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Marques disparues, #13 : Ariès, le luxe à la française

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Automobiles Ariès - Charles Petiet

Ariès est l’une de ces marques françaises d’avant la Seconde Guerre Mondiale qui rivalisait sans honte face aux Rolls Royce et autres voitures de luxe.

Tout commence avec la naissance de Charles Petiet le 20 janvier 1879. Il est le fils de Adèle Bricogne et de André, Baron Petiet. Le Baron Petiet a la chance de naître à la bonne époque, dans une famille aisée. Il se passionne pour tout ce qui est mécanique et a le loisir de conduire les premiers véhicules à pétrole.

Diplômé de l’École centrale des arts et manufactures (plus connue sous le nom de Centrale Paris ou Centrale), Charles Petiet créer la Société des Automobiles Ariès en 1903. Le nom de la marque automobile vient du latin aries francisé avec un accent. Aries, c’est le bélier en latin, le mouton non castré d’abord, mais aussi la constellation d’étoiles (en anglais le signe zodiacal du bélier est aussi appelé aries) ainsi que l’arme de guerre.

Ici, nulle référence aux armes du Baron ou de sa famille. L’idée de faire penser à la robustesse du bélier, l’animal ou l’arme. On est au début du XXe siècle et les automobiles sont encore de petites choses fragiles. Le Baron Petiet veut révolutionner tout cela en faisant des voitures robustes et fiables.

La fiabilité comme signature de véhicules luxueux

La marque débute avec une Type A, mais très vite, de nouveaux modèles apparaissent. Ce sont des tonneaux puis des berlines et tous ont un trait en commun : la fiabilité. Les Ariès s’illustrent dans différentes courses. A l’époque, elles se déroulaient sur route ouverte et reliaient différentes villes sur plusieurs jours. Une Ariès 12-15 hp remportera le Concours de Ville, le 22 décembre 1905 à Paris. Le Baron Petiet est un homme de communication avant l’heure. Il fait réaliser des trajets un peu fous (pour l’époque) à ses voitures. Les records tombent et la réputation de fiabilité de Ariès est reconnue publiquement.

A son lancement, Ariès ne fabrique pas ses propres moteurs. Pour motoriser ses voitures, la marque fait appel à Aster, sise à Saint-Denis et déménage alors d’Asnières à Villeneuve-la-Garenne, la commune en face de Saint-Denis. Proximité amusante, Ariès tout comme Aster n’avaient pas de logo. Comme beaucoup d’autres de cette époque, le nom, découpé dans une plaque de tôle, est fixé sur le radiateur. Ici, Ariès et Aster ont des graphies très proches. Aster fournira les premiers moteurs de l’histoire d’Ariès avant que le constructeur prenne son indépendance. Petiet sera Vice-Président de la « Société des compteurs et moteurs Aster ».

Les premiers véhicules sont destinés à de riches familles. Mais, en même temps, Petiet veut démocratiser l’automobile. Déjà, l’entreprise fabrique des fourgons qui seront utilisés par l’armée. En 1905, ils sont capables d’emporter plusieurs tonnes de charge utile. Et Ariès pense aussi à la campagne avec les omnibus. Ce sont historiquement de grandes voitures pour un transport de masse qui fait la tournée des villages en s’arrêtant partout.

Diversification vers les voitures populaires, puis les utilitaires

Le grand écart ne gène pas le Baron qui sort en 1906 la 50HP dont le moteur cubait 12 litres. Rolls Royce a été fondé deux ans auparavant, de l’autre côté de la Manche. La Ariès fait concurrence aux Darracq par exemple (voir l’histoire de Darracq ici). Très luxueuse, elle a une partie découverte pour le chauffeur, installé sur un véritable canapé tandis que les propriétaires passagers sont désormais installés dans une partie entièrement fermée. Un vrai coupé chauffeur.

