et bestiale Intégrale du passé, la philosophie étant davantage tournée vers le confort et le raffinement, mais Napolitano n'a pas fermé la porte, en cas de succès, à une version sportive. Autre détail, les études de design semblent s'orienter vers un design "anguleux" qui pourrait faire de gros clin d'oeils à la Delta de Giugiaro.

Renforcement du réseau et identité affirmée

A partir de 2028, Lancia ne vendra plus de voitures thermiques et à partir de 2026, tous les nouveaux lancements ne concerneront que des voitures 100 % électriques. Les voitures se caractériseront  par la présence de SALA (Sound Air Light Augmented), une interface virtuelle, essentielle et intelligente, avec laquelle le client aura le contrôle de l'habitacle. En termes de finition et de design, la volonté affichée est clairement de hausser le niveau et de se doter d'une identité propre, avec une ambiance intérieure qui s'inspirera à la fois des modèles iconiques du passé et du mobilier de grands designers italiens. Tradition et italianité mélangées à la modernité, voilà une approche qui semble intéressante.

Le réseau de vente sera remis en selle avec un réseau national passant de 150 à 220 points de vente et une présence affirmée dans 60 villes européennes. Néanmoins, la marque entend accorder beaucoup de poids aux ventes en ligne qui pourraient représenter 50% du total des immatriculations. Le logo pourrait aussi évoluer. La révision  "pourrait faire ressortir davantage la lance, le drapeau et le volant", symboles d'une marque noble et élégante qui a plus de 115 ans d'histoire derrière elle. Si l'on peut éviter un dessin flat design tout moche, on prend de suite.

Notre avis, par leblogauto.com

Ce programme est en soi réjouissant, car cela fait mal de voir un blason aussi prestigieux être si peu valorisé et exploité. Au-delà de la réussite des modèles, le plus gros défi pour Lancia sera néanmoins de reconstuire son image. Si elle ne souffre pas d'une mauvaise réputation quelconque, et que les amateurs en connaissent le pédigrée, elle s'est forcément évaporée auprès du grand public avec le rétrecissement de sa gamme, sa contraction sur le seul marché italien et sa logique raréfaction sur les routes. A l'image de Maserati qui arrive en Formule E, peut-on imaginer un programme sportif pour reconstruire cette réputation, en WRC par exemple ?

Pour résumer

Ah, Lancia. Aurelia, Fulvia, Stratos, Delta et j'en passe. Forgée par les triomphes en compétition et la sportivité, la marque turinoise est une "belle endormie" depuis des lustres. L'espoir semble de mise sous l'ère Stellantis, avec un plan de relance qui doit s'articuler autour de trois modèles phares.

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