Ford face au défi des voitures chinoises

Jim Farley échange avec l’administration Trump sur l’entrée des constructeurs chinois aux États-Unis et l’avenir du marché auto.

Le débat sur l’entrée des constructeurs automobiles chinois aux États-Unis prend une nouvelle dimension. Jim Farley, PDG de Ford Motor Co., a récemment échangé avec des membres de l’administration Trump sur un scénario visant à protéger l’industrie automobile américaine tout en encadrant l’arrivée potentielle de véhicules fabriqués en Chine. Cette discussion stratégique intervient alors que la montée en puissance des véhicules électriques chinois suscite des inquiétudes croissantes chez les constructeurs historiques.

Depuis plusieurs années, Farley alerte publiquement sur la menace que représentent les modèles chinois à bas prix et à haute technologie pour la part de marché des fabricants automobiles américains. Selon une source citée par le Detroit Free Press, le dirigeant aurait évoqué la possibilité d’autoriser les groupes chinois à produire des voitures sur le sol américain via des coentreprises, avec une participation majoritaire américaine et un partage des bénéfices ainsi que des technologies.

Un marché américain protégé par des droits de douane

À ce stade, un tarif douanier de 100 % sur les voitures chinoises importées constitue le principal frein à leur implantation directe aux États-Unis. Cette mesure, mise en place par l’ancien président Joe Biden et maintenue par le président Donald Trump, bloque de facto l’accès au marché américain pour les constructeurs chinois.

Pourtant, la pression concurrentielle s’intensifie. La Chine, confrontée à une saturation de son marché domestique, cherche à exporter davantage pour soutenir sa croissance. Les véhicules électriques chinois sont déjà commercialisés au Mexique depuis plusieurs années et devraient représenter environ 20 % des ventes de voitures neuves dans ce pays d’ici début 2026. Le Canada prévoit également d’autoriser la vente de certains modèles électriques chinois.

Dans ce contexte, de nombreux experts estiment qu’il ne s’agit que d’une question de temps avant que les marques chinoises ne trouvent un moyen d’accéder au marché nord-américain, notamment grâce à leur compétitivité tarifaire et à leurs technologies embarquées avancées.

L’option des coentreprises discutée à Detroit

Les échanges entre Jim Farley et l’administration Trump se seraient déroulés en marge du Salon de l’auto de Detroit. Le dirigeant de Ford aurait abordé cette hypothèse avec le représentant commercial américain Jamieson Greer, le secrétaire aux Transports Sean Duffy et l’administrateur de l’EPA Lee Zeldin.

Quelques jours auparavant, Donald Trump avait déclaré lors d’un discours au Detroit Economic Club qu’il serait ouvert à l’idée de laisser les constructeurs automobiles chinois entrer aux États-Unis à condition qu’ils construisent des usines et embauchent des travailleurs américains.

Selon Bloomberg, l’option de la coentreprise n’aurait pas été activement défendue par Farley, mais évoquée comme un mécanisme de protection des intérêts nationaux en cas d’ouverture du marché. Toutefois, l’idée aurait reçu un accueil réservé de la part de responsables de l’administration, qui redouteraient une opposition politique à Washington.

Le porte-parole de Ford, Dave Tovar, a rappelé que l’entreprise restait attachée à la protection du marché intérieur contre une « inondation de véhicules subventionnés construits en Chine », tout en soulignant les enjeux de confidentialité et de sécurité nationale associés aux véhicules chinois.

Une menace technologique jugée existentielle

Jim Farley n’a jamais caché son admiration prudente pour les avancées technologiques des constructeurs chinois. Ford étudie leurs modèles depuis plusieurs années et a intensifié ses analyses récemment. Dès 2023, le PDG a emmené régulièrement son équipe de direction à Shanghai et dans d’autres grands marchés chinois afin d’examiner les véhicules électriques locaux, leurs systèmes numériques, leurs plateformes et leurs services connectés.

Farley conduit lui-même une Xiaomi SU7, qu’il a qualifiée de « haute qualité » avec « une excellente expérience numérique ». Selon lui, comprendre ces véhicules est indispensable pour mieux les affronter sur le terrain concurrentiel.

À l’automne dernier, le dirigeant a franchi un cap dans son discours en qualifiant les voitures chinoises de « menace existentielle » pour l’industrie automobile américaine. Il a souligné que les capacités de production existantes en Chine suffiraient à alimenter l’ensemble du marché nord-américain, mettant potentiellement en difficulté les constructeurs locaux.

Cette inquiétude est partagée par plusieurs membres de l’administration Trump, qui évoquent des risques économiques et des enjeux de sécurité nationale en cas d’implantation industrielle chinoise sur le territoire américain.

L’industrie automobile américaine se trouve ainsi à un carrefour stratégique. Entre protection du marché domestique, compétitivité technologique et transition vers l’électrification, les décisions à venir pourraient redéfinir l’équilibre des forces sur le marché nord-américain des véhicules électriques et thermiques.

Notre avis, par leblogauto.com

Les discussions autour d’éventuelles coentreprises montrent que le sujet dépasse la simple question tarifaire. Ford semble chercher un compromis entre protection industrielle et anticipation de la concurrence chinoise. La reconnaissance par Jim Farley du niveau technologique des véhicules électriques chinois illustre la réalité du défi. L’inconnue demeure si une ouverture encadrée du marché américain sera politiquement acceptable et économiquement viable.

