Considérée comme l’une des plus belles voitures jamais construites, la Talbot-Lago T150-C-SS « Goutte d’eau » est l’une des stars absolues de Rétromobile 2026.
Présentée à la vente officielle Gooding Christie’s, elle pourrait franchir la barre des 6,5 millions d’euros, voire bien davantage.
Une somme vertigineuse, mais parfaitement cohérente pour un tel monument de l’histoire automobile.
Une Talbot-Lago de course, transformée en œuvre d’art
La Talbot-Lago T150-C-SS est la version la plus radicale de la T150.
Châssis court, dérivé de la compétition, et configuration Super Sport : tout ici respire la performance.
Produite à très peu d’exemplaires, elle devient quasiment unique lorsqu’elle passe entre les mains de Figoni et Falaschi. Le célèbre duo de carrossiers d’origine italienne est à l’origine de certaines des plus belles automobiles jamais créées, aux côtés de noms mythiques comme Saoutchik, Chapron ou encore Pininfarina.
Avec la « Goutte d’eau », Figoni et Falaschi signent un chef-d’œuvre aérodynamique et stylistique.

La « Goutte d’eau », une sculpture roulante avant l’heure
À l’origine, cette carrosserie ne s’appelait pas « Goutte d’eau », mais « Faux cabriolet ».
Un nom vite éclipsé par ce surnom poétique, resté dans l’histoire.
Entre 10 et 12 exemplaires seulement auraient été réalisés, en version tri-corps ou, comme ici, en bi-corps — le fameux Modèle New York. Chaque voiture était fabriquée à la main, selon les souhaits précis de son client.
L’exemplaire présenté à Rétromobile, châssis n°90112, est aujourd’hui considéré comme le plus beau de tous. Il a participé à de nombreux concours d’élégance avant-guerre, notamment à Bruxelles, Paris et Deauville en 1939.
Une histoire mouvementée, mais un état d’origine exceptionnel
La Seconde Guerre mondiale fait disparaître la voiture pendant plusieurs années.
Elle ne réapparaît qu’en 1946.
En 1961, le collectionneur belge Stéphane Falise en fait l’acquisition, avec l’intention de la restaurer. Le projet n’aboutira jamais. Ce long sommeil a pourtant une conséquence inattendue : la voiture reste très peu modifiée par rapport à sa configuration d’origine.
En 2005, elle traverse l’Atlantique vers les États-Unis, encore en pièces détachées. La restauration est finalement confiée à RM Auto Restoration, qui lui redonne un état concours exceptionnel.

Triple couronne à Pebble Beach
Le résultat est spectaculaire.
En 2009, la Talbot-Lago participe au prestigieux Concours d’Elegance® de Pebble Beach, où elle remporte trois prix.
L’année suivante, elle récidive à Meadow Brook avec un Best in Class et surtout un Best of Show.
Un palmarès rarissime, même parmi les automobiles les plus prestigieuses.
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Pourquoi elle vaut (vraiment) plusieurs millions
Talbot-Lago est né du rachat de Talbot-Darracq par l’ingénieur vénitien Antonio Franco Lago. L’entreprise, alors en difficulté, se transforme pour produire des voitures à la fois élégantes, performantes et technologiquement avancées.
Cette T150-C-SS est animée par un 6 cylindres en ligne de 4 litres, développant 140 ch. Une puissance impressionnante pour les années 30, digne d’une véritable machine de course homologuée pour la route.
Si elle n’a pas l’aura mondiale d’une Bugatti Type 57S Atalante ou SC Atlantique, cette Talbot-Lago n’a rien à leur envier en matière de rareté, de beauté et d’histoire.
Gooding Christie’s l’estime entre 6,5 et 7,5 millions d’euros, mais cet exemplaire au passé limpide et à la restauration irréprochable pourrait bien dépasser toutes les attentes.

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES
- Moteur 6 cylindres en ligne de 3 996 cm³, arbre à cames en tête
- Trois carburateurs Stromberg
- 140 ch à 4 100 tr/min
- Boîte de vitesses Wilson à 4 rapports et présélecteur
- Freins mécaniques à tambour aux quatre roues
- Suspension avant indépendante avec triangle supérieur et ressort à lames semi-elliptique transversal inférieur
- Essieu arrière rigide à ressorts à lames semi-elliptiques
Crédit photo : Gooding Christie’s