Ariès foisonne littéralement et les modèles se multiplient. Il faut dire qu’en 1907, Outre-Atlantique, on connaît la « panique bancaire américaine », aussi nommée « Panique des banquiers ». De nombreuses banques et entreprises sont acculées à la faillite aux USA et la crise se propage à l’Europe. Il faut des modèles « populaires ». Ce sera par exemple la Type O. Cette dernière se fait connaître, là encore grâce à une fiabilité exemplaire. Le beau-frère du Baron Petiet relie Paris à Madrid en deux jours, sans ennui mécanique.

Parallèlement à ses voitures, les utilitaires Ariès aussi ont bonne réputation et se vendent partout dans le monde. A cette époque, il n’est pas rare de croiser un bus Ariès à Londres ou New York. L’armée française est une bonne cliente de l’entreprise. Et quand la Première Guerre Mondiale éclate, ce sont 3000 camions Ariès qui participent à l’acheminement des troupes et du ravitaillement vers le front.

Grâce à son savoir-faire dans la construction des moteurs, Ariès assemblera aussi des moteurs d’avions Hispano-Suiza et Petiet sera Président du Groupement Hispano.

Au sortir de la guerre, les utilitaires Ariès perdent en prestige. La concurrence Berliet ou Renault a aussi acquis une solide réputation et les tentatives d’Ariès de rester concurrentiel lui vaudront une partie de sa fin.

Ariès manque le virage des années 20

Côté voiture, les années 20 sont une nouvelle révolution. Les anciennes « calèches automobiles » se transforment en voiture telles qu’on les connaît un peu mieux. Chez Ariès, le virage est un peu difficile. Les voitures du Baron Petiet qui évoluaient dans le milieu du luxe ne sont plus vraiment vendues. L’entreprise tente de faire des voitures encore plus populaire comme une nouvelle 15HP, puis une 8/10CV. Le Baron Petiet se rappelle de ce qui a fait la force de la marque au début du XXe siècle : la démonstration par des épreuves sur route.

Ariès présente la « Grand Sport » en 1925, spécialement pour la compétition. Les moteurs sont gonflés et des Grand Sport 3 litres remportent des coupes et des courses, ou des places d’honneur. En 1926, une Grand Sport 3L termine seconde de la Coupe Georges Boillot (Boulogne sur Mer) derrière une Chenard-et-Walker pourtant motorisée d’un 1,1 l. En 1927, Robert Laly, toujours avec une Ariès Grand Sport 3L remporte enfin la coupe Boillot.

Galerie : l’évolution d’Ariès en compétition

1927 est une grande année pour Ariès en sport automobile. Laly remporte la Coppa Florio qui cette année-là se dispute à Saint Brieuc et non en Italie. Robert Laly a commencé en étant mécanicien de bord de Jean Chassagne. Devenu pilote lui aussi, il s’aligne avec son ami sur différentes course d’endurance. La paire mène une Ariès Grand Sport à la troisième place des 24 heures de Spa 1927 remportées par le Belge Caërels et le Français Sénéchal sur une Excelsior (constructeur Belge).

Tous les deux sont au départ des 24 heures du Mans, toujours en 1927 et toujours avec Ariès. Après 22 heures de course, l’Ariès pointe largement en tête sur le circuit des 24 heures avec plus de trois tours d’avance. Leur Ariès 3L dite « surbaissée » connaît des ratés moteurs au 122e tour. Chassagne connaît une sortie de piste et c’est l’abandon. Bentley remporte l’épreuve devant deux Samson GS. Pour l’anecdote, Laly et Chassagne ont parcouru plus de tours que les Samson GS (122 contre 116 et 115), autre marque française disparue. Mais l’abandon les fait reculer au 9e rang.

Pour Ariès, cela commence à être difficile. Ces victoires ou accessits en sport auto sont l’arbre qui cache la forêt. Les utilitaires Ariès ne se vendent plus. Renault et Berliet sont les grandes marques de l’époque, mais aussi Unic qui va se consacrer uniquement aux utilitaires.

