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Le « best damn garage in town » n’est plus

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C’est un bout de l’histoire du sport automobile US qui est parti en fumée lundi, à quelques jours du dixième anniversaire de la mort de « Smokey » Yunick. Pour certains, ce n’était qu’un vieux garage de Daytona, fermé depuis longtemps et en ruine. Pour les autres, c’était « the best damn garage in town ».

Henry Yunick est né en 1923, « près de Maryville », dans le Tennessee. Ses parents partent peu après au fin fond de la Pennsylvanie. Il y connait le destin typique du futur mécano: un père mort alors qu’il est enfant, l’école abandonnée pour le remplacer à la ferme et faute d’argent, des machines bricolées par lui-même.

A 16 ans, c’est une bécane de course qu’il bricole. Ses notions de mécaniques sont rudimentaires, mais il place le moteur très bas afin d’abaisser le centre de gravité. « Yunick » est trop compliqué à retenir, alors ses camarades l’appellent « Smokey », rapport à la propension de sa mécanique à partir en fumée…

Lorsque la guerre éclate, il s’engage et devient pilote de B17. Il baptise son zinc le « Smokey Stover » et ses équipiers les « firemen ». Dans la grande tradition de Yunick, il y a une entorse au règlement: les numéros ne sont pas au bon endroit et le nom du pilote n’est pas inscrit.

Il est ensuite embauché pour une tournée en P51 Mustang, afin de lever des fonds. D’après la légende, c’est lors d’un vol au dessus de Daytona, en Floride, qu’il décide de s’installer là. C’est plus sympa que la Pennsylvanie, non?

Il y ouvre un atelier de vente et de réparation d’utilitaires. Slogan: « The best damn garage in town » (le meilleur foutu garage de la ville.)
Entre deux réparations, Yunick dévore des livres. Il veut tout connaitre de la mécanique et de l’aérodynamique.

Hasard ou coïncidence, c’est à Daytona que le Nascar nait. Pilotes, mécaniciens et organisateurs habitent presque tous là.

Marshall Teague est l’un des brillants animateurs de la discipline. Mais il est souvent trahis par sa mécanique avant le drapeau à damier.
En roulant dans la ville, il est intrigué par l’enseigne du garage de Yunick. Il s’arrête et discute avec le propriétaire. Ce dernier n’a jamais préparé de voiture de course, mais il lui promet de lui construire un bolide.

L’Hudson « revue par Yunick » est engagée à Darlington et Teague s’impose. « Smokey » devient son préparateur attitré.

Yunick équipe son atelier en machine-outils et en bancs de tests. Le garage mérite bien son nom et il devient LE lieu de rendez-vous du paddock. En plus, avec ses « damn », ses « ass » et autres « sonofabitch », le taulier assure le spectacle!

Avec Bill France Senior, l’autocrate à la tête de la série, le courant passe mal. Yunick accuse France de lui envoyer des espions, afin de noter ses trouvailles, puis de les interdire.
D’autres disent qu’au contraire, Yunick a tendance à parcourir inlassablement le règlement afin d’y noter ce qu’il n’est pas (encore) interdit de faire.

En 1952, Teague convainc Hudson d’engager une voiture pour la Carrera Panamericana. Yunick est évidemment son chef mécanicien. Pour la première fois depuis la fin des hostilités, il quitte les Etats-Unis.

Ils partent à 3 voitures (l’Hornet de course, une dépanneuse et une Hornet pour les pièces) et 4 hommes (Teague, son co-pilote, Yunick et le fils de l’importateur Mexicain en guise de traducteur.) Cela tourne à l’épopée entre hôtels de passe en guise de lieu de repos, routes défoncées (avec des « coupeurs de route »), policiers corrompus, spectateurs inconscients, etc.
Cela donne envie à Yunick d’y retourner!

Sur le chemin, ils demandent des reçus pour se faire rembourser chaque dépense. Hudson refuse de leur payer les notes d’hôtels avec « prestations ».

En 1955, il est recruté par Chevrolet comme chef-mécanicien pour la Nascar.

A l’époque, les qualifications pour Daytona consistent en des allers-retours sur la plage. En 1957, Yunick découvre qu’à plein gaz, il y a trop d’air qui entre dans les arrivées et le moteur perd en puissance. Solution: la voiture de Paul Goldsmith est équipée de discrètes trappes qui ferment l’arrivée d’air. D’où un mélange plus riche dans les carburateurs. Goldsmith est ainsi le plus rapide.

Goldsmith tente sa chance à Indianapolis et Yunick le suit. Il découvre un monde où il n’est pas « connu » et où le règlement est assez mince…

Très vite, il s’impose comme l’un des meilleurs préparateurs d’Indycar et Jim Rathmann remporte les 500 miles d’Indianapolis 1960 grâce à lui.

Il se lie d’amitié avec John Z. De Lorean et le voilà en charge des Pontiac de Nascar.

A ses pilotes, il conseille de souder et leur promet que « normalement, ça devrait tenir. »

En 1962, à Daytona, ça tient, pour « Fireball » Roberts!

A Indianapolis, cette même année 1962, Yunick est le premier à monter un spoiler sur une voiture.

En 1964, il va encore plus loin avec la « Hurst Floor Shift Special ». Puisqu’Indianapolis est un ovale, pourquoi ne pas construire une voiture asymétrique? La Hurst Floor Shift Special (du nom de son sponsor) est une espèce de torpille équipée d’une nacelle sur le flanc gauche. Le moteur est au centre. Le pilote se glisse dans la nacelle.
Hélas, Bobby Johns l’envoie dans le mur aux qualifications. Indianapolis précisera ensuite que le pilote doit être dans l’axe central de la voiture.

Yunick se découvre une nouvelle passion: la prospection minière. Il abandonne Indianapolis pour partir de longs mois en Equateur.

A Daytona 1966, Curtis Turner pilote une drôle de Chevrolet Chevelle. Les commissaires découvrent que Yunick en a réduit la carrosserie au 7/8e!

En 1968, il se lance brièvement en Transam. L’absence de succès de sa Camaro (pilotée par Goldsmith) l’incite à renoncer.

En 1970, il se brouille définitivement avec Bill France Senior. Les deux hommes habitent à un jet de pierre, mais ils ne se reverront presque plus.

Là encore, les versions divergent. France en aurait eu marre de la filouterie permanente du mécano.

Yunick préfère dire que France n’écoutent pas ses idées sur la sécurité. Il a été marqué par l’accident mortel de « Fireball » Roberts. Ca lui a donné envie d’inventer la barrière mobile de sécurité et plus tard, la barrière gonflable (aujourd’hui utilisée en Moto GP.)

Il revient à Indianapolis avec un Chevy small-block, le « Mouse motor » et aligne chaque année une voiture, jusqu’en 1975, lorsque les turbo deviennent obligatoires.

Le « Mouse motor » sert de base à V6 Buick. Installé dans une Buick Roadmaster, Cale Yarborough le teste à Riverside, en 1979.

Après la prospection, Yunick se jette à corps perdu dans les nouvelles énergies.

En 1984, il construit une Pontiac Fiero dont le moteur fonctionne à l’air comprimé.

Au milieu des années 80, il décide de prendre sa retraite et ferme le « best damn garage in town ».

Atteint de leucémie, il meurt en 2001.

Il a toujours refusé de devenir une star ou que son garage soit transformé en musée. A sa demande, toutes ses affaires sont dispersées lors d’une grande vente aux enchères, en 2002.

Néanmoins, on prétendait qu’il restait encore des moteurs de compétitions et des reliques dans le garage. Hélas, il n’en reste plus rien du tout.

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10 Commentaires sur "Le « best damn garage in town » n’est plus"

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Alexandre
Invité

Merci de nous faire partager cette histoire !

Flooo!
Invité

Belle histoire, merci!

Chapichapo
Invité

A quand un article avec des photos visible complètement sans devoir aller sur le site ?

SVP faite une mise a jour de l’appli pour iPhone

Merci d’avance et merci pour cette article de l’histoire automobile et personnel de l’Amérique

Raph
Invité

Cool comme articles.

The fabulous Hudson Hornet… Hahahaha je croyait « inculte, je sais » que c’étais une invention pour le film Cars. lol

ikloh
Invité

moi aussi………………….oui, j’ai honte.

leelabradaauto
Invité

les passionnés n’ont pas de frontières, sauf que les meilleures autos de courses sont européennes…et que nous sortons tout juste de l’âge d’OR de l’automobile – (la chevelle en 7/8: il avait tout compris!) – Merci Joest pour la belle histoire

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