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Termes d’automobile : un break ou un brake ?

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1958 AMC Ambassador 4-door pillarless hardtop station wagon

Une seule carrosserie pour au moins quatre noms différents. Dit-on break ? Brake ? Estate ? Ou bien même station wagon ? Et surtout, d’où viennent ces noms ?

Si certaines carrosseries automobiles ont des noms plus ou moins claire, toujours issus du monde hippomobile, le break/brake, lui apporte toujours de la confusion. Confusion qui vient depuis l’origine de son nom.

Dressage des chevaux et faux-anglicisme

Au XVIIe siècle, on voit apparaître de petits véhicules hippomobiles très légers et très simples. Ils n’ont pas de siège (ou un seul, rudimentaire), pas de caisse à l’arrière. Ils ne servent pas à transporter quoi que ce soit. Non, ils sont destinés à habituer les jeunes chevaux à être attelés et à tirer un chariot. En clair, à « casser » le cheval. D’où le mauvais emprunt à l’anglais (ou faux-anglicisme) de « break » pour casser, rompre.

Mais, pour ne rien arranger, ce véhicule de dressage au travail est connu en Angleterre sous le nom de… »horse-drawn brake » ou en plus court, un brake ! Et voilà l’origine de la confusion et de discussions sans fin, dès le XVIIe siècle. Au fil du temps, ces breaks/brakes s’agrémentent de caisse pour transporter des marchandises, puis de bancs installés de chaque côté de la caisse. Le break est principalement utilisé à la campagne, pour transporter des personnes le temps d’une balade, ou des objets. A l’origine, c’est un petit véhicule roturier simple, et surtout polyvalent.

Une version spécifique est alors créée pour certaines familles nobles ou fortunées, en Angleterre. Ces familles pratiquaient la chasse, à cours ou non. Pour transporter rapidement les chasseurs à pied et leurs animaux, on les installait dans un break tiré souvent par quatre chevaux. Ainsi naît le « shooting-brake » en Angleterre, un « brake » destiné à la chasse. En retraversant le Channel, ce shooting-brake devient break de chasse. Mais, pour le moment, nous sommes toujours en hippomobile.

Transposé immédiatement à l’automobile

L’automobile naît au début des années 1870 en France, puis commence à se répandre petit à petit. Les breaks/brakes sont transposés à l’automobile et on pourra par exemple parler de la Peugeot Type 10 break. Cette dernière dispose d’un siège pour le « chauffeur » (sans volant d’ailleurs) et à l’arrière, de deux banquettes simples en vis-à-vis qui peuvent être protégées par de simples rideaux en plus du toit en dur.

Peugeot Type 10 Break 1894

Au tournant du XXe siècle, la puissance des moteurs thermiques permet d’envisager de « bouger » autre chose que deux passagers. Berliet, Renault, et consorts ont lancé commercialement leur gamme de camions (charge utile de 1 tonne environ).

Du côté de l’automobile, certains carrossiers mettent sur des châssis, des carrosseries de break/brake pour la campagne, mais pas seulement. Ces premiers véhicules « commerciaux » permettent là encore de transporter des marchandises à l’arrière, ou exceptionnellement des humains, dans un confort rudimentaire. Souvent, le ou les bancs sont recouverts d’une assise matelassée amovible. Le constructeur écossais Albion Motors fondé à Glasgow en 1899 s’était fait le spécialiste des « brakes » et « shooting-brakes ». Il proposait ces carrosseries au côté de ses phaétons ou doubles phaétons. Cela dura jusqu’en 1915, date à laquelle il bascule vers le véhicule commecial (camions, bus, etc.).

Là encore, l’aristocratie ou la noblesse anglaise se distinguera en commandant des shooting-brakes, toujours pour aller à la chasse (mais ils ne s’appellent pas « hunting brakes » pour autant). Ces shooting-brakes ou breaks-de-chasse, évolueront avec la pratique de la chasse. De plus en plus individualiste, le transport de « troupe » est oublié au profit d’un break-coach élancé dont Lynx (Jaguar XJ-S) ou Volvo (P1800 ES) seront les fers de lance. Le côté « break coupé/coach » est théoriquement obligatoire pour un shooting-brake, mais désormais, il fait partie des termes automobiles galvaudés au même titre que le « coupé ».

