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    Accueil » Elle n’a jamais couru ép. 13 : Larrousse LH95, chant du cygne
    Formule 1

    Elle n’a jamais couru ép. 13 : Larrousse LH95, chant du cygne

    Thibaut EmmeThibaut Emme3 avril 202010 commentaires
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    Avant d’attaquer la partie concernant la LH95, il convient de revenir sur l’histoire de Gérard Larrousse et de son écurie. Elle est le symbole d’une France et de ses politiques qui ne veulent plus de Français en F1, ainsi que d’une transformation de ce sport opérée au milieu des années 90.

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    Gérard Larrousse, Lyonnais né en 1940, a débuté sa carrière de pilote par le rallye. Très bon sur asphalte, il remporte le Tour de Corse 1969 au volant d’une Porsche 911 R (avec Maurice Gelin en copilote), profitant d’une erreur du favori et tenant du titre, Andruet sur Alpine A110. Il grimpe également sur plusieurs podiums dont trois secondes places au Monte Carlo, excusez du peu.

    Parallèlement, il commence à se tourner vers l’endurance, toujours avec Porsche (12H de Sebring, 1000km du Nürburgring). Le point d’orgue vient aux 24 Heures du Mans qu’il remporte haut la main en 1973 et 1974 en compagnie de Henri Pescarolo au volant d’une Matra-Simca MS670 à moteur V12 maison.

    Il a participé également au championnat de Formule 1 en cette même année 1974. Mais ces deux grands-prix restent anonymes. Il passe alors de l’autre côté du mur et devient directeur de Renault Sport en rallye, en endurance, puis en Formule 1. L’écurie de F1 au losange vit alors ses dernières heures en tant qu’équipe usine, on est en 1984/85.

    Directeur, puis propriétaire d’écurie

    Gérard Larrousse devient le directeur de l’écurie Ligier en 85 et 86. Mais, ce qui nous intéresse c’est la création de l’écurie Larrousse-Calmels. Le Français se lance pour le championnat 1987. Il profite du retrait de Haas-Lola pour signer un partenariat avec le constructeur britannique. Le premier châssis, le LC87 est mû par un vaillant V8 Ford atmosphérique (n’étant plus bannis, les atmos font leur retour). Les résultats ne sont pas mauvais. Philippe Alliot, avec qui il a travaillé chez Ligier marque 3 points pour l’écurie. Dalmas aurait dû en marquer 2, mais l’écurie n’engageait officiellement qu’une seule voiture au championnat.

    L’écurie Larrousse va continuer ainsi, bon an mal an, durant plusieurs saisons avec Lola. Sauf qu’il y a des impayés et Lola se brouille avec Larrousse. Pour la saison 1990, les deux ex-partenaires continuent quand même, faute de temps pour lancer un autre projet. C’est une très belle saison et Larrousse termine 11e. Mais, il y aura un violent coup de poignard de la part de Balestre. Alors Président de la FISA (Fédération Internationale du Sport Automobile), Balestre se débrouille pour faire disqualifier l’écurie du championnat 1990.

    Le coup de Jarnac

    Si tout le monde savait que le châssis était fait par Lola Cars, officiellement, l’écurie ne le spécifiait plus sur son engagement en F1. Vice de forme. La très belle 6e place acquise sur la piste est balayée. Avec elle, les subsides de la F1 qui ouvre béant le trou dans lequel Larrousse va tomber. En 1991, l’écurie devra en passer par les pré-qualifications à chaque grand-prix. Très dur.

    Le déclassement de Larrousse permet à Ligier, 11e sur la piste, de passer 10e et de rester dans le cercle fermé des « dix de la FOCA ». Comme par hasard, l’écurie Ligier est dans les petits papiers de l’hôte de l’Elysée d’alors, François Mitterrand. Rappelons que Ligier est à Magny-Cours (circuit voulu par le Président Mitterrand) quand Larrousse est à Signes (Var) à côté du Castellet-Paul Ricard. Il n’en faudra pas plus pour que la rumeur de coup monté ne bruisse..et ne bruisse encore maintenant.

    En 1991, faute d’argent, la saison est mauvaise et la 11e place prive encore l’écurie de rentrées d’argent (il fallait finir dans les 10 premiers du championnat constructeurs). Placée en redressement judiciaire, l’écurie se tourne alors vers Venturi qui devient actionnaire majoritaire pour une saison. Le gerfaut fournira un châssis pour la saison 92. Pour 1993, Venturi arrête les frais, et la décision est prise de faire ses propres châssis. La LH93, évolution du châssis Venturi est née. Elle conserve le Lamborghini V12 (lire : Elle n’a jamais couru, épisode 12 : la « McLambo »). Le moteur est désormais au point, mais, pendant que Prost et Williams-Renault écrasent le championnat, Larrousse se retrouve en fin d’un peloton qui est déserté.

    La LH94 n’y change rien, 2 petits points dans une saison marquée par les drames d’Imola. Depuis la loi Evin, alcool et tabac sont interdits sur les F1 et les finances des petits s’en ressentent. L’écurie Larrousse est exsangue malgré un sponsor titre (Tourtel) et des pilotes payants qui remplacent les titulaires Beretta et Comas.

    Le chant du cygne

    C’est dans ce contexte particulier qu’a commencé le développement de la LH95. Il fut un temps envisagé de retourner voir les gens de Lola Cars. Mais le différent financier est encore dans les mémoires et il est impensable que Lola fournisse un châssis.

    Gérard Larrousse tente alors d’entraîner Jean-Paul Driot dans l’aventure de la F1. DAMS est en Formula 3000 Internationale et dispose d’un châssis Reynard pour un éventuel passage en F1. Hélas, Driot envoie une fin de non-recevoir à Larrousse. DAMS n’ira pas dans l’immédiat en Formule 1.

    Résultat, l’écurie doit prendre le châssis de la LH94 et l’adapter aux règles de 1995. Robin Herd (co-fondateur de l’écurie March) est à la tête du département technique de Larrousse depuis 1992 et l’arrêt de l’écurie March. Chez Larrousse, on fait parti des différentes écuries qui vont frapper à la porte du Gouvernement Français pour réclamer des aides financières. La loi Evin (entre autres) a coupé les ailes de ces structures et la F1 fait sa révolution en écrémant par le bas son plateau. 16 écuries en 1987 quand Larrousse se lance, 21 en 1990, plus que 14 en 1994.

    « Balladur m’a tuer »

    Pour aider le sport français en difficulté suite à la loi Evin, un fond spécial a été créé et abondé par une taxe (spécialité française s’il en est). Les millions de Francs sont distribué à la moto, à la voile, et à l’automobile. Mais, la F1 n’y a pas droit. Jean-Marie Balestre, encore président de la FFSA (Fédération Française du Sport Automobile) tente de convaincre le Premier Ministre de l’époque, Edouard Balladur, d’aider les écuries Françaises de Formule 1 : Ligier et Larrousse.

    L’argent de l’état ne viendra pas. Pire, Balladur décide de diviser par presque 3 le montant global des aides. La France politique se moque de la F1. Les gouvernants viennent d’achever la privatisation de ELF Aquitaine, grand mécène de la F1 et du sport auto français pendant des années. Celle de Total a été faite deux ans avant. Et désormais depuis 1991, le cigarettier SEITA (qui sera privatisée en 1995) ou les alcooliers ne peuvent plus non plus soutenir directement le sport automobile.

    En 1994, Kronembourg, Elf et la SEITA abondaient encore au budget de Larrousse. La LH94 changeait de couleurs et de sponsors au gré des interdictions locales pour les grands-prix. Pour 1995, il semble que Larrousse devra se débrouiller sans ses aides désormais privatisées. Peugeot qui s’est lancé en F1 avec McLaren se retrouve sans écurie après le contrat cassé par Ron Dennis. On eut pu penser que le lion viendrait à la rescousse de Larrousse. Que nenni, c’est vers Jordan qu’il se tourne. Même Renault, qui a pourtant eu Larrousse en directeur d’écurie ne fournit pas de moteur, fournissant Williams et Benetton.

    La dernière d’une époque

    On est à deux semaines du grand prix du Brésil qui ouvrait alors la saison. Sans argent, et avec une seule voiture construite, et Cosworth qui veut se faire payer avant la livraison du moteur, Larrousse doit déclarer forfait pour les deux premières levées du championnat, le Brésil le 26 mars et l’Argentine le 9 avril 1995. Petronas veut bien venir aider l’écurie, mais elle doit s’engager en grand-prix. Les créanciers toquent à la porte de l’écurie et même d’anciens soutiens comme Patrick Tambay attaquent Gérard Larrousse qui leur doit de l’argent.

    L’ancien pilote reconverti en patron d’écurie doit jeter l’éponge pour la saison 1995. Il promet de revenir en 1996 mais ne le pourra jamais. L’écurie fait faillite et c’est la fin des écuries françaises de Formule 1 ! En effet, AGS a cessé ses activités à peine la saison 1991 entamée, et Ligier, toujours officiellement française, vient d’être sauvée par Tom Walkinshaw et Flavio Briatore.

    De la LH95, point d’image. La voiture pourrait avoir roulé en essais privés mais rien n’a jamais filtré. On est juste certain qu’il y a bien eu un exemplaire d’assemblé et on ne peut que supposer qu’elle ressemblait fortement à la LH94 dont elle était issue. La fin de l’écurie Larrousse correspond au tournant de la F1 qui ne veut plus d’amateurs dans ces rangs. Elle ressert le plateau et impose des conditions de plus en plus difficiles à suivre pour les petites écuries.

    Quant à Gérard Larrousse, il est le Président du Club International des Pilotes des 24 Heures du Mans et on peut le croiser à l’occasion, entre autre, des 24H du Mans (ici en 2019 remettant un trophée à Monsieur Jacky Ickx – photo Club International des Pilotes des 24 Heures du Mans).

    Illustration : wikimedia sauf dernière « Club International des Pilotes des 24 Heures du Mans »

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    Thibaut Emme

    Thibaut Emme est journaliste automobile et auteur pour Le Blog Auto, média spécialisé dans l’actualité auto, les essais de véhicules, les voitures électriques et l’industrie automobile créé en 2004. Depuis 2011, il couvre les nouveautés des constructeurs, les évolutions du marché automobile, les technologies liées à l’électrification ainsi que les enjeux réglementaires du secteur. À travers ses analyses et articles spécialisés, il décrypte les tendances qui façonnent la mobilité moderne.

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    10 commentaires

    1. Commandant Tour on 3 avril 2020 13h59

      le projet DAMS F1 est il aussi prévu?

      Reply
      • Thibaut Emme on 3 avril 2020 14h06

        Il se peut…

        Reply
      • Commandant Tour on 3 avril 2020 14h52

        je me rappelle de l’auto hebdo de l’époque .
        J’ai hésité à poser la question pour les Lola Mastercard ;je ne sais pas si on peut dire qu’elles n’ont jamais courus ou pas. Elles ont fait des qualif mais pas de course…. a suivre donc dans vos articles 😉

        Reply
        • gardes on 15 avril 2020 16h03

          non jamais couru …………

          Reply
    2. MOTÖRHEAD on 3 avril 2020 14h02

      la F1 et son univers impitoyable!

      Reply
    3. BlablaPaige on 4 avril 2020 2h32

      Maintenant que j’y pense il peux aussi y avoir la fameuse TF110

      Reply
    4. JM 30 on 4 avril 2020 18h16

      L’aventure Larrousse fut très complexe, et sa fin encore plus. Je pense me rappeler d’un élément qui n’apparait pas dans l’article: une tentative de sauvetage d’un nommé Jean Messaoudi (avec un autre associé), mais qui n’a pas fonctionné plus que les autres. En tout cas avec le recul, vu le modeste bilan en 3 saisons avec Jordan, je me demande si Peugeot n’aurait pas mieux fait de se retourner avec Larrousse au sortir de Mclaren…

      Reply
      • Thibaut Emme on 4 avril 2020 18h29

        @JM 30 : tout à fait. Merci de le rappeler.
        Jean Messaoudi et Laurent Barlesi ont tenté officiellement d’inscrire la LH95 dans le championnat, mais cela a capoté très vite.

        A noter pour ceux qui suivent l’endurance que Jean Messaoudi est le père d’Olivier Lombard (qui a remporté les 24H en LMP2 en 2011 avec le Greaves Motorsport).
        Olivier Lombard que l’on voit désormais au volant de la Green GT H2 qui pourrait courir au Mans en 2024.
        Il est vice-président de la société du Moulin Rouge (il est de la famille propriétaire du cabaret).
        Son père a tenté de faire Lombard Racing (et de faire les 24H avec SO24 en 2016) mais l’aventure a fait long feu.
        https://www.leblogauto.com/2015/11/elms-lancement-de-la-nouvelle-ecurie-so24-by-lombard-racing.html
        https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/sarthe/so24-lombard-racing-soffre-un-petit-melo-4280070

        Reply
        • JM 30 on 5 avril 2020 0h19

          Mais l’aventure Larrousse est tellement complexe qu’on peut facilement oublier au moins un élément… si je me souviens d’un Autohebdo d’il y a 5-6 ans, je crois que ce Jean Messaoudi a même changé de nom pour « Jean Lombard », je ne sais plus si le motif était précisé.

          Reply
      • Sm 83150 on 18 mars 2021 16h37

        Tout a fait vrai.avec un gros sponsor petronas.

        Reply
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