(6 commentaires)

  1. « le dirigeant aurait évoqué la possibilité d’autoriser les groupes chinois à produire des voitures sur le sol américain via des coentreprises, avec une participation majoritaire américaine et un partage des bénéfices ainsi que des technologies »

    Là encore c’était mon scénario comme exprimé dans un commentaire précédent
    Et c’est exactement ce qui va se passer.

    https://www.leblogauto.com/actualites/ford-depasse-par-byd-un-tournant-mondial/#comments

    A 19h35.

    1. Mais mon pauvre 年獸 , il est facile de comprendre que ça n’arrivera jamais : les co-entreprises devront appliquer les lois US sur la représentation syndicale, les normes comptables de transparence, les impôts fédéraux et locaux, et j’en passe, bref leur prix ne sera plus compétitif du tout.
      Ayant travaillé aux US, je sais que le management et l’encadrement américain sont impitoyables derrière le sourire affiché, et que le pouvoir ne sera jamais partagé avec le management chinois.
      Les codes sont impitoyables : la moindre faute est immédiatement sanctionnée.
      Les marques coréennes se sont implantées aux US car elles y ont installé un management US, un centre de design US en plus des usines. Hyundai et Kia ce sont des marques américaines avec des noms coréens.
      Ce que veulent les Américains ? Des investissements étrangers mais garder le pouvoir. Le management chinois, basé sur la hiérarchie stricte, est inapplicable localement, où on attend initiative et responsabilité de son subordonné.
      Du vent, rien d’autre.

  2. Alors on n’est pas obligé de tout acheter aux chinois. Nos balances commerciales sont déjà largement déficitaires face à la Chine pour en plus se résoudre à leur acheter plus.

    L’exportation à outrance avec une agressivité toute relative fait que les clients que nous sommes vont commencer à aller voir ailleurs.

    Ah oui j’ai oublié dans ce monde capitaliste, nous ne sommes plus des citoyens avec des droits et des devoirs envers le pays où on habite mais seulement des consommateurs exigeants capables de scier la branche sur laquelle nous sommes assis pour faire des économies comme nous enseigne Édouard Leclerc depuis plusieurs années.

    Le sacro saint pouvoir d’achat qui fait qui permet de louer des utilitaires Saic chez Leclerc car le Renault de Sandouville est trop cher pour Édouard.

  3. La co-entreprise, c’est bon quand on aborde un marché fermé et qu’on transfère de la technologie.
    Aux USA, pays du capitalisme – et du made in America, faire une co-entreprise signifiera pour le constructeur chinois d’abandonner tout pouvoir et de faire face aux redoutables syndicats sectoriels.
    Et on ne parle même pas des pressions du courant MAGA.
    Bref, une humiliation impossible pour un dirigeant chinois.
    Ford, C’EST L’Amérique. Et puis le made in USA va faire perdre le principal intérêt de ces véhicules : le prix.
    Jim Farley fait pression sur l’administration Trump, c’est tout. Quand l’option de la co-entreprise sera poliment refusée par les constructeurs chinois, qui auront couru derrière un lièvre, Farley demandera de nouvelles lois protectionnistes au Congrès.

    1. « Ford, C’EST L’Amérique. »
      Les slogans c’est biens. L’analyse c’est mieux

      Ford commercialise des JAC jusheng sous le non de Ford territory
      Ford fait du lobbying pour avoir un partenariat avec un partenaire chinois
      La tech chinoise abscente du marché américain est une parte pour l’industrie auto américaine
      C’est pour ça que le Canada sert de test. Oubli les mises en scènes
      Les américains ont autant intérêt que les chinois de coopérer sur ce coup. Voir plus.
      Les américains ont besoins du transfert de technologie chinois sur place.

      La tech chinoise est déjà présente sur les autos américains (tesla, Ford)

      les Ford électriques utilisent des batteries chinoises CATL avec une usine signée pour construction dans le Michigan (la mach E ). L’usine est entièrement américaine et les Chinois fournissent machines, brevets, personnel pour les batteries

      Tiktok a créé une division usa pour les USA sous contrôle oracle. Les algorithmes bytnance sont mis à disposition usa

      Le photovoltaïque aux USA utilise des brevets chinois y compris dans les machines de productions et procédés importées au USA.

      Tu veux aller plus loin ?
      Les entreprises américaines ont commencé à faire produire de la mémoire flash par des entreprises chinoises CXMT jugée critique.

      Dans le domaine des batteries, la Chine obtient en retour un levier strategique, normatif et financier.
      Elle fait exactement ce que ferait les USA dans une technologie que eux maitriserait : s’assurer de mettre à disposition leur tech pour que mieux l’imposer.
      C’est évidemment plus fin

      Mais la Chine et les USA sur pleins de sujets sont des acteurs pragmatiques, tout en étant nerveux sur le stratégique. L’un n’empêche pas l’autre.
      C’est même ce qu’ils ont toujours fait.
      Sans la Chine, apple tel quon les connait n’auraient jamais existé. Dès le départ, leurs économies.ont été intriquées

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