Tenter de fédérer les artisans

Le Baron Petiet tente un dernier coup de poker : simplifier une gamme pléthorique. Ce qui a fait sa force avant-guerre est ce qui mène la marque à sa perte. Mais une nouvelle crise économique est là : 1929. Ariès subsiste tant bien que mal dans une industrie automobile française qui vit ses premières disparitions importante ou concentration de marques.

Petiet tente de créer une alliance. Il cherche à fédérer autour de lui tous les constructeurs qui tirent la langue face aux industriels. L’industrie automobile augmentent les cadences, fait baisser les coûts et les populaires artisanales ne peuvent rivaliser. Hélas pour Petiet et Ariès, personne ne le suit. Certains quittent l’automobile (Unic par exemple) d’autres tentent l’aventure de la fusion.

Mais, le Baron Petiet a son orgueil pour lui et sa fierté. Au lieu de se faire racheter ou d’accepter une fusion forcée, il liquide la société des automobiles Ariès en 1938 après 35 ans d’existence.

Peu de modèles ont été produits, et peu sont arrivés en bon état jusque à nous. Dans la collection Baillon vendue en 2015, une Ariès Type CC4S coach de 1930 dans un état…déplorable, s’est vendue 17 400 €. Une Ariès CB 4 (L) de 1929 en très bon état et vendue par les descendants du baron Petiet ne s’est vendu que 37 000 € en 2014. Côté musées, un très beau Torpedo Ariès 3 litres de 1913 est exposé à Talmont-Saint-Hilaire au Musée de l’Automobile de Vendée. Pas très loin, à Ciré d’Aunis (17), une Ariès CC4S Berline de 1929 dans son jus est exposée.

On ne refait pas l’Histoire, mais sans doute que si le Baron Petiet n’avait pas cherché la diversification à tout prix, Ariès aurait pu survivre sur le créneau du luxe. Au moins jusqu’à la Seconde Guerre Mondiale puisque après, le Plan Pons a ruiné l’industrie automobile française.

Charles Petiet, un homme essentiel de l’automobile française

Toute sa vie, le Baron Petiet a tenté de fédérer l’industrie automobile, métallurgique, motoriste autour de lui. Pendant l’existence de la marque Ariès, mais même après.

Petiet a même été Président du Comité du Salon de l’Automobile de 1919 à 1958, année de sa mort. Il fut également Président (1918-1953) de la Chambre syndicale des constructeurs automobiles qui est devenu le CCFA (Comité des constructeurs français d’automobiles) en 1990. Il a fondé en 1935 l’Union routière de France (URF) qui existe toujours et dirigé l’une des confédérations de patrons.

Charles Marie Jules, Baron Petiet, décède le 1er octobre 1958 après une vie consacrée à l’automobile et à l’industrie. Le lycée professionnel de Villenneuve-la-Garenne porte son nom. Le lycée prépare aux CAP, BAC Pro, BTS en mécanique des véhicules, mécanique des matériels, carrosserie (construction ou réparation), Peinture.

Pour ceux qui veulent en apprendre plus encore sur Ariès et le Baron Petiet, il y a un livre de Jean Sauvy « Les automobiles Ariès 1903-1938 – Une marque, un homme, une époque » (1999).

Crédit photo : Galica (BNF) domaine public
Thomas Bersy
Alden Jewell

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2 Commentaires sur "Marques disparues, #13 : Ariès, le luxe à la française"

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SAM
Invité

Eh bien année folles et entre deux guerre riment souvent avec excellence du luxe automobile français… C’est assez bizarre qu’une marque qui parle luxe n’arrive pas au début des années 1920 à prendre ce « virage ». Je ne connaissais pas ce label. Comme quoi l’industrie automobile française est toujours aussi riche de son passé!

gigi4lm
Invité

@SAM, ce n’est pas spécifique à la France.
Que reste t il aujourd’hui ? Rolls Royce, Bentley (qui à l’époque était plus une marque sportive que luxueuse) et, dans une moindre mesure, Mercedes. Les autres (Aston Martin, Ferrari …) sont plus récentes.
La crise de ’29 est passée par là et a laissé un grand nombre de marques de prestige sur le carreau, la guerre c’est chargée du reste.

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