La Rolls Royce Silver Ghost Shooting Brake par Croal&Croal 1910

L’une des plus anciennes Rolls Royce avec sa carrosserie d’origine

Parmi les premiers modèles, les carrossiers « John Croall & Sons Edinburgh » (ou Croall & Croall) fondés en 1850, ont carrossé en 1910 pour John Charles Montagu Douglas Scott, le 7e Duc de Buccleuch et 9e Duc de Queensberry, membre de la famille royale, une Rolls Royce 40/50-HP Silver Ghost en shooting-brake. La caisse en bois (ce qui donnera le surnom de woody NDLA) dispose de différents rangements extérieurs sur les côtés ou une galerie sur le toit, pour les fusils, et équipements pour la chasse. Des marchepieds sont également mis tout autour du véhicule pour permettre d’emporter plus de personnes. Le véhicule est exposé au fameux Louwman Museum aux Pays-Bas.

Pour ne rien arranger à nos affaires, différents termes automobiles ont été créés pour désigner des breaks. Déjà, un break avec des sièges arrières latéraux non amovibles, sera préférentiellement appelé « wagonette » (même en anglais !). En cela, la Peugeot Type 10 est en fait une wagonette. Et les shooting brakes sont finalement des wagonettes spéciales…

Mais, surtout, en colonisant le monde, l’automobile a acquis des spécificités locales. Ainsi, en Angleterre, les brakes sont devenus peu à peu des véhicules pratiques pour transporter à la fois des personnes et leurs bagages, entre les gares et les résidences, principales ou secondaires. Une propriété à la campagne en anglais, c’est « a country estate ». Les brakes sont donc également appelés « estate car » ou en plus court, « estate ». Voilà comment un nouveau terme qui n’a pas de lien avec l’automobile devient une appellation encore aujourd’hui utilisée. Renault nomme commercialement ses breaks par ce terme d’Estate.

Une Reliant Scimitar GTE 3 litres de 1973

Maison de campagne ou gare ferroviaire ?

Cette même caractéristique du break, va donner un autre nom, Outre-Atlantique. En effet, aux Etats-Unis, c’est la gare qui retient l’attention. Comment cela ? Et bien simplement en renommant ces véhicules pour transporter les bagages et les personnes à la « station », des « station wagon ». Là aussi, ce terme reste très vivant et a même retraversé l’Atlantique avec par exemple, Peugeot nomme sa 308 break ou sa 508 break du sobriquet « SW », raccourci du « Station Wagon ». On pourrait arguer qu’en matière ferroviaire, un wagon transporte des marchandises ou des bêtes, tandis que les voitures d’un train transportent les passagers humains.

Au break (France), brake (Angleterre), estate (Angleterre) et station wagon (U.S.A.), s’ajoute également le « Kombinationskraftwagen » allemand. Plus connu dans sa version courte, le kombi est l’équivalent de notre break. Hélas, pour ne rien simplifier, il existe aussi le terme « caravan » (comme pour l’Opel Olympia Record Caravan). Un terme qui sera même utilisé comme nom propre d’un véhicule par Dodge, avec le Dodge Caravan (clone du Chrysler Voyager) qui n’est pas un break, mais un monospace. Argh !

On passera rapidement sur les appellations modernes et commerciales comme « tourer », « touring », « sport tourer », « avant », ou même « variant ». Chez nous, la Citroën DS break a pris des appellations comme « familiale » ou « safari ». Les Ami, GS et GSA, toujours chez Citroën, commerciales (ou van) appelées « service », étaient également disponibles en « service vitrée », sorte de shooting-brake, mais avec deux places à l’avant.

Studebaker Wagonaire 1963-1966

Des accès arrières tout aussi divers que les appellations

Les noms ne sont pas les seules différences entre chaque break. En effet, l’accès à la partie dite cargo ou de chargement varie selon les modèles. Les premiers breaks étaient ouverts aux quatre vents. L’accès se faisait souvent par une petite porte arrière. Avec la fermeture progressive par vitrage et carrosserie, il a fallu inventer un accès.

Deux des premiers accès furent des portières simples ou des demi-portières. Ces éléments à charnières verticales se retrouvent encore sur nos fourgons modernes, mais aussi sur certains modèles de breaks comme la première Dacia Logan MCV (Multi Convivial Vehicle) avec des portières asymétriques. A noter que désormais la Logan MCV est passé au hayon. Le MINI Clubman conserve en revanche l’ouverture arrière par deux portières symétriques.

Aux USA, les station-wagons ont souvent eu des ouvertures verticales en deux parties dans les années 60. Le haut vitré s’ouvrant indépendamment d’une partie basse tôlée, et s’ouvrant vers le bas. Le premier Peugeot 3008, près de chez nous, possédait une telle ouverture. Côté pratique, cela crée une sorte de « plateau » pour un chargement plus pratique, ainsi qu’une ouverture rapide par la partie haute seulement pour récupérer ou déposer quelques affaires.

Certains modèles comme la Pontiac Grand Safari, ou la Buick Estate dispose d’un système dit « clamshell » où la vitre remonte électriquement, puis la partie tôlée s’escamote dans le pare-choc arrière (voir vidéo ici).

La Volvo P1800 ES, sans doute l’un des break de chasse les plus beaux jamais produits (signé Frua), possède pour sa part un accès arrière avec uniquement la vitre arrière qui se soulève.

La Volvo P1800 ES avec son accès arrière vitré

Les ancêtres des SUV

Désormais, le hayon vertical qui emporte à la fois la partie vitrée et tôlée est la nome pour les breaks. Un petit manque de diversité qui contraste avec le foisonnement d’idées qu’il y avait par exemple dans les années 60. On citera la Studebaker Wagonaire avec une vitre qui descendait dans la partie basse façon vitre latérale, une partie basse qui se basculait comme une ridelle de pick-up, et surtout, un toit qui s’escamotait vers l’avant pour dégager une immense partie arrière, à même de jouer les aires de pique-nique.

Alors, doit-on dire un break de chasse, mais un shooting-brake ? Oui certainement. Un station-wagon uniquement lorsque l’on se dirige vers, ou revient de la gare chargé de bagages ? Toujours est-il que break, brake, wagonette, familiale, avant, estate, station-wagon ou SW, et tous les dérivés commerciaux sont des breaks. Ces véhicules bicorps (la partie chargement est inclue dans la partie passagers) seront aussi à l’origine de véhicules très à la mode de nos jours, les « sport utility vehicles » ou SUV. Mais cela, c’est une autre histoire.

Illustration : en-tête CZmarlin, autres domaine public ou libre de droit

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24 Commentaires sur "Termes d’automobile : un break ou un brake ?"

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Claudy
Invité

Il est aussi amusant de constater que Renault utilisé le terme Estate en France, mais Grandtour ailleurs en Europe.

SAM
Invité

Audi c’est l’Avant. Renault c’est l’Estate pour d’autres c’est le Station Wagon. Le SW détourné en monospace compact …

SAM
Invité
gigi4lm
Invité

La différence évoquée dans le lien me parait discutable.
Mais puisque @Thibaut Emme nous promet un article sur le sujet on pourra en discuter.

SAM
Invité

Pour moi un label comme AMC a fait basculer la physionomie du break dans des déclinaisons hautement funky :
– le mythique AMC Eagle Wagon :
https://i.pinimg.com/originals/be/8b/f4/be8bf416bc01d8028f07f7c2c9f5a9e6.jpg
– et la mythique AMC Pacer :
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/e/e6/AMC_Pacer_rear.jpg

Ou encore l’AMC Matador Break …

AMC a inspiré et inspire de nombreux labels. Assez déçu que FCA ne soit pas en mesure de faire des revivals de ces autos. AMC c’est un peu Subaru qui en a repris la philosophie, le coté ligne de bonhomme en moins.

L’autre marque du break c’est Volvo!

gigi4lm
Invité

AMC, Volvo … et chez nous Peugeot.
Dés les années 50 la 203 fourgonnette était, avec sa concurente plus ancienne Juvaquatre, le véhicule préféré des commerçants ambulants (entre autres les boulangers).
Les 404 et 504 break prirent le relais. Je vois toujours dans les souks du sud Maroc des 404 break transportant à intérieur et sur leur galerie de fortune de quoi remplir un Carrefour Market 😀

DiZeL
Invité

Ne pas oublier chez Peugeot les 505 « Familiale » 8 places, plébiscitées par les bons bourgeois pères de familles nombreuses.

Invité

Je préfère me « contenter » du non moins mythique Volvo P1800, moi 😮

wizz
Membre
KifKif
Invité

Salut Wizz, ton deuxième lien a essayé de charger quelque chose sur ma machine : Chelou

wizz
Membre
KifKif
Invité

403 – Forbidden, Mais merci, laisses tomber, quand cela veux pas…
😉

KifKif
Invité

Merci Wizz, finalement, malgré le message d’erreur, j’ai eu accès au German-Scrabble 😀

Albert
Invité

À propos des ouvertures de hayons marantes, il y avait la Simca 1300-1500 break avec vitre descente dans le hayon grâce à une manivelle extérieure.
Lorsque j’etais petit un maraîchais en utlisait une jusqu’au début des annés 90 sur le marché de Castres.

Docteur_Oliv
Invité

Un ami de mon père m’avait passé son Break 1301 Spécial pendant la canicule de 76 et sans la Clim, le chien était très content car il restait sur la banquette AR avec un peu de vent car j’ouvrais la glace de 3 / 4 cms ce qui extrayait bien l’air…

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