Faut-il encore courir pour avancer ? Bancs d’essai de l’automobile mondiale pendant des décennies, les sports mécaniques sont toujours un puissant accélérateur de développement. C’est en tout cas le pari de Michelin, numéro 1 mondial dans l’univers des pneus.
« Nos pneus de route sportifs n’ont jamais été aussi proches de la compétition », nous dit Cyrille Roget, directeur de la communication scientifique et innovation du groupe.
On pourra le constater avec la prochaine génération de pneumatiques « hautes performances » destinée aux véhicules sportifs et de prestige. Ces gommes inédites entrent aujourd’hui dans la phase finale de leur développement.
En marge des 6 Heures de Barcelone, avant-dernière épreuve du Championnat du monde d’endurance (WEC), le manufacturier français nous a dévoilé trois axes où l’expérience en piste contribue au pneu de demain.
1 – Un test grandeur nature pour les pneus
Avec environ 700 ch, 350 km/h en vitesse de pointe et jusqu’à 3 g d’accélération latérale en virage, les voitures de la catégorie Hypercar offrent des repères hors du commun pour un fabricant soucieux de proposer des pneus de série performants.
À l’occasion des 6 Heures de Barcelone, Michelin lançait d’ailleurs un nouveau pneu pluie. Pierre Alves, responsable des programmes endurance, détaille le cahier des charges :
« Notre objectif était d’améliorer l’adhérence sur sol mouillé, la longévité et la résistance au “blistering”, cette formation de cloques à la surface de la bande de roulement qui peut survenir lorsque la piste sèche ».
Ce nouveau pneumatique intégrait de surcroît 57 % de matériaux renouvelables ou recyclés. Une proportion inédite dans les championnats majeurs.

« La course nous permet d’avoir des boucles très rapides pour tester ces matériaux, avec des performances d’adhérence de très haut niveau », souligne Cyrille Roget.
2 – Des élastomères innovants pour les pneus
Les sports mécaniques interviennent souvent dans la phase de préconception, environ 5 ans avant la mise à la route. Il s’agit de valider, dans des conditions extrêmes, les innovations imaginées par les ingénieurs dans leurs recherches de long terme.
Mais certaines technologies empruntent des chemins encore plus complexes. Cyrille Roget remonte ainsi à l’année 2007 : « À cette époque, pour nos pneus sportifs de route, on cherchait des élastomères capables de passer des plafonds de verre en termes d’adhérence ».
En même temps, les gommes devaient conserver leurs propriétés de longévité et de résistance au roulement. « Nos chercheurs avaient développé une manière de faire des élastomères si atypique que nous avions appelé cette technologie black diamond ».(« diamant noir »)
Malheureusement, les premiers essais de fabrication ne furent pas aussi concluants que la théorie. En 2018, Michelin Motorsport se pencha à nouveau sur ce processus et trouva des clés inédites. « C’est la compétition qui a financé la recherche pour sortir de ce cul-de-sac technique », indique Cyrille Roget.
Les procédés d’industrialisation, les températures d’extrusion ou les mélanges furent remaniés. Les résultats apparaissent aujourd’hui dans les Pilot Sport Endurance, utilisés aux 24 Heures du Mans et tout au long du WEC. Et cette technologie est en route vers le pneu de série à vocation sportive.
3 – Des simulations toujours plus précises
La simulation profite aussi de la piste. Les modèles sont sans cesse améliorés grâce aux millions de données recueillies lors des week-ends de course.
Surtout, Michelin a développé au cours des deux dernières décennies un modèle spécifique pour la compétition nommé TameTire. Il s’agit d’un simulateur thermomécanique capable de prévoir et retranscrire la température, la pression ou les déformations du pneu pour en prédire le comportement.

En sport auto, il s’agissait surtout d’optimiser les stratégies et les réglages des voitures en anticipant l’usure ou la température interne. Mais le modèle sert aussi aujourd’hui à accélérer le développement des voitures de route les plus performantes.
« Le comportement dynamique d’un véhicule, c’est une signature pour une marque automobile, explique Cyrille Roget. Pendant la phase amont de conception, le constructeur avait parfois des modifications à faire sur son véhicule et nous sur nos pneumatiques. Ce type de boucle physique prenait énormément de temps ».
« Avec un outil comme TameTire, on est capables de réaliser des boucles virtuelles jusqu’à ce que le pilote d’essai, dans le simulateur, nous dise : “voici l’équilibre que je cherche” ».
Le développement peut alors aller plus loin dans le détail sur une durée similaire. Ou encore accélérer la sortie du véhicule sur le marché. Ce qui laissera plus de temps pour profiter des innovations au volant…
A suivre : notre rubrique endurance


Un commentaire
Toujours d’excellents pneus pour moi auto et moto avec un excellent rapport qualité/prix. et comme c’est une entreprise française, je n’achète que cette